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		<title>Penser Fukushima avec Guattari</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Prignot, Nicolas</dc:creator>

<category domain="http://multitudes.samizdat.net/-MINEURE-Fukushima-voix-de-rebelles-">MINEURE : &lt;i&gt;Fukushima : voix de rebelles&lt;/i&gt;</category>


		<description>Int&#233;riorit&#233;s extran&#233;is&#233;es ; ext&#233;riorit&#233;s rebelles aux r&#233;ductions signifiantes univoques. Peuple des surfaces engendrant de nouvelles profondeurs, de sorte que le dedans et le dehors n'entretiennent plus les rapports d'opposition exclusive auxquels les occidentaux sont accoutum&#233;s et que les mati&#232;res signal&#233;tiques propres &#224; la texture de la subjectivit&#233; se trouvent inextricablement li&#233;es aux composantes &#233;nerg&#233;ticospatio-temporelles du tissu urbain (Tokyo l'orgueilleuse). &lt;br /&gt;Penser (...)


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&lt;a href="http://multitudes.samizdat.net/-MINEURE-Fukushima-voix-de-rebelles-" rel="directory"&gt;MINEURE : &lt;i&gt;Fukushima : voix de rebelles&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Int&#233;riorit&#233;s extran&#233;is&#233;es ; ext&#233;riorit&#233;s rebelles aux r&#233;ductions signifiantes univoques. Peuple des surfaces engendrant de nouvelles profondeurs, de sorte que le dedans et le dehors n'entretiennent plus les rapports d'opposition exclusive auxquels les occidentaux sont accoutum&#233;s et que les mati&#232;res signal&#233;tiques propres &#224; la texture de la subjectivit&#233; se trouvent inextricablement li&#233;es aux composantes &#233;nerg&#233;ticospatio-temporelles du tissu urbain &lt;/i&gt;(Tokyo l'orgueilleuse [&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nb1&quot; name=&quot;nh1&quot; id=&quot;nh1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] F&#233;lix Guattari &#171; Tokyo l&amp;#39;orgueilleuse &#187;, Multitudes 3/2003 (no (...)' &gt;1&lt;/a&gt;]).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Penser malgr&#233; Fukushima&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La catastrophe du 11 Mars au Japon r&#233;sonne aujourd'hui comme l'exemple m&#234;me de la folie technocratique, rendant r&#233;el un accident qu'on nous disait toujours impossible, ou r&#233;serv&#233; &#224; des pays utilisant des technologies v&#233;tustes. Au del&#224; de toutes les pr&#233;cautions qu'on voudrait instaurer, au del&#224; des exhortations &#224; sortir d&#233;finitivement de cette technique incontr&#244;lable, les choix technologiques restent, la voie du nucl&#233;aire semble s'imposer d'elle-m&#234;me &#224; ceux qui nous dirigent. Fukushima nous crie son danger au visage, mais aujourd'hui les dirigeants europ&#233;ens, ne pouvant plus invoquer l'argument de la s&#233;curit&#233;, se rabattent sur l'argument de son impossible remplacement. &#171; Trop cher &#187; d'en sortir dira le pr&#233;sident fran&#231;ais. Le nucl&#233;aire comme industrie n'ob&#233;it pas &#224; une logique rationnelle, mais bien &#224; une logique machinique au sens de Guattari. Ce type de fonctionnement s'accommode bien de notre effarement, de tous les &#171; nous le savions &#187; malsains. Nous voudrions revenir sur l'&#233;v&#233;nement en tissant quelques traits de singularit&#233; de ce qui se passe aujourd'hui au Japon, tout en tentant de relire l'&#233;v&#233;nement &#233;cologique Fukushima &#224; travers les outils de F&#233;lix Guattari.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Objet Multiple&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le 11 mars est une catastrophe multiple &#224; bien des &#233;gards. Il s'agit d'un triple &#233;v&#233;nement, tremblement de terre, tsunami meurtrier, accident nucl&#233;aire. Cet accident lui-m&#234;me doit se lire de mani&#232;re plurielle : accident technique, mais aussi politique, humain, sanitaire, mental, etc.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les bilans prolif&#232;rent : telle quantit&#233; de C&#233;sium a &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233;e dans l'atmosph&#232;re, on peut mesurer la radioactivit&#233; r&#233;siduelle, dresser des cartographies de la pollution, tenter de montrer &#224; quels endroits la contamination est maximale, pour qui cela sera le plus dangereux. Les rapports s'accumulent sur les mensonges de l'appareil &#233;tatico-industriel, sur la gestion partielle et partiale de la catastrophe. Les d&#233;g&#226;ts du tsunami venant s'additionner &#224; ceux de l'accident de la centrale. Le bilan humain, politique et sans doute bient&#244;t m&#233;dical ne cesse de s'alourdir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les questions et interpellations alors prolif&#232;rent. Pourquoi avoir construit des centrales nucl&#233;aires en bord de mer dans le pays qui compte le plus de tremblements de terre par an ? O&#249; une catastrophe de ce type est pr&#233;vue par tous les japonais, en attente du grand tremblement de terre ? La litt&#233;rature japonais fait &#233;tat de cet attente du &#171; big one &#187;, du tremblement meurtrier qui d&#233;truira Tokyo, on retrouvera cette crainte &#224; l'&#339;uvre dans des romans, mangas ou dessins anim&#233;s. Il y a un an encore &#233;tait diffus&#233; sur la cha&#238;ne Fuji TV un anime intitul&#233; &#171; Tokyo Magnitude 8 &#187;, racontant les p&#233;rip&#233;ties d'un jeune gar&#231;on et de sa grande s&#339;ur lors d'un tremblement de terre destructeur touchant Tokyo de plein fouet.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour tout cela, on trouvera s&#251;rement des coupables. L'&#233;tat japonais fera certainement le tri entre ceux qui ont r&#233;agi correctement, honorant ce sto&#239;cisme dont ils sont si fiers, et punissant ceux qui n'ont pas r&#233;agi comme ils le devaient. On prendra certainement des mesures visant &#224; rassurer, qui hausseront encore le niveau de s&#233;curit&#233; des centrales. On nous dira que cette fois-ci, pour de bon, les centrales sont s&#251;res.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La tentation est grande de d&#233;noncer &#224; la fois les choix techniques qui ont &#233;t&#233; pos&#233;s et la gestion de l'apr&#232;s Fukushima. Il y a un &#171; on le savait que cela pouvait arriver &#187; qui insiste en nous, malsain, nous donnant un sentiment de v&#233;rit&#233; enfin advenue, la preuve que ce genre d'accidents n'&#233;tait pas r&#233;serv&#233; aux &#171; autres &#187;, comme ce fut le cas lors de Tchernobyl. Cette fois, Fukushima arrive dans pays qui ne fait pas partie d'un autre bloc, d'un autre tiers du monde. Il s'agit d'un pays qui est en &#171; avance &#187; sur cette ligne temporelle d'horizon factice qu'on nous vend sans cesse : celle du progr&#232;s technologique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Japon et Guattari&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Japon occupe une place particuli&#232;re dans le travail de Guattari. Cit&#233; &#224; de nombreuses reprises &#224; c&#244;t&#233; du Br&#233;sil ou de l'Italie comme exemple d'un pays o&#249; des formes de r&#233;sistances et d'existences s'organisent, il est &#233;galement un pays que Guattari a visit&#233; &#224; plusieurs reprises. Il y a &#233;t&#233; re&#231;u, aussi bien en personne qu'en tant qu'auteur, ses livres se vendant assez bien, &#171; Les trois &#233;cologies &#187; vient d'y &#234;tre publi&#233; &#224; nouveau en format de poche. On sait que Guattari fit &#233;galement venir &#224; La Borde le danseur Min Tanaka, mais a &#233;galement tent&#233; de faire venir des artistes japonais &#224; Paris a plusieurs reprises [&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nb2&quot; name=&quot;nh2&quot; id=&quot;nh2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Sur les voyages et la r&#233;ception de Guattari au Japon on lira Gary (...)' &gt;2&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On s'en doute, le Japon qui int&#233;resse Guattari n'est pas un pays fix&#233; dans une identit&#233; forte, qu'il s'agirait de penser sur le mode de l'essence japonaise ou de la fixit&#233;. Il s'agit d'un Japon en pleine transformation, bouillonnant &#224; la fois d'une r&#233;volution &#233;conomique majeure, mais &#233;galement riche d'un pass&#233;, d'une tradition de maintien de valeurs qui diff&#232;rent de l'occident. Il ne s'agit donc pas d'une fascination de r&#233;cit de voyages pour un pays ayant conserv&#233; des richesses anciennes, mais un pays o&#249; on peut sentir agir un clash entre &#233;conomie capitaliste, transfusion occidentale d'une nouvelle &#233;conomie, et des mani&#232;res d'&#234;tres traditionnelles, des modes de subjectivations tr&#232;s diff&#233;rents, mais eux-m&#234;mes en prise avec ce nouveau capitalisme mondial. On pourrait dire que ce Capitalisme Mondial Int&#233;gr&#233; (CMI) s'y int&#232;gre justement diff&#233;remment [&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nb3&quot; name=&quot;nh3&quot; id=&quot;nh3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] F&#233;lix Guattari, &#171; Les trois &#233;cologies &#187;, Galil&#233;e, 1989, (...)' &gt;3&lt;/a&gt;], faisant sentir &#224; la fois que le CMI fait des ravages sur la subjectivit&#233;s, et que les sujets sont toujours bien en prises avec leur production, qu'il n'y a de sujet que comme un &#224;-c&#244;t&#233; des agencements qui les produisent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En plus de se demander &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ce que&lt;/i&gt; Guattari aime dans le Japon, il est sans doute aussi important de poser la question de ce que Guattari fait de ce Japon qu'il rapporte avec lui ? Si ce qui l'attire, c'est la cr&#233;ativit&#233; qu'il rep&#232;re, la d&#233;fonce machinique [&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nb4&quot; name=&quot;nh4&quot; id=&quot;nh4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[4] Voir le texte &#171; Les d&#233;fonc&#233;s machiniques &#187;, dans F&#233;lix Guattari, &#171; Les (...)' &gt;4&lt;/a&gt;] &#233;lev&#233;e au niveau de la collectivit&#233;, il y rep&#232;re aussi des archa&#239;smes, un r&#244;le pour la f&#233;minit&#233; qu'il n'h&#233;site pas &#224; d&#233;noncer, etc. Mais avec le Japon, Guattari fait exister de tout autres modes de production de la subjectivit&#233;, modes branch&#233;s autrement malgr&#233; un ancrage similaire du capitalisme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il ram&#232;nera des danseurs, des architectes, des d&#233;fonc&#233;s, des auteurs, des sujets qui ont su se produire sur un mode mutant autant par rapport &#224; la subjectivit&#233; japonaise que la subjectivit&#233; fran&#231;aise [&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nb5&quot; name=&quot;nh5&quot; id=&quot;nh5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[5] F&#233;lix Guattari, La machine visag&#233;itaire de Keiichi Tahara, dans &#171; (...)' &gt;5&lt;/a&gt;]. Ce qu'il rapporte, c'est une diff&#233;rence par rapport &#224; la France, mais une diff&#233;rence aussi dans le Japon de son &#233;poque. Jamais Guattari ne s'arr&#234;te sur des traits &#171; typiquement Japonais &#187;, sauf quand il s'agit de montrer des grands mouvements de d&#233;teritorialisation, ou de cr&#233;er une diff&#233;rence par rapport &#224; nos modes &#224; nous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Son insistance sur une autre articulation entre archa&#239;sme et modernit&#233; peut &#224; ce titre nous int&#233;resser. C'est un clich&#233; du premier guide touristique venu de qualifier la Japon de &#171; pays entre modernit&#233; et traditions &#187;. Mais lorsque Guattari s'arr&#234;te sur les accroches toujours pr&#233;sentes de l'archa&#239;sme Japonais, ce n'est pas pour c&#233;l&#233;brer, critiquer ou s'&#233;tonner. Mais pour montrer aussi que &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;quelque chose &lt;/i&gt;peut r&#233;sister. Faire exister un &#171; autre &#187; dans le capitalisme, un autre mode d'agencement entre des traits h&#233;rit&#233; de la tradition, la modernit&#233; de machines, les ravages de l'&#233;conomie. Montrer, si c'est encore n&#233;cessaire, que des traits peuvent encore r&#233;sister autrement &#224; ce grand laminage de la subjectivit&#233;, r&#233;sister collectivement, autrement, avec d'autres d&#233;fauts, &#224; d'autres prix. Ainsi, le Japon n'est pas un contenant produisant des sujets japonais, mais un milieu dans lesquels des mutations dans les modes de production des subjectivit&#233;s sont en cours, produisant des espaces nouveaux de libert&#233; autant que des nouvelles ali&#233;nations.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Japon et Machine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Japon d'aujourd'hui n'est plus tout &#224; fait celui de Guattari. Certaines des choses qu'il d&#233;non&#231;ait sont rest&#233;es d'actualit&#233;, comme le difficile r&#244;le des femmes, le machisme ambiant, bien que la situation soit toujours en voie d'am&#233;lioration, travail en cours. La bulle &#233;conomique qui permettait au Japon des ann&#233;es 80 de se tenir royalement en t&#234;te de l'&#233;conomie mondiale n'est plus. Les emplois &#224; vie ont c&#233;d&#233; petit &#224; petit la place &#224; un pr&#233;cariat de plus en plus important : aujourd'hui pr&#232;s d'un tiers des jeunes vivent d'emplois pr&#233;caires et sont d&#233;sign&#233;s par le terme &#171; freeters &#187; concat&#233;nation de &#171; free &#187; et &#171; arbeiters &#187;, les travailleurs libres. Les partis verts au Japon n'ont presque pas de succ&#232;s, et les organisations du type Greenpeace comptent tr&#232;s peu d'adh&#233;rents, bien moins qu'en Europe ou aux Etats-Unis. La rigidit&#233; de l'&#233;ducation, les messages incessants de bonne conduite sont accompagn&#233;s par de plus en plus de libert&#233;, conquises par la jeunesse pr&#244;nant d'autres espaces de d&#233;sirs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Des ph&#233;nom&#232;nes subjectifs &#233;tranges y sont apparus, comme ces c&#233;l&#232;bres Hikikomori, vivants reclus, dans leur chambre, refusant tout contact ext&#233;rieur, d&#233;sertant les exigences d'une soci&#233;t&#233; comp&#233;titive, ligne de fuite qui se referme sur elle-m&#234;me, fuite sans issue en dehors de l'ordinateur connect&#233;. Moins violentes, d'autres lignes sont apparues, comme celles des Otakus, ces jeunes gens impr&#233;gn&#233;s de culture mangas et de jeux vid&#233;os au point de devenir incapable de sortir de leur monde imaginaire. L&#224; aussi il y a le pire comme le meilleur : imaginaire d&#233;brid&#233; et fuites cr&#233;atives extraordinaires y c&#244;toient l'isolement autodestructeur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est dans cette soci&#233;t&#233; entretenant d'autres rapports entre ext&#233;rieur et int&#233;rieur qu'arrive Fukushima. On a beaucoup parl&#233; du Japon comme le pays de la retenue, de l'implicite, pays o&#249; l'opinion ne doit pas se manifester en public, et est toujours allusive.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et pourtant, ce Japon l&#224; est bien en train de changer. Si tout cela reste en grande partie, molairement, vrai, d'autres formes r&#233;apparaissent aujourd'hui. Apr&#232;s Fukushima, d'autres lignes se tracent, jusque dans les m&#233;dias de masse. Ainsi l'&#233;dition en anglais du Asahi Shimbun, un des plus grands journaux japonais, s'est permis une s&#233;rie en huit &#233;pisodes sur le devenir d'un groupe d'habitants de Fukushima ayant &#233;t&#233; pr&#233;venus par des travailleurs en combinaison blanche, alors que ceux-ci avaient re&#231;u pour consigne de ne pas alarmer les habitants [&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nb6&quot; name=&quot;nh6&quot; id=&quot;nh6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[6] http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201112020100a' &gt;6&lt;/a&gt;]. La d&#233;sob&#233;issance civile trouve sa place aujourd'hui dans les grands m&#233;dias japonais, m&#234;me si cela reste, une fois de plus, allusif. Ces modifications subjectives en cours, ces reprises de lignes qui pr&#233;existaient mais qu'on peut requalifier aujourd'hui, elles sont l&#224; malgr&#233; les discours rassurants sur le nucl&#233;aire, malgr&#233; tout ceux qui voudraient qu'une fois de plus, il n'y ait rien &#224; penser dans Fukushima, que ce ne soit qu'un &#233;v&#233;nement technique, certes important, mais qui ne concernerait qu'un pauvre rayon de 30km autour de la centrale. Avec Guattari, on pourrait dire que Fukushima machine la situation japonaise actuelle pour grand nombre de japonais, mais aussi pour certains groupes concrets, plus facile &#224; discerner, en dont on peut parler sans rester &#224; trop de g&#233;n&#233;ralit&#233;, sans concept massifs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le concept g&#233;n&#233;rique de Machine renvoie chez Guattari &#224; un agencement de processus h&#233;t&#233;rog&#232;nes qui &#171; machinent le monde &#187;. Il s'agit d'un processus en acte, r&#233;sultat relationnel de ses diverses composantes historiques, sociales, &#233;cologiques, techniques, etc. La force de l'op&#233;ration est de cartographier la mani&#232;re dont les composantes h&#233;t&#233;rog&#232;nes fonctionnent ensemble, sans mise en hi&#233;rarchie, sans causalit&#233; sup&#233;rieure, chaque composante gardant son existence propre, mais &#233;tant transform&#233;e par le type de fonctionnement dans lequel elle est prise. Machiner, c'est produire, avoir des effets &#224; la fois en dehors de l'agencement, mais aussi sur ses composantes. Ce qui est important, c'est comment &#231;a fonctionne, ce que &#231;a produit, permet, la mani&#232;re dont la machine s'affirme, sa &#171; consistance &#233;nonciative sp&#233;cifique [&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nb7&quot; name=&quot;nh7&quot; id=&quot;nh7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[7] F&#233;lix Guattari., &#171; Chaosmose &#187;, Galil&#233;e, 1992, p.54' &gt;7&lt;/a&gt;] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Fukushima existe ainsi sur plusieurs plans, reconfigure des ensembles de la soci&#233;t&#233; japonaise, retrace des lignes nouvelles, fait prendre de nouvelles directions &#224; des groupes existants, et en fait &#233;merger d'autres. Les couplages sont multiples et machiniques, ils transforment &#224; chaque fois des territoires existentiels pour recr&#233;er des territoires nouveaux, avec leur propres temporalit&#233;s. Il y a le territoire naturel du Japon, celui qu'on peut cartographier comme pollu&#233;, l'espace requadrill&#233; par le c&#233;sium, transformation de l'espace habitable, sacr&#233;, v&#233;cu, en un espace de pollution invisible, sujet des omissions et mensonges d'&#233;tat. Sa temporalit&#233; devient celle de la d&#233;pollution : marqu&#233; pour des dizaines d'ann&#233;es du sceau de l'imp&#233;n&#233;trabilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais d'autres territoires et d'autres couplages s'organisent. Il y a celui du quotidien, o&#249; loin des groupes form&#233;s capables de s'auto-poser, on retrouve des citoyens individuels, pr&#233;occup&#233;s de leur avenir, de cette m&#234;me pollution invisible, connect&#233;s aux compteurs geiger. Couplage de machines : les compteurs geiger se sont tr&#232;s rapidement bien vendus au japon. Les citoyens se sont organis&#233;s en groupe de mesure de la radioactivit&#233;, pour pallier l'absence d'information, mais se sont alors mis &#224; r&#233;explorer leur quotidien. Vaste territoire mental collectif en prise avec celui des normes de comportement japonaises : ne pas r&#233;agir de mani&#232;re brusque, ne pas paniquer, ne pas faire d&#233;shonneur, mais tout autant en prise avec les normes occidentales : faire v&#233;rit&#233;, exiger, revendiquer sur le mode de la manifestation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi, le groupe des &#171; Shiroto no ran &#187;, la fronde des amateurs, aujourd'hui sur le devant de la sc&#232;ne. Le groupe militant existe depuis quelques ann&#233;es, et a petit &#224; petit pris possession de l'espace public, ouvrant caf&#233;s et magasins de seconde main, objets de r&#233;cup&#233;ration contre le consum&#233;risme de masse. Ces activistes font partie, comme les syndicats d&#233;fendant les droits des freeters, de cette g&#233;n&#233;ration de japonais organis&#233;s, rendus capables par leurs exp&#233;riences d'agencements avec une consistance &#233;nonciative sp&#233;cifique. Ce n'est pas parce qu'ils auraient &#171; pr&#233;vu &#187; la catastrophe, o&#249; qu'ils avaient d&#233;j&#224; tent&#233; de penser que faire dans un monde avec moins de ressource (p&#233;trole ou uranium) qu'ils sont capables de penser l'action contre le nucl&#233;aire. Mais ces groupes sujets rendus capables de penser par le collectif se sont vu machin&#233;s par Fukushima, bien malgr&#233; eux, organisant manifestations, sittings, groupes de paroles, reprenant &#224; leur compte la puissance de r&#233;invention dont ils ont besoin aujourd'hui. Dans ces nouvelles manifestations nous voyons des conjonctions, des transversalit&#233;s d'art, de remise en question de la subjectivit&#233;, de la nature, de la politique, et le tout autour de gestuelles, de chor&#233;graphies, de musique, de mani&#232;res de se poser par rapport aux autres, de mani&#232;re de jouer un r&#244;le, bref, des creusets nouveaux de subjectivation. Shiroto no ran : la cr&#233;ation de processus concrets d'exp&#233;rimentation urbaine, humaine, politique. Cette conjonction de r&#233;volutions n'est pas le fruit du hasard, mais n'est pas non plus &#233;vidente. Ce n'est pas parce qu'on d&#233;cide de vivre autrement qu'on doit s'occuper du nucl&#233;aire. Une autre subjectivit&#233; japonaise est peut-&#234;tre en train de voir le jour. Non pas une subjectivit&#233; pour tous les japonais et japonaises, mais une subjectivit&#233; tout autant japonaise que les autres, et pourtant mutante, sur une ligne qui lui est propre, qu'elle forme en existant. C'est un fil t&#233;nu d'existence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Vivre autrement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au del&#224; de l'indignation, ces groupes-sujets se sont remis &#224; penser autrement, bousculant les cat&#233;gories pr&#233;d&#233;finies, et tentant des solutions concr&#232;tes, des exp&#233;rimentations qui ne demandent qu'&#224; prolif&#233;rer. C'est la relance de la machine-pens&#233;e qu'il s'agit alors de mettre en avant, celle qui permet de sortir des pi&#232;ges que notre monde fabrique. Par exemple le pi&#232;ge de &#171; c'est le nucl&#233;aire ou on br&#251;lera des &#233;nergies fossiles, augmentant le r&#233;chauffement du climat, on n'a pas le choix pour couvrir les besoins en &#233;nergie &#187;. Tenter de se r&#233;approprier sa vie, le pouvoir sur sa vie. Travailler ensemble. Il ne s'agit pas sp&#233;cialement d'une mutation sociale globale, mais de mutations concr&#232;tes, dans des groupes r&#233;els. Ce qui importe dans ces diff&#233;rences par rapport aux clich&#233;s v&#233;hicul&#233;s sur le Japon, ce sont les lignes de fuites que cela cr&#233;e, les nouvelles positions qui sont &#233;tablies, les postures nouvelles. Comme toutes lignes, elles se font en rapport avec le milieu, en commerce avec l'existant, t&#233;moignant &#224; la fois &#171; du Japon &#187; et des virtualit&#233;s &#224; mettre en &#339;uvre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le point de l'objet &#233;cosophique est qu'il est relationnel. Il ne tire sa signification pas seulement de lui-m&#234;me, mais des relations qu'il tisse avec son milieu. L'objet &#233;cosophique se trouve pris dans des rapports multiples et h&#233;t&#233;rog&#232;nes, qui d&#233;terminent des significations pour l'objet dans d'autres lieux. Pens&#233;e de l'assemblage : quel assemblage mortif&#232;re rend possible une catastrophe telle que Fukushima ? Quel assemblage peut anesth&#233;sier la pens&#233;e au point de continuer aujourd'hui dans la course folle de l'atome ? L'agencement rend les travailleurs du nucl&#233;aires incapables de penser le risque cumul&#233; tremblement de terre &#8211; tsunami. L&#224; aussi, il ne s'agit pas de penser que nous ne savons pas, qu'ils ne savaient pas, mais que c'est l'agencement qui rend incapable de penser le possible.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La question du nucl&#233;aire au Japon devient une vraie question &#233;cologique, maintenant qu'elle se connecte avec des luttes diff&#233;rentes, qu'elle prolif&#232;re en concernant non plus seulement des techniciens, mais &#233;galement ceux qui tentent de rendre possible un autre mode de vie au Japon. Certes, il s'agit aussi d'honorer ceux qui se sont battus depuis des d&#233;cennies contre cette technologie, ceux qui ont acquis un savoir sur le nucl&#233;aire et son industrie et dont tout le monde peut profiter aujourd'hui. La vitesse avec laquelle s'est propag&#233; le savoir sur ce qu'est un Becquerel, sur comment utiliser un compteur Geiger pour trouver des poches de radioactivit&#233; et pallier aux mensonges d'&#233;tat, doit beaucoup aux activistes anti-nucl&#233;aires agissant de longue date. Aujourd'hui la question se connecte, de la quotidiennet&#233; du supermarch&#233; o&#249; les clients refusent d'acheter des produits en provenance de la r&#233;gion de Fukushima, &#224; celle des activistes freeters cherchant un autre mode &#233;conomique, en passant par les cultivateurs de th&#233; ne sachant que faire de leur production irradi&#233;e au-dessus du seuil l&#233;gal. Le quotidien est machin&#233; par cet &#234;tre nouveau, le probl&#232;me nucl&#233;aire, jusqu'ici sans grande prise, mais qui se retrouve au centre de l'attention. Aujourd'hui les enseignes lumineuses d'Akihabara sont en berne. Dans les transports publics, &#224; c&#244;t&#233; des annonces demandant aux jeunes femmes de ne pas se maquiller pour ne pas d&#233;ranger leurs voisins ou des appels &#224; ne pas t&#233;l&#233;phoner dans les wagons, des affiches exhortent les citoyens &#224; diminuer leur consommation &#233;lectrique. L'heure est &#224; la vague du &#171; setsuden &#187;, l'&#233;conomie d'&#233;nergie. Certaines firmes encouragent leurs employ&#233;s &#224; r&#233;duire leurs horaires de travail afin de ne pas consommer d'&#233;lectricit&#233; pendant les heures de pic de production. Le site internet de TEPCO propose de visionner en ligne la disponibilit&#233; de l'&#233;lectricit&#233; [&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nb8&quot; name=&quot;nh8&quot; id=&quot;nh8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[8] http://setsuden.yahoo.co.jp/tokyo/denkiyoho/' &gt;8&lt;/a&gt;] de la nation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#233;lectricit&#233; change de statut. D'une ressource invisible, elle se produit comme une denr&#233;e rare et probl&#233;matique. Elle ne change pas de statut toute seule, c'est l'agencement de sa production et son lien avec le reste du monde qui la produisaient comme non probl&#233;matique et qui aujourd'hui la rendent visible, politique. D&#233;territorialiser l'&#233;v&#233;nement Fukushima, ce n'est pas le penser en dehors du Japon, c'est penser &#224; la fois la catastrophe comme localis&#233;e, mais aussi comme laboratoire des catastrophes pr&#233;visible en dehors du Japon. L'&#233;nergie de ceux qui pense aujourd'hui pourrait bien se propager, &#224; l'aide des nouveaux m&#233;dias, tweeters, blogs, facebook, dans une reprise post-medias que Guattari appelait de ces v&#339;ux. L'espoir a la chance d'&#234;tre en partie mondialis&#233; : indign&#233;s d'italie, occupy wall street, printemps arabes, etc. Le monde sent bon l'exp&#233;rimentation, le reclaim.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nh1&quot; name=&quot;nb1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] F&#233;lix Guattari &#171; Tokyo l'orgueilleuse &#187;, Multitudes 3/2003 (no 13), p. 55-58.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nh2&quot; name=&quot;nb2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Sur les voyages et la r&#233;ception de Guattari au Japon on lira Gary Genosko, &#171; F&#233;lix Guattari : An Aberrant Introduction &#187;, Continuum, 2002, et plus particuli&#232;rement les pages 122 &#224; 154.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nh3&quot; name=&quot;nb3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] F&#233;lix Guattari, &#171; Les trois &#233;cologies &#187;, Galil&#233;e, 1989, p63&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nh4&quot; name=&quot;nb4&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 4&quot;&gt;4&lt;/a&gt;] Voir le texte &#171; Les d&#233;fonc&#233;s machiniques &#187;, dans F&#233;lix Guattari, &#171; Les ann&#233;es d'hiver : 1980-1985&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; &#187;&lt;/i&gt;, Bernard Barrault, 1985 (r&#233;&#233;dition Les Prairies ordinaires, 2009).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nh5&quot; name=&quot;nb5&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 5&quot;&gt;5&lt;/a&gt;] F&#233;lix Guattari, La machine visag&#233;itaire de Keiichi Tahara, dans &#171; Cartographies schizoanalytiques &#187;, Galil&#233;e, 1989&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nh6&quot; name=&quot;nb6&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 6&quot;&gt;6&lt;/a&gt;] http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201112020100a&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nh7&quot; name=&quot;nb7&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 7&quot;&gt;7&lt;/a&gt;] F&#233;lix Guattari., &#171; Chaosmose&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; &#187;,&lt;/i&gt; Galil&#233;e, 1992, p.54&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nh8&quot; name=&quot;nb8&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8&quot;&gt;8&lt;/a&gt;] http://setsuden.yahoo.co.jp/tokyo/denkiyoho/&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



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		<title>La fronde japonaise des amateurs vue par un militant de Rennes</title>
		<link>http://multitudes.samizdat.net/La-fronde-japonaise-des-amateurs</link>
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		<dc:date>2012-04-04T11:22:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cadoret, Vincent</dc:creator>

<category domain="http://multitudes.samizdat.net/-MINEURE-Fukushima-voix-de-rebelles-">MINEURE : &lt;i&gt;Fukushima : voix de rebelles&lt;/i&gt;</category>


		<description>En 2007 est paru un article de l'activiste japonaise Karin Amamiya dans la revue Courrier International. Sous le titre &#171; Japon : La jeunesse se rebelle &#187;, l'article de la jeune femme s'intitule &#171; Les premi&#232;res bourrasques de la col&#232;re &#187;. Elle y &#233;voque un mouvement, La Grande Fronde des Pauvres (Shiroto No Ran), et son &#171; leader &#187;, Hajime Matsumoto. Deux ans plus tard, je me suis rendu au Japon. Je me suis souvenu de cet article et j'ai souhait&#233; rencontrer Hajime Matsumoto. (...)

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&lt;a href="http://multitudes.samizdat.net/-MINEURE-Fukushima-voix-de-rebelles-" rel="directory"&gt;MINEURE : &lt;i&gt;Fukushima : voix de rebelles&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 2007 est paru un article de l'activiste japonaise Karin Amamiya dans la revue &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Courrier International&lt;/i&gt;. Sous le titre &#171; Japon : La jeunesse se rebelle &#187;, l'article de la jeune femme s'intitule &#171; Les premi&#232;res bourrasques de la col&#232;re &#187;. Elle y &#233;voque un mouvement, La Grande Fronde des Pauvres (Shiroto No Ran), et son &#171; leader &#187;, Hajime Matsumoto. Deux ans plus tard, je me suis rendu au Japon. Je me suis souvenu de cet article et j'ai souhait&#233; rencontrer Hajime Matsumoto.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme beaucoup, je m'int&#233;resse aux luttes et &#224; ceux qui les m&#232;nent. Le mouvement Shiroto No Ran a attir&#233; mon attention parce qu'il propose une forme de lutte tout a fait singuli&#232;re, qui n'a, &#224; ma connaissance, pas d'&#233;quivalent en France actuellement. Il propose des actions cr&#233;atives, ludiques, amusantes et qui ont su se r&#233;v&#233;ler efficaces (lors de la lutte contre la loi PSE, notamment, sur laquelle revient le documentaire de Yuki Nakamura). Il prouve que des personnes aux sensibilit&#233;s diverses peuvent s'unir, mener des actions pacifiques et s'attirer la sympathie de l'opinion publique. C'est ainsi qu'elles f&#233;d&#232;rent de plus en plus de monde autour des valeurs qu'elles d&#233;fendent et peuvent concr&#232;tement changer le cours des choses.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Shiroto No Ran existe depuis bient&#244;t une dizaine d'ann&#233;es, s'est inscrit dans le paysage politique japonais, et son r&#233;seau n&#8216;a cess&#233; de s&#8216;&#233;tendre, comme l&#8216;ont prouv&#233; les manifestations anti-nucl&#233;aires de cette ann&#233;e. Il a vraiment pris son essor &#224; partir de 2003 et des manifestations contre la guerre en Irak. Ces rassemblements ont permis &#224; nombre de ses membres de se rencontrer et de se rassembler autour de leurs pr&#233;occupations communes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le but des sympathisants de Shiroto No Ran est de se r&#233;approprier l&#8216;espace public, d'exprimer leur refus de la soci&#233;t&#233; in&#233;galitaire et ultra-consum&#233;riste qu'on leur propose, et de d&#233;fendre leur conception d'une soci&#233;t&#233; plus humaine et plus juste. Leur mot d'ordre pourrait &#234;tre &#171; vivons et amusons-nous sans argent &#187;, ou, autrement dit : &#171; jouissons de notre pauvret&#233; &#187; !&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Shiroto No Ran&lt;/i&gt; &#233;voque, au travers d'un portrait de sa figure de proue, Hajime Matsumoto, un mouvement n&#233; d'une crise &#233;conomique et sociale, de l'explosion de la bulle immobili&#232;re et de la pr&#233;carisation galopante d'une part croissante de la population, notamment des plus jeunes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il se compose de 3 parties.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La premi&#232;re nous raconte la lutte contre la loi PSE, un projet de loi visant &#224; interdire le commerce des produits &#233;lectroniques de seconde main, lutte qui s'av&#233;rera fructueuse puisque le gouvernement japonais l'abandonnera.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La deuxi&#232;me partie nous d&#233;peint le fonctionnement de Shiroto No Ran, un mouvement implant&#233; dans le quartier de Koenji &#224; Tokyo, sous la forme d'une quinzaine de boutiques que poss&#232;dent un certain nombre de ses sympathisants dans la rue Kitanaka. On d&#233;couvre alors une sorte de &#171; Commune &#187;, un lieu de r&#233;unions, d'&#233;changes, une webradio et un point de ralliement au d&#233;part de toute manifestation. On s'attarde ensuite sur la nature-m&#234;me de ces manifestations (une soupe populaire partag&#233;e dans la rue, des performances artistiques&#8230;), sur la mani&#232;re dont elles sont pr&#233;par&#233;es, et sur l'in&#233;vitable jeu du &#171; chat et de la souris &#187; qui s'op&#232;re lors de chacune de celles-ci entre activistes et forces de l'ordre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Enfin, la troisi&#232;me partie du documentaire s'attarde sur la campagne &#233;lectorale conduite par le mouvement autour de la candidature d'Hajime Matsumoto &#224; l'assembl&#233;e sous-pr&#233;fectorale de Suginami, campagne ponctu&#233;e d'happenings et de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sound d&#233;mos &lt;/i&gt;en tous genres, et couronn&#233;e par un succ&#232;s relatif, mais porteur d'un espoir : le citoyen peut se r&#233;approprier l'espace public s'il le d&#233;sire vraiment, il y a un avenir pour les &#171; laiss&#233;s-pour-compte &#187;&#8230; un autre monde est possible, en somme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En novembre 2010, j'ai accueilli Hajime Matsumoto &#224; Rennes, dans le cadre d'une tourn&#233;e europ&#233;enne de conf&#233;rences et d&#233;bats auxquels il participait en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas. Il &#233;tait accompagn&#233; de quatre groupes de punk-rock japonais qui le suivaient et jouaient en marge de ces rencontres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sa venue &#224; Rennes a &#233;t&#233; l'occasion de pr&#233;senter le documentaire de Yuki Nakamura, in&#233;dit en France, et d'organiser des rencontres avec les Rennais &#224; l'issue des projections. C'est ainsi qu'un caf&#233; culturel, un bar SCOP et un squat nous ont permis de proposer 3 soir&#233;es autour du mouvement Shiroto No Ran et de donner un aper&#231;u de la lutte contestataire telle qu'elle se pratique au Japon, une facette de la soci&#233;t&#233; japonaise tr&#232;s m&#233;connue en France.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le documentaire permet notamment de mettre en exergue les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;sound d&#233;mos&lt;/i&gt; et autres performances qu&#8216;organise Shiroto No Ran. Les membres de Shiroto No Ran abordent souvent la manifestation comme une f&#234;te populaire, et interrogent par la m&#234;me les pratiques de lutte contestataire en France.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les manifestations et les gr&#232;ves sont monnaie courante en France, mais rares sont celles qui rev&#234;tent une forme originale, d&#233;passant le cort&#232;ge, les banderoles et les chants contestataires. Elles me paraissent bien souvent ennuyeuses et st&#233;riles, et initi&#233;es par divers groupes d'individus qui peinent &#224; se liguer ensemble et &#224; sensibiliser l'opinion publique &#224; leur combat pour mener une lutte r&#233;ellement productive.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par le pass&#233;, des initiatives fran&#231;aises ont &#233;galement propos&#233; des formes de lutte imaginatives qui se sont av&#233;r&#233;es fructueuses. Je pense aux LIP, aux paysans du Larzac, ou plus r&#233;cemment aux &#233;tudiants qui ont manifest&#233; contre le CPE. Mais rares sont celles qui ont accouch&#233; d'un ample mouvement de lutte populaire s'inscrivant durablement dans le temps. Et, comme Jean-Luc Godard et d&#8216;autres, on peut regretter que les gens ne fassent pas plus souvent preuve d'imagination, ni n'utilisent pas plus souvent leur outil de travail pour d&#233;fendre leurs droits ou manifester leur m&#233;contentement [&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nb1-1&quot; name=&quot;nh1-1&quot; id=&quot;nh1-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Point sur lequel je pourrai revenir un peu plus en d&#233;tails lors (...)' &gt;1&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela dit, de nouvelles initiatives invitent &#224; l'optimisme, &#224; Rennes comme ailleurs, et l'on sent un int&#233;r&#234;t croissant de la population pour les pr&#233;occupations d'ordre &#233;cologique, et donc d'ordre &#233;conomique, que ce soit en mati&#232;re de recyclage des d&#233;chets, de consommation (via les &#171; groupements d'achats &#187;), ou d'&#233;nergie (comme on a pu le voir lors des manifestations anti-nucl&#233;aire du mois de septembre 2011).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nh1-1&quot; name=&quot;nb1-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 1-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Point sur lequel je pourrai revenir un peu plus en d&#233;tails lors d'un &#233;ventuel entretien&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>L'&#233;conomie japonaise aujourd'hui, entretien avec S&#233;bastien Lechevalier</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lechevalier, S&#233;bastien</dc:creator>

<category domain="http://multitudes.samizdat.net/-MINEURE-Fukushima-voix-de-rebelles-">MINEURE : &lt;i&gt;Fukushima : voix de rebelles&lt;/i&gt;</category>


		<description>Multitudes : Vous venez de publier un livre intitul&#233; La grande transformation du capitalisme japonais. Votre titre &#233;voque celui de l'ouvrage de Polanyi, et la mutation des rapports entre &#233;conomie et soci&#233;t&#233; en laquelle a consist&#233; l'&#233;mergence du capitalisme. Mais cette soumission de la soci&#233;t&#233; au capital est-elle encore de mise apr&#232;s des catastrophes comme celles de Fukushima ? N'est-ce pas ce qu'indiquent les mouvements sociaux qui s'expriment au Japon depuis (...)

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&lt;a href="http://multitudes.samizdat.net/-MINEURE-Fukushima-voix-de-rebelles-" rel="directory"&gt;MINEURE : &lt;i&gt;Fukushima : voix de rebelles&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Multitudes :&lt;/strong&gt; Vous venez de publier un livre intitul&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La grande transformation du capitalisme japonais&lt;/i&gt;. Votre titre &#233;voque celui de l'ouvrage de Polanyi, et la mutation des rapports entre &#233;conomie et soci&#233;t&#233; en laquelle a consist&#233; l'&#233;mergence du capitalisme. Mais cette soumission de la soci&#233;t&#233; au capital est-elle encore de mise apr&#232;s des catastrophes comme celles de Fukushima ? N'est-ce pas ce qu'indiquent les mouvements sociaux qui s'expriment au Japon depuis quelques ann&#233;es ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;S&#233;bastien Lechevalier :&lt;/strong&gt; Quand on pense au Japon aujourd'hui, on pense plut&#244;t &#224; immobilisme, d&#233;clin, stagnation ; pourtant il y a eu un changement institutionnel graduel et radical sur trente ans. Quelle a &#233;t&#233; l'origine de ce changement ? On pr&#233;sente le Japon comme d&#233;sadapt&#233; au changement par la technologie et la mondialisation ; mais l'introduction des politiques n&#233;olib&#233;rales a commenc&#233; bien avant la r&#233;volution de l'internet, de fa&#231;on tr&#232;s largement ind&#233;pendante des contraintes de la mondialisation. Un programme de r&#233;formes s'est mis en place au d&#233;but des ann&#233;es 80, les mouvements sociaux sont importants mais n'ont pas une grande visibilit&#233; et pas d'impact sur les prises de d&#233;cision politiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;M. :&lt;/strong&gt; Pouvez-vous pr&#233;ciser les grands traits de ce changement ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;S. L. :&lt;/strong&gt; Si on revient au capitalisme japonais des ann&#233;es 70, il y avait une dynamique centr&#233;e sur l'accumulation du capital, la mobilisation des travailleurs dans les entreprises, l'intensification du travail. La recherche du profit a utilis&#233; des moyens nouveaux, violents : dans le syst&#232;me Toyota on a mis l'entreprise en crise permanente pour inciter les travailleurs &#224; travailler de fa&#231;on intense. C'est un mod&#232;le violent qui a permis une forte croissance, pas soutenable pour l'avenir mais qui a permis au pays de se d&#233;velopper. C'est un pays dont Ronald Dore, qui en est le meilleur connaisseur, a dit qu'il conciliait l'efficacit&#233; et l'&#233;quit&#233; ; il d&#233;veloppait une cr&#233;ation de richesse importante avec peu d'in&#233;galit&#233;s ; dans les ann&#233;es 70 le coefficient de Gini, qui mesure la s&#233;gr&#233;gation, &#233;tait comme celui de la Su&#232;de. La diff&#233;rence avec la Su&#232;de &#233;tait que la fiscalit&#233; ne jouait pas de r&#244;le redistributif, c'&#233;tait les salaires qui &#233;taient &#233;galitaires.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce compromis social &#233;galitariste n'a pas emp&#234;ch&#233; la croissance, c'&#233;tait comme une forme de socialisme sans propri&#233;t&#233; collective des moyens de production. C'&#233;tait tout &#224; fait remarquable. La Chine aujourd'hui a d&#233;velopp&#233; un niveau de croissance semblable, mais avec une explosion des in&#233;galit&#233;s alors qu'il y avait une dimension int&#233;gratrice dans l'&#233;conomie japonaise. Une &#233;conomiste japonaise, Chiaki Moriguchi, a &#233;tudi&#233; l'&#233;volution des revenus japonais sur la longue dur&#233;e avec la m&#233;thode de Piketty : si le Japon des ann&#233;es 20 &#233;tait tr&#232;s in&#233;galitaire, l'industrialisation a fait imploser les in&#233;galit&#233;s. Cet &#233;galitarisme est le produit de l'apr&#232;s guerre, de l'occupation am&#233;ricaine, des id&#233;es de Roosevelt, des luttes sociales analys&#233;es par Andrew Gordon au tournant des ann&#233;es 50. On arrive dans les ann&#233;es 70 &#224; un syst&#232;me co&#251;teux pour l'environnement mais conciliant d&#233;veloppements &#233;conomique et social.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;M. :&lt;/strong&gt; Pourquoi avoir d&#233;cid&#233; de ces r&#233;formes, si cela s'est fait avant la crise ? Est-ce l'influence intellectuelle am&#233;ricaine ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;S. L. :&lt;/strong&gt; Les s&#233;jours des &#233;lites japonaises &#224; l'&#233;tranger se sont d&#233;velopp&#233;s sous la p&#233;riode Meiji ; puis dans les ann&#233;es 50 aux USA ; les ing&#233;nieurs de Toyota notamment sont all&#233;s &#224; D&#233;troit voir le c&#339;ur de l'industrie mondiale. Toyota a cr&#233;&#233; un mythe. Dans les ann&#233;es 50 on a voulu construire au Japon une industrie automobile nationale comp&#233;titive autonome par rapport &#224; l'industrie am&#233;ricaine. Ono, un ing&#233;nieur de Toyota, &#224; qui on attribue la paternit&#233; du &#171; toyotisme &#187;, a visit&#233; les entreprises am&#233;ricaines et a &#233;t&#233; frapp&#233; par la quantit&#233; de rebut en bout de cha&#238;nes, le nombre d'incidents sur les cha&#238;nes. Ce n'est pas l'industrie am&#233;ricaine qui l'a impressionn&#233; mais les supermarch&#233;s de la banlieue de D&#233;troit. L'espace commercial lui est apparu comme une vaste usine avec la consommation de masse et les services associ&#233;s. Ono en a conclu qu'il voulait des usines qui vendent et produisent en masse avec des adaptations aux demandes des consommateurs et du r&#233;assort permanent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans les ann&#233;es 80 c'est le d&#233;but des MBA dans lesquels les grandes banques japonaises qui ont de l'argent &#224; d&#233;penser envoient pour les r&#233;compenser leurs managers m&#233;ritants. C'est la cause de la reconversion id&#233;ologique japonaise : l'envoi massif de managers dans les programmes MBA est massif. Les ouvrages de Ronald Dore et de ses &#233;l&#232;ves sur le prestige de ces MBA sont tr&#232;s int&#233;ressants. Les entreprises japonaises retiennent moins les m&#233;thodes de production car elles car sont fi&#232;res des leurs mais en concluent qu'ils pourront gagner plus d'argent en financiarisant tout leur syst&#232;me.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le premier ministre Nakasone, premier ministre de 1983 &#224; 1987, n'avait pas fait de MBA, et baignait compl&#232;tement dans l'id&#233;ologie d'apr&#232;s guerre, celle du rattrapage du niveau de vie am&#233;ricain et de l'atteinte de la soci&#233;t&#233; d'abondance. Il pensait y arriver par une nouvelle &#233;tape de modernisation, une convergence institutionnelle avec les Am&#233;ricains, et l'affirmait de mani&#232;re transparente. C'est dans les ann&#233;es 80 que la formation aux Etats Unis par les MBA a &#233;t&#233; encourag&#233;e. Mais c'est alors qu'appara&#238;t aussi un souci de diff&#233;renciation sociale, et de r&#233;mun&#233;ration chez les cadres sup&#233;rieurs, la recherche de nouvelles sources de revenus et de consid&#233;ration. C'est la p&#233;riode de la bulle japonaise, le march&#233; financier et l'immobilier explose, la valeur des terrains du quartier des boutiques de luxe, Ginza, atteint celle de la Californie. Il y a une vague de consum&#233;risme &#233;norme &#224; laquelle va mettre fin la p&#233;riode de stagnation dite de la &#171; d&#233;cennie perdue &#187; (1997-2007).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;M. :&lt;/strong&gt; Que deviennent les autres Japonais pendant cette p&#233;riode ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;S. L. :&lt;/strong&gt; Des analyses marxistes critiquaient le capitalisme des ann&#233;es 60, en disant que les b&#233;n&#233;fices en &#233;taient r&#233;serv&#233;s &#224; une aristocratie ouvri&#232;re, et que cette &#233;conomie laissait sur le c&#244;t&#233; beaucoup d'autres gens. Pour moi, le miracle japonais c'est qu'un pays sans ressources, et &#233;conomiquement relativement isol&#233;, ait pu conna&#238;tre un tel d&#233;veloppement, c'est un objet d'&#233;tudes passionnant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ma conviction est que dans les ann&#233;es 60 le compromis social &#233;tait int&#233;grateur autour des colas blancs des grandes entreprises, avec des conditions moins bonnes pour les femmes, les jeunes, les p&#233;riph&#233;riques. Il y avait inclusion des PME dans ce compromis social, par des formes de coordination, de sous-traitance. Koike parle de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;white collarisation &lt;/i&gt;des&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt; blue collars workers &lt;/i&gt;(1995).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le parti lib&#233;ral d&#233;mocrate, traditionnellement conservateur, a chang&#233; compl&#232;tement d'id&#233;ologie et de politique au d&#233;but des ann&#233;es 2000. Koizumi, premier ministre de 2001 &#224; 2007, assume la r&#233;orientation vers la financiarisation et le suivi des id&#233;es am&#233;ricaines. Le mod&#232;le int&#233;grateur n'est plus &#224; la mode ; les PME de province sont abandonn&#233;es par les grandes entreprises, les in&#233;galit&#233;s homme-femme se red&#233;veloppent. Le mod&#232;le de soci&#233;t&#233; est parl&#233; explicitement en termes de gagnants et de perdants, ce qui correspond &#224; la demande sociale &#233;manant des cadres de diff&#233;renciation, de reconnaissance des gagnants, par les salaires et des avantages en nature ou financiers.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce changement de cap n'&#233;tait pas programm&#233; mais est venu de l'impact de la bulle financi&#232;re de 1987, et de la r&#233;action &#224; la stagnation &#233;conomique dans les ann&#233;es 90, la d&#233;cennie perdue ; la croissance s'arr&#234;te, elle est de 1% par an. Les effets de la non-croissance au Japon, sans redistribution sociale des revenus, ont &#233;t&#233; d&#233;sastreux pour les classes populaires. Il n'y a pas eu de rectification de la redistribution des revenus pour ceux qui sont tomb&#233;s dans la pr&#233;carit&#233;. Le niveau de paup&#233;risation a beaucoup augment&#233; comme l'indiquent les &#233;tudes de l'OCDE. Toutes les r&#233;formes introduites depuis les ann&#233;es 80 visent &#224; favoriser les grandes entreprises, en supprimant tout ce qui les emp&#234;che d'investir sur les march&#233;s financiers. Les entreprises ont fait du lobbying pour ne plus redistribuer leurs b&#233;n&#233;fices dans le reste de la soci&#233;t&#233; ; Pepper D. Culpepper a montr&#233; que le lobbying du patronat, le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;corporate control&lt;/i&gt; a entra&#238;n&#233; le d&#233;clin des formes de coordination qui avaient fait la force de l'&#233;conomie japonaise. Au moment m&#234;me o&#249; il y a stagnation les entreprises comme Toyota et Toshiba font des records de profit, en se d&#233;connectant des autres pans de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;M. :&lt;/strong&gt; Pouvez-vous expliquer comment les liens de sous-traitance contribuaient &#224; l'int&#233;gration de la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;S. L. :&lt;/strong&gt; On peut prendre l'exemple de DENSO qui est devenu le leader mondial de l'&#233;lectronique dans la voiture, apr&#232;s avoir travaill&#233; pour Toyota et Mitsubishi. L'exploitation de sous-traitants continue pendant la stagnation, mais les solidarit&#233;s sociales avec les sous-traitants ont disparu, parce que les grandes firmes utilisant des sous-traitants moins chers &#224; l'&#233;tranger. Les grandes entreprises ont supprim&#233; les engagements de long terme. Les exportations se sont d&#233;velopp&#233;es sur le march&#233; am&#233;ricain, de fa&#231;on industrielle mais surtout financi&#232;re par des prises de participation. Les objectifs des entreprises ont chang&#233; : la croissance au d&#233;but, la profitabilit&#233; ensuite, avec l'investissement dans les fonds de pension. Prenons l'exemple de Nissan : elle avait le m&#234;me mod&#232;le que Toyota mais de moins bonnes voitures plus ch&#232;res. L'alliance avec Renault a permis de couper tout ce qui &#233;tait superflu puisque l'entreprise &#233;tait au bord de la faillite, les relations avec les sous-traitants ont &#233;t&#233; supprim&#233;es, la production a &#233;t&#233; concentr&#233;e dans quelques lieux. Mais quelques ann&#233;es plus tard on voit que la productivit&#233; n'augmente plus, alors qu'il y a toujours profitabilit&#233; financi&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Toyota s'est construite sur la qualit&#233;, et a eu des probl&#232;mes, l'obligation de rappeler des voitures. Ils ont voulu avoir le beurre et l'argent du beurre : le mod&#232;le productif est tr&#232;s intensif, met la cha&#238;ne de production en crise permanente, &#224; cause de la r&#233;ponse en urgence &#224; la commande. Cela demande un environnement social extr&#234;mement stable, la garantie de l'emploi, un financement r&#233;gulier, etc. Ils ont essay&#233; de changer en augmentant les travailleurs temporaires pour permettre cette adaptation rapide &#224; la demande mais sans garantie de l'emploi. Donc en 2008 cette entreprise, jusque l&#224; paternaliste, comme Michelin en France, a licenci&#233; un grand nombre de travailleurs temporaires. Plusieurs milliers venaient du nord du japon et ont perdu leur logement &#224; Nagoya du jour au lendemain.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;M. :&lt;/strong&gt; Pouvez-vous revenir sur le caract&#232;re int&#233;grateur de ce mod&#232;le productif dans la p&#233;riode ant&#233;rieure et sur les nouvelles formes de compromis social en gestation ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;S. L. :&lt;/strong&gt; Le mod&#232;le ant&#233;rieur a r&#233;ussi &#224; int&#233;grer dans l'entreprise un ensemble d'agents p&#233;riph&#233;riques gr&#226;ce &#224; la croissance, au taux de ch&#244;mage faible. Il y avait deux garanties : le travail ou le mariage. A partir des ann&#233;es 80-90 le taux de mariage a tendance &#224; chuter, le ch&#244;mage passe de 1% &#224; 5% avec des effets catastrophiques. Dans les ann&#233;es 2000 on autorise le travail temporaire, les agences de travail temporaires, et apparaissent des travailleurs pauvres, intermittents, qui n'arrivent pas &#224; s'en sortir. Il y a eu l'espoir li&#233; aux &#233;lections de 2009, avec une demande sociale d'alternance, le refus des in&#233;galit&#233;s croissantes. Le parti d&#233;mocrate ne sait pas r&#233;pondre &#224; ces attentes. On passe d'un d&#233;bat acad&#233;mique sur les in&#233;galit&#233;s &#224; un agenda politique de r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s. Les retraites sont assez d&#233;velopp&#233;es, mais la famille et le ch&#244;mage sont peu garantis. Au Japon c'est tr&#232;s rare de parler politique, or apr&#232;s 2009 des managers de grandes entreprises s'&#233;levaient violemment contre le gouvernement et le lobbying patronal conduisant sa politique. La possibilit&#233; de changer le syst&#232;me s'est &#233;teinte. Aujourd'hui le d&#233;bat sur l'&#233;tat-providence est moins pr&#233;sent qu'en 2009. Le d&#233;bat politique porte sur la fiscalit&#233;, sur comment rembourser la dette. Les n&#233;olib&#233;raux tiennent les discours les plus forts contre l'endettement mais ce sont ceux qui creusent la dette, et ce refus de l'endettement ne vise qu'&#224; couper les programmes sociaux.
Dans le contexte japonais tout ce qui est redistribution sociale est compl&#232;tement absent du d&#233;bat politique. Le gouvernement pense augmenter le taux de TVA (5%) mais si on lui conseille de diff&#233;rencier ce taux selon la qualit&#233; sociale des produits, il affirme que la fiscalit&#233; doit &#234;tre neutre par rapport &#224; la diff&#233;renciation sociale. Faire une r&#233;volution fiscale &#224; la Piketty au Japon ce serait vital.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;M. :&lt;/strong&gt; Comment voyez-vous le surgissement de l'accident de Fukushima et sa mauvaise gestion dans ce contexte ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;S. L. :&lt;/strong&gt; Fukushima c'est le reste n&#233;gatif de l'ancien syst&#232;me, la collusion entre grandes entreprises et Etats, en particulier sur les contr&#244;les techniques bureaucratiques, tous les contr&#244;les &#233;taient douteux. La s&#233;curit&#233; sur le papier &#233;tait extr&#234;mement forte, mais la s&#233;curit&#233; &#224; 100% n'existe pas. La question du mix &#233;nerg&#233;tique va se reposer mais on ne peut exprimer sa col&#232;re que devant la t&#233;l&#233; et ses d&#233;sirs que dans le priv&#233; devant la t&#233;l&#233;. On pr&#233;voit un scandale sanitaire de tr&#232;s grande ampleur dans les cinq ans &#224; venir. Cela pose le probl&#232;me philosophique de la responsabilit&#233; du gouvernement et des dirigeants d'entreprises par rapport au reste de la soci&#233;t&#233;.
Je suis surpris que la r&#233;action gouvernementale apr&#232;s l'accident ne soit pas &#224; la hauteur des enjeux. C'est une des plus grandes &#233;conomies mondiales, une d&#233;mocratie avanc&#233;e, et le gouvernement central ne semble avoir ni les moyens ni la volont&#233; d'agir en assureur de dernier ressort. C'est la premi&#232;re fois que cela arrive. Une partie de la population est laiss&#233;e &#224; elle-m&#234;me avec les associations locales. A Kob&#233; en 1995 les autorit&#233;s centrales et locales avaient &#233;t&#233; deux mois compl&#232;tement absentes d&#233;j&#224;, c'est la mafia qui a pris le relais, comme en Italie.
Dans le mod&#232;le des ann&#233;es 70 l'entreprise &#233;tait centrale, et cela n'a pas trop mal march&#233; pour d&#233;velopper la soci&#233;t&#233; jusque dans les ann&#233;es 70. Maintenant les entreprises vont voir ailleurs et ne se sentent pas de responsabilit&#233; territoriale. Cette administration japonaise, aux moyens &#233;conomiques r&#233;duits par rapport &#224; l'administration fran&#231;aise par exemple (la comparaison a &#233;t&#233; faite par Christian Sautter) n'a pas les moyens d'intervenir en cas d'urgence. Les entreprises aussi se sont resserr&#233;es sur leurs fonctions fondamentales de production et de finance, au d&#233;triment de leurs fonctions sociales. Le tsunami a r&#233;v&#233;l&#233; une v&#233;ritable crise de gouvernance, dans une r&#233;gion pauvre o&#249; on avait mis les centrales nucl&#233;aires pour justement apporter une certaine richesse. Il y a en m&#234;me temps une certaine forme d'incomp&#233;tence et de cynisme, comme &#224; Katrina, o&#249; l'Etat ne s'est pas souci&#233; des infrastructures puis des victimes parce que c'&#233;tait des gens qui ne votaient pas r&#233;publicains.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;R&#201;F&#201;RENCE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;KOIKE (Kazuo), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Economics of Work in Japan&lt;/i&gt;, T&#244;ky&#244;, LTCB International Library Foundation, 1995.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fukushima dans son contexte global</title>
		<link>http://multitudes.samizdat.net/Fukushima-dans-son-contexte-global</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Kitamaki, Hideki</dc:creator>

<category domain="http://multitudes.samizdat.net/-MINEURE-Fukushima-voix-de-rebelles-">MINEURE : &lt;i&gt;Fukushima : voix de rebelles&lt;/i&gt;</category>


		<description>Je suis occup&#233; par un projet collectif de livre autour de Fukushima qui va sortir &#224; Bruxelles aux &#201;ditions du Souffle, avec Nicolas Prignot, Alain Brossat et Patrick De Vos pour &#233;clairer l'accident de Fukushima sur diff&#233;rents aspects : philosophique, sociologique, politique, &#233;conomique, historique, juridique, m&#233;diatique. Les autorit&#233;s affirment avec insistance que l'accident nucl&#233;aire a &#233;t&#233; provoqu&#233; par une catastrophe naturelle, mais c'est avant tout une catastrophe humaine. Pourquoi le (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je suis occup&#233; par un projet collectif de livre autour de Fukushima qui va sortir &#224; Bruxelles aux &#201;ditions du Souffle, avec Nicolas Prignot, Alain Brossat et Patrick De Vos pour &#233;clairer l'accident de Fukushima sur diff&#233;rents aspects : philosophique, sociologique, politique, &#233;conomique, historique, juridique, m&#233;diatique. Les autorit&#233;s affirment avec insistance que l'accident nucl&#233;aire a &#233;t&#233; provoqu&#233; par une catastrophe naturelle, mais c'est avant tout une catastrophe humaine. Pourquoi le Japon, se d&#233;clarant le premier pays irradi&#233; depuis Hiroshima et Nagasaki, s'est dot&#233; d'une politique du nucl&#233;aire ? Quels ont &#233;t&#233; les enjeux pr&#233;sidant &#224; la construction de 54 r&#233;acteurs dans un pays si sismique ? Quelle a &#233;t&#233; la r&#233;action du peuple ? Quel a &#233;t&#233; le r&#244;le des intellectuels ? Plus de radioactivit&#233; &#233;mise dans l'environnement, plus d'informations sur les faces cach&#233;es de la politique du nucl&#233;aire. Beaucoup des Japonais s'en veulent d'avoir &#233;t&#233; indiff&#233;rents &#224; cette &#233;nergie sale, 'sale' non seulement sur le plan &#233;cologique, mais aussi surtout politique. Les Japonais savent que le nucl&#233;aire n'est possible que sous le principe d'une discrimination. Accident ou non, il existe toujours des travailleurs, dont la plupart sont engag&#233;s par des sous-traitants, fortement expos&#233;s au risque d'irradiation dans les centrales et les mines d'uranium. Et les habitants autour aussi. Comment est-il possible de dire que l'&#233;nergie nucl&#233;aire est propre ? Au Japon, les centrales sont implant&#233;es dans les r&#233;gions pauvres comme Fukushima, loin de grandes villes. Si on pense &#224; la rentabilit&#233;, il serait bien plus avantageux de construire le parc nucl&#233;aire &#224; c&#244;t&#233; des grandes villes. On n'aurait pas besoin de construire de vastes r&#233;seaux de transport d'&#233;lectricit&#233;, sans compter que la perte d'&#233;nergie est d'autant plus grande que la distance est longue.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Alors, pourquoi implante-t-on ces sites dans les r&#233;gions rurales ? La r&#233;ponse est simple. L'autorit&#233; sait le risque potentiel du nucl&#233;aire, bien qu'elle ne cesse d'alimenter le mythe de la s&#251;ret&#233;. Il a fallu donc les &#233;loigner des grandes villes. En fait, certains intellectuels comme Hiroaki Koid&#233;, physicien du nucl&#233;aire, soulignaient cela d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 70. Mais, face &#224; la puissance de l'&#201;tat, ils &#233;taient compl&#232;tement marginalis&#233;s ; au Japon, les deux accidents majeurs &#8211;Three Mile Island et Tchernobyl, ne freineront pas la politique du nucl&#233;aire ; les mouvements antinucl&#233;aires n'occuperont jamais de place importante dans la soci&#233;t&#233; avant le 11 Mars 2011.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Shir&#244;to no Ran&lt;/i&gt; &#8211; le mouvement des amateurs ou des sans-parts, originellement le nom d'une boutique de produits recycl&#233;s tenue par Hajime Matsumoto, devenue aujourd'hui un r&#233;seau des jeunes vivant dans la pr&#233;carit&#233;, a pris un r&#244;le important. On le connaissait d&#233;j&#224; comme un des initiateurs de manifestations contre la guerre en Irak, contre le G8 &#224; Tokyo etc. Ce sont ces &#171; amateurs &#187; qui ont appel&#233; &#224; manifester apr&#232;s Fukushima le 10 avril 2011, dans leur quartier Koenji, qui est un quartier populaire de Tokyo. Ils ont r&#233;uni 15 000 personnes, eux-m&#234;mes ont &#233;t&#233; compl&#232;tement surpris. Il y a eu depuis une manifestation mensuelle, dans diff&#233;rents quartiers, y compris dans le quartier o&#249; se trouve le si&#232;ge de Tepco. Les femmes de Fukushima ont fait une cha&#238;ne humaine devant le minist&#232;re de l'&#233;conomie, du commerce et de l'industrie, il y a eu plusieurs sit-in. Il n'y a pas de grande organisation antinucl&#233;aire historique mais des collectifs locaux, qui sont un peu coordonn&#233;s pour d&#233;finir les dates de leurs actions, mais qui manifestent comme ils veulent. La manifestation du 11 juin 2011 &#233;tait internationale, y compris en France. A Paris il y avait trois mille personnes, &#224; Tokyo, vingt mille pas plus.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Durant la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 80, les cheminots &#233;taient engag&#233;s contre la privatisation. Ils ont perdu. C'&#233;tait la derni&#232;re grande lutte contre un projet &#233;tatique. Depuis, la culture de manifestations a &#233;t&#233; compl&#232;tement liquid&#233;e par l'&#201;tat. Dans ce contexte-l&#224;, 15 000, ce n'est pas mal. Mais les m&#233;dias n'en parlent pas ; l'autorit&#233; n'a d'autre intention que de casser le mouvement populaire par tous les moyens. Elle essaie d'en donner une image n&#233;gative, de d&#233;courager la population d'y participer. Le 11 juin, il y a eu des arrestations, un peu de bagarre plus ou moins provoqu&#233;e par la police et les RG japonais. Comme toujours, le gouvernement casse, divise. Face &#224; une telle man&#339;uvre, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Shir&#244;to no ran&lt;/i&gt; a fait un petit manuel : &#171; Comment manifester pour les nuls &#187;, avec une bande dessin&#233;e, avec des conseils aux m&#232;res de jeunes enfants qu'on met au premier plan, la manifestation est organis&#233;e comme une promenade avec eau, nourriture, d&#233;guisement, conseils pour faire du bruit. Tout cela, c'est sur internet.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le 19 Septembre 2011 il y a eu une grande manifestation avec Kenzaburo O&#233;, le prix Nobel de litt&#233;rature, et quelques militants historiques. C'&#233;tait un jour f&#233;ri&#233;. Il y a eu 60 000 personnes &#224; Tokyo venus de partout, avec aussi quelques partis politiques. Les m&#233;dias en ont parl&#233; un peu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les intellectuels donnent des conf&#233;rences de presse : le r&#244;le de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Shir&#244;to no ran&lt;/i&gt; est reconnu, et les m&#233;dias sont pri&#233;s d'en parler. Les compagnies d'&#233;lectricit&#233; comme Tepco sont les grands sponsors des m&#233;dias, &#224; travers lesquels la culture se trouve donc contamin&#233;e par l'atome. Il en va de m&#234;me du milieu acad&#233;mique, &#224; cause de l'Autonomie des universit&#233;s, sauf quelques r&#233;sistants. Avant le 11 mars 2011 tr&#232;s peu d'intellectuels s'engageaient pour dire non au nucl&#233;aire civil. Au Japon, il est rare de rencontrer aujourd'hui des universitaires engag&#233;s. Beaucoup sont apolitiques. Les intellectuels fran&#231;ais sont lus dans un contexte compl&#232;tement acad&#233;mique. Mais au Japon la peine de mort existe toujours, m&#234;me si on y lit beaucoup Foucault.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un petit groupe d'enseignants du secondaire commet des gestes de d&#233;sob&#233;issance : contre l'obligation de chanter l'hymne national aux c&#233;r&#233;monies scolaires et de saluer le drapeau national. Une femme, Kimiko Nezu, est tr&#232;s connue pour cela. On lui enl&#232;ve 10% de son salaire, elle est mise &#224; pied, puis elle revient, elle est repunie, etc&#8230; Elle a risqu&#233; d'&#234;tre r&#233;voqu&#233;e. Gr&#226;ce &#224; sa d&#233;termination et &#224; son comit&#233; de soutien, elle a &#233;chapp&#233; au pire. A la suite de son long combat acharn&#233;, elle a finalement eu sa retraite. Mais le fond du probl&#232;me n'a pas encore &#233;t&#233; r&#233;solu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En 2003, le gouverneur de Tokyo a fait passer une directive obligeant les enseignants &#224; rendre hommage au drapeau et &#224; l'hymne national durant les c&#233;r&#233;monies. Au cours des six ans, qui ont suivi, il a vu se d&#233;clarer 436 enseignants d&#233;sob&#233;issants, dont Kimoko Nezu. Ceux-ci sont fortement critiqu&#233;s non seulement par les gens d'extr&#234;me-droite, mais aussi par les bons citoyens, lesquels ne savent pas la vraie cause de ce refus des enseignants. La protestation des enseignants d&#233;sob&#233;issants repose sur le probl&#232;me de l'histoire et de la m&#233;moire. Ils se demandent comment on peut obliger les &#233;l&#232;ves &#224; se lever devant le drapeau et &#224; chanter l'hymne sans leur enseigner les aspects n&#233;gatifs des actions militaires de l'arm&#233;e japonaise depuis l'invasion de la Mandchourie jusqu'&#224; la Guerre de Pacifique ? Le Japon &#233;tait en effet un pays envahisseur : le drapeau et l'hymne japonais renvoient encore &#224; certains pays d'Asie une image du Japon imp&#233;rialiste du pass&#233;...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le probl&#232;me c'est l'indiff&#233;rence des Japonais au politique. L'&#233;conomie s'est d&#233;velopp&#233;e sans qu'on ne r&#233;fl&#233;chisse &#224; rien, tant qu'il n'y a pas de probl&#232;me de sant&#233; en cause. Pendant longtemps, les Japonais se sont satisfaits de petits bonheurs priv&#233;s. Leur &#171; fi&#232;vre &#187; pour la d&#233;mocratie n'est jamais mont&#233;e sur la sc&#232;ne politique. Jusqu'aux ann&#233;es 80, l'indiff&#233;rence s'expliquait par une richesse mieux r&#233;partie, mais maintenant elle s'explique par les habitudes acquises, le manque de temps, la soumission au monde capitaliste avec les heures suppl&#233;mentaires. Cette indiff&#233;rence a &#233;t&#233; &#233;volutive.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Japon a connu une crise financi&#232;re et fonci&#232;re en 1991. La Bourse de Tokyo a perdu un tiers de sa valeur du jour au lendemain. Cela a entra&#238;n&#233; la chute de valeurs immobili&#232;res, la d&#233;flation &#224; long terme, etc. : le Japon entrait dans un cercle vicieux d'o&#249; l'on ne sait comment sortir. &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Shir&#244;to no ran&lt;/i&gt;, ils ont v&#233;cu leur jeunesse apr&#232;s la crise. Jusque-l&#224;, quand on sortait de la fac, on acc&#233;dait &#224; une grande entreprise et &#224; un emploi stable ; dix ans plus tard cette entr&#233;e dans la vie active n'&#233;tait plus assur&#233;s, et passait d&#233;sormais par les CDD, par le travail temporaire. Les jeunes subissent l'impact direct de la crise. La plupart acceptent, mais les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Shir&#244;to no Ran&lt;/i&gt; n'acceptent pas et le manifestent. Leur combat est souvent tr&#232;s isol&#233;, d'o&#249; la recherche d'un c&#244;t&#233; performatif, du spectacle. Comment donner une image positive de la manifestation ? Cette fois, le but est bien s&#251;r d'exiger l'arr&#234;t imm&#233;diat du nucl&#233;aire, mais au-del&#224; de cette cause, il s'agit de questionner l'espace public, de cr&#233;er des espaces vraiment ouverts &#224; tous, o&#249; n'importe qui peut s'exprimer sur les choses en commun. En tant qu'organisateur, on cherche &#224; r&#233;unir le plus de monde possible. Les gens qui viennent sont heureux de rencontrer des gens dont la fa&#231;on de penser est proche. Il y a des d&#233;guisements. Les amateurs se sont aussi associ&#233;s avec des musiciens connus localement. Ils essaient d'&#234;tre coh&#233;rents, ils demandent aux manifestants d'apporter de l'huile us&#233;e pour alimenter les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sound Car&lt;/i&gt;. Ce n'est pas de l'&#233;nergie renouvelable mais c'est de l'autonomie, la d&#233;monstration qu'on est capable de vivre sans Tepco. On cherche &#224; montrer pour quoi on est plut&#244;t que contre quoi. L'information circule de bouche &#224; oreille. Mais plus le mouvement dure, plus il a tendance &#224; se disperser.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A l'heure actuelle, il n'y a plus qu'un seul r&#233;acteur en marche sur les 54 que compte le Japon. Apr&#232;s Fukushima les pr&#233;fets des r&#233;gions h&#233;sitent &#224; autoriser la remise en marche des r&#233;acteurs arr&#234;t&#233;s pour leur maintenance annuelle. C'est ce que souhaite la majorit&#233; de la population. Mais l'&#201;tat veut autoriser le red&#233;marrage apr&#232;s des stress tests &#233;tablis au regard de nouveaux crit&#232;res ; c'est de la tricherie, tout est fait pour duper la population. Il y a suffisamment d'&#233;nergie sans le nucl&#233;aire pour que le pays marche, car il ne repr&#233;sentait que 28% de l'&#233;nergie du pays. Pourquoi tant de nucl&#233;aire ? Le Japon n'a pas la bombe mais pourrait l'avoir en 3 mois. Derri&#232;re l'usage ''pacifique'', certains dirigeants ne cachent pas l'option nucl&#233;aire ''militaire''. On sait que le r&#233;acteur nucl&#233;aire a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; pour fabriquer du plutonium. C'est dans le contexte de la Guerre froide qu'il a &#233;t&#233; destin&#233; &#224; produire de l'&#233;lectricit&#233; pour un usage civil. Sinon, on ne saurait comprendre la raison d'un parc nucl&#233;aire aussi important. En r&#233;alit&#233;, il n'y a aucun int&#233;r&#234;t &#233;conomique &#224; long terme. Non seulement les centrales ne permettent pas de d&#233;veloppement durable, mais elles produisent aussi &#233;norm&#233;ment de d&#233;chets radioactifs dont personne ne sait que faire pour quasi l'&#233;ternit&#233;. Pendant qu'on traite les d&#233;chets, il n'y aucune production d'&#233;lectricit&#233;, bien s&#251;r. Malgr&#233; tout, l'&#201;tat japonais veut continuer &#224; faire prolif&#233;rer sa technologie dans les pays &#233;mergents. C'est aussi la raison pour laquelle il veut red&#233;marrer ses centrales &#224; tout prix.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En France y aura-t-il toujours de l'eau pour refroidir les centrales ? Plus le niveau de l'eau baisse et plus cela chauffe dans les centrales. Il est compl&#232;tement barbare de continuer. On ne conna&#238;t pas compl&#232;tement la cause de l'accident de Fukushima, car il est toujours en cours.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tepco ou d'autres compagnies d'&#233;lectricit&#233;s ont un niveau d'indemnit&#233; fix&#233; d&#232;s le d&#233;part. Au-del&#224; c'est l'&#201;tat, et de toute fa&#231;on ce n'est pas vraiment une entreprise priv&#233;e. Si c'est juste quelques fuites avec Fukushima c'est impossible ; M&#234;me l'&#201;tat va &#234;tre en faillite, il n'a pas respect&#233; sa propre limite. Ils ne peuvent pas indemniser.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Matsumoto, l'animateur de la fronde des amateurs s'est pr&#233;sent&#233; comme candidat aux municipales pour pouvoir pr&#233;senter ses id&#233;es et manifester sans contraintes pendant la campagne &#233;lectorale. Il s'est fait reconna&#238;tre comme leader par les institutions.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Le 30 d&#233;cembre 2011 (mis &#224; jour le 28 mars 2012)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Note de lecture : Ryoko Sekiguchi, &lt;i&gt;Ce n'est pas un hasard, Chronique japonaise&lt;/i&gt;, POL, Paris, octobre 2011</title>
		<link>http://multitudes.samizdat.net/Note-de-lecture-Ryoko-Sekiguchi-Ce</link>
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		<dc:date>2012-04-03T12:49:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Querrien, Anne</dc:creator>

<category domain="http://multitudes.samizdat.net/-MINEURE-Fukushima-voix-de-rebelles-">MINEURE : &lt;i&gt;Fukushima : voix de rebelles&lt;/i&gt;</category>


		<description>Po&#233;tesse japonaise en exil &#224; Paris, traductrice, Ryoko re&#231;oit le tremblement de terre et le tsunami comme une r&#233;p&#233;tition, quelque chose &#224; quoi nous sommes habitu&#233;s, et qui pourtant va prendre un caract&#232;re singulier, culminer dans l'accident nucl&#233;aire. Elle d&#233;cide de tenir son journal, de suivre la nouvelle au jour le jour. Elle s'&#233;tonne de ce que ses coll&#232;gues universitaires aient mis au programme de leurs conf&#233;rences de ce mois les anciennes catastrophes, comme si la pens&#233;e et (...)

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&lt;a href="http://multitudes.samizdat.net/-MINEURE-Fukushima-voix-de-rebelles-" rel="directory"&gt;MINEURE : &lt;i&gt;Fukushima : voix de rebelles&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Po&#233;tesse japonaise en exil &#224; Paris, traductrice, Ryoko re&#231;oit le tremblement de terre et le tsunami comme une r&#233;p&#233;tition, quelque chose &#224; quoi nous sommes habitu&#233;s, et qui pourtant va prendre un caract&#232;re singulier, culminer dans l'accident nucl&#233;aire. Elle d&#233;cide de tenir son journal, de suivre la nouvelle au jour le jour. Elle s'&#233;tonne de ce que ses coll&#232;gues universitaires aient mis au programme de leurs conf&#233;rences de ce mois les anciennes catastrophes, comme si la pens&#233;e et le r&#233;el convergeaient vers la mort. Mais non, ce n'est pas vrai, c'est par hasard. La catastrophe n'est-elle pas d&#233;sirable pourtant, en ce qu'elle installe l'&#233;galit&#233; devant la fatalit&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais la catastrophe nucl&#233;aire est d'une autre dimension. &#171; Tr&#232;s vite on apprend qu'une fois la mer pollu&#233;e, les algues ne retiennent pas seulement les particules radioactives, elles les condensent. &#187; (p.34). Est-ce qu'&#224; la veille d'une catastrophe, on sent qu'elle va arriver ? On est toujours avant une catastrophe. La catastrophe ne vient pas seulement du dehors, elle monte en nous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que disent les po&#232;tes, les &#233;diteurs, les librairies, tous ceux avec lesquelles une po&#233;tesse a des raisons d'&#233;changer. Le d&#233;sastre est &#233;quivalent &#224; la seconde guerre mondiale. Pire, avec l'accident nucl&#233;aire, on n'en est qu'au d&#233;but, et on n'a encore rien vu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La po&#233;tesse de retour au pays est frapp&#233;e par l'ampleur des mouvements de population. Les r&#233;fugi&#233;s se replient vers d'autres pr&#233;fectures moins touch&#233;es. Les structures d'h&#233;bergement sont satur&#233;es. Comment faire pour que les salari&#233;s de la r&#233;gion de Fukushima acceptent de partir ? Les obliger &#224; prendre leurs cong&#233;s pay&#233;s ? Les patrons ne veulent pas rel&#226;cher la discipline de travail qui pourtant ne sert &#224; rien puisque les produits contamin&#233;s ne pourront pas se vendre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui il s'agit d'une catastrophe humaine. Les r&#233;fugi&#233;s de Fukushima sont re&#231;us ailleurs comme des pestif&#233;r&#233;s. Un po&#232;te lance depuis Fukushima ses cailloux de po&#232;mes tandis que sa famille est partie. Une semaine apr&#232;s l'accident Fukushima commence d'&#234;tre mise en quarantaine. Les secouristes sont encens&#233;s par le gouvernement, mais Ryoko y discerne l'arriv&#233;e sournoise du fascisme. Il y a toujours des r&#233;pliques, &#171; des centaines de millions de chevaux qui passent sous la terre. &#187; Toute la r&#233;gion du nord est d&#233;vast&#233;e. Ailleurs les gens se droguent &#224; la t&#233;l&#233;vision. Les enfants conjurent la catastrophe en la rejouant. Les adultes boivent de la bi&#232;re, il para&#238;t que cela prot&#232;ge. Le ph&#233;nom&#232;ne est collectif, la souffrance est individuelle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les magazines sur papier ont disparu, les images des femmes ne s'&#233;talent plus sur papier glac&#233;, mais sur papier torchon. Ryoko ne supporte pas de voir les victimes &#224; la t&#233;l&#233;vision. Elle se sent viol&#233;e, trahie par son propre pays ; on parle d'elle derri&#232;re son dos. Avant quand il y avait un s&#233;isme on pouvait faire un reportage sur la reconstruction, l&#224; la reconstruction n'est plus possible. Certes le Japon &#233;tait pollu&#233; quand elle &#233;tait enfant et on attrapait plein de maladies. Et puis on a assaini et nettoy&#233; l'image du Japon. Dans les ann&#233;es 1980 on s'est m&#234;me d&#233;pens&#233; pour la culture. Aujourd'hui les offres d'emploi sont pour aller nettoyer Fukushima. La radioactivit&#233; d&#233;truit le paysage, la vie familiale, l'agriculture biologique ; tous les investissements personnels sont an&#233;antis.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Japon c'&#233;tait un petit pays, o&#249; on mangeait bien, o&#249; on b&#233;n&#233;ficiait d'une culture &#224; la fois traditionnelle et d'avant garde. Cette fois la blessure est irr&#233;versible. &#171; Quelque chose est fini &#187; pense-t-elle dans l'avion qui l'emm&#232;ne se mettre au chevet du Japon. Et puis la d&#233;lation intervient : on parle publiquement de ceux qui ont quitt&#233; le Japon, on les voue &#224; l'opprobre de ceux qui restent. L'&#233;tat d'exception s'installe avec l'assentiment de la plupart. Pourtant &#224; l'&#233;tranger la perception reste h&#233;t&#233;roclite, et cela vaut mieux. Les anciennes catastrophes refont surface dans les journaux, &#171; la pornographie du d&#233;sastre &#187;, les anti-corps se secr&#232;tent &#224; nouveau.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Penser &#224; cette r&#233;gion du Toko-hu, plus rurale, plus pauvre, &#224; l'accent diff&#233;rent, et qu'il ne faut pas voir comme homog&#232;ne. Remise de prix &#224; des ouvrages litt&#233;raires &#233;crits avant le s&#233;isme, tous pr&#233;monitoires. A Tokyo les tr&#232;s faibles d&#233;g&#226;ts emp&#234;chent d'exprimer sa peine de mani&#232;re objective. Et Ryoko retombe amoureuse de cette ville mutil&#233;e, o&#249; elle a habit&#233; avec son grand-p&#232;re dans le quartier des livres. Et les noms japonais la reprennent, dans leur double expression phon&#233;tique et &#233;crite en id&#233;ogrammes. Dans la catastrophe les noms sont dissoci&#233;s, &#171; les morts perdent soit leur &#233;criture, soit leur prononciation, parfois les deux &#187;. Dans un emplacement sans nom sont enterr&#233;s les morts que leur famille n'est pas venue r&#233;clamer &#224; temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>FUKUSHIMA : VOIX DE REBELLES - MULTITUDES INVITE DES MILITANTS JAPONAIS</title>
		<link>http://multitudes.samizdat.net/FUKUSHIMA-VOIX-DE-REBELLES</link>
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		<dc:date>2012-03-20T15:41:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Revue Multitudes</dc:creator>

<category domain="http://multitudes.samizdat.net/-Evenements-">Ev&#233;nements</category>


		<description>Rencontre, projections de films et discussion autour du dossier FUKUSHIMA : VOIX DE REBELLES le mercredi 28 mars 2012 &#224; partir de 18h30 &#224; la Fondation Lucien Paye (Cit&#233; Internationale Universitaire de Paris - 45 Bd Jourdan, Paris). &lt;br /&gt;Apr&#232;s la catastrophe de Fukushima, des Japonais, dont certains militants d&#233;j&#224; connus en France, ont fait entendre leurs voix contre l'&#201;tat ou ont agi pour aider les populations. Interviews dans le dernier num&#233;ro de Multitudes et documents compl&#233;mentaires sur (...)


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Rencontre, projections de films et discussion autour du dossier &lt;i&gt;FUKUSHIMA : VOIX DE REBELLES&lt;/i&gt; le &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;mercredi 28 mars 2012 &#224; partir de 18h30 &#224; la Fondation Lucien Paye (Cit&#233; Internationale Universitaire de Paris - 45 Bd Jourdan, Paris)&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Apr&#232;s la catastrophe de Fukushima, des Japonais, dont certains militants d&#233;j&#224; connus en France, ont fait entendre leurs voix contre l'&#201;tat ou ont agi pour aider les populations. Interviews dans le dernier num&#233;ro de Multitudes et documents compl&#233;mentaires sur le site.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avec la participation de :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/_Iwata-Wataru_&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;Wataru Iwata&lt;/a&gt;, Tetsuaki Shigemitsu, Hideki Kitamaki, C&#233;cile Asanuma Brice, Fr&#233;d&#233;rick Lemarchand, Bruno de Chareyron, Yann Moulier Boutang (Multitudes), Anne Querrien (Multitudes) et en pr&#233;sence de Terao Hitoshi, directeur de la Maison du Japon &#224; la Cit&#233; internationale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mod&#233;ration : Sandra Laugier (Universit&#233; Paris 1)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avec la pr&#233;sentation de deux films :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://multitudes.samizdat.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Fukushima, une population sacrifi&#233;e&lt;/i&gt;, David Zavaglia&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://multitudes.samizdat.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-68c92.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dissonances&lt;/i&gt;, Thierry Ribault et Alain Sauli&#232;re&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Fondation Lucien Paye, 45 B Boulevard Jourdan, 75014, Paris&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;tro Porte d'Orl&#233;ans ou tram Montsouris ou RER Cit&#233; Universitaire
&lt;a href=&quot;http://www.ciup.fr/les_maisons/residence_lucien_paye&quot; class=&quot;spip_out&quot;&gt;
http://www.ciup.fr/les_maisons/residence_lucien_paye&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>L'Europe du XXIe si&#232;cle sera-t-elle sto&#239;cienne ?</title>
		<link>http://multitudes.samizdat.net/L-Europe-du-XXIe-siecle-sera-t</link>
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		<dc:date>2012-03-20T14:22:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cohn Bendit, Daniel</dc:creator>

<category domain="http://multitudes.samizdat.net/-A-chaud,1080-">&#192; chaud</category>


		<description>Cette question peut sembler hors sol dans le contexte actuel. R&#233;cession &#233;conomique, rupture du pacte social, crise de l&#233;gitimit&#233; avec comme arri&#232;re-fond une imbrication de crises d'envergure mondiale. L'Union europ&#233;enne subit un &#233;branlement sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire de sa construction. Alors que les gouvernements font mine de se pr&#233;occuper du sort de l'Euro, la r&#233;ponse des march&#233;s reste d&#233;sastreuse et les agences de notation financi&#232;re continuent leurs (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette question peut sembler hors sol dans le contexte actuel. R&#233;cession &#233;conomique, rupture du pacte social, crise de l&#233;gitimit&#233; avec comme arri&#232;re-fond une imbrication de crises d'envergure mondiale. L'Union europ&#233;enne subit un &#233;branlement sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire de sa construction. Alors que les gouvernements font mine de se pr&#233;occuper du sort de l'Euro, la r&#233;ponse des march&#233;s reste d&#233;sastreuse et les agences de notation financi&#232;re continuent leurs soustractions de A. Les institutions europ&#233;ennes ont &#233;chou&#233; &#224; tracer la voie d'une sortie de crise &#224; l'&#233;chelle continentale. La Commission europ&#233;enne, cens&#233;e &#234;tre &#224; la fois le moteur et la garante de l'int&#233;r&#234;t public europ&#233;en, se contente de r&#233;pondre aux diktats des grands &#201;tats. Au lieu d'attiser l'esprit europ&#233;en, elle joue le jeu de l'inter-gouvernementalisme ambiant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Conseils apr&#232;s Conseils, les gouvernements europ&#233;ens s'acharnent &#224; produire des simulacres de solution jusqu'&#224; la crise suivante. Apr&#232;s deux ans de tergiversations, ils n'ont su proposer qu'un nouveau trait&#233; cens&#233; freiner le d&#233;ficit budg&#233;taire mais dont l'utilit&#233; reste douteuse. Personne ne nie qu'il faille stopper l'endettement. Mais jamais aucune politique d'aust&#233;rit&#233; n'a pu, &#224; elle seule, relancer l'&#233;conomie. Nul besoin d'&#234;tre prix Nobel pour le savoir ! Et il suffirait de se tourner vers nos partenaires notamment am&#233;ricains pour le comprendre. L'&#233;conomie europ&#233;enne a besoin d'une approche globale qui allie rigueur budg&#233;taire, plans de relance massive et communautarisation des dettes nationales. Qu'attendons-nous pour instaurer une taxe sur les transactions financi&#232;res, &#233;laborer une strat&#233;gie de croissance durable, lancer les &#171; Eurobonds &#187; ? La modernisation de nos &#233;conomies est devenue incontournable et il va sans dire que les obligations europ&#233;ennes constitueraient un outil de premier choix pour la financer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le couple &#171; Merkozy &#187; a donc beau jeu de critiquer la Gr&#232;ce et de
dresser la liste des mauvais &#233;l&#232;ves de l'Europe. Nul ne peut nier la responsabilit&#233;
des gouvernements qui se sont succ&#233;d&#233; et qui ont conduit la Gr&#232;ce au
bord du gouffre. Pourtant, si la crise de la zone euro a pu atteindre une telle
radicalit&#233;, c'est avant tout parce que nous avons refus&#233; de voir qu'une monnaie
unique sans gouvernement &#233;conomique, fiscal et budg&#233;taire commun
&#233;tait d'embl&#233;e vou&#233;e &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La mise en branle de la construction europ&#233;enne a permis une &#233;volution historique remarquable &#224; travers la r&#233;conciliation et la cr&#233;ation sans violence ni h&#233;g&#233;monie d'une entit&#233; in&#233;dite qui a forc&#233; les Europ&#233;ens &#224; exp&#233;rimenter de nouveaux modes de gouverner. Apr&#232;s plusieurs d&#233;cennies de prosp&#233;rit&#233; dans un climat de paix, l'Union europ&#233;enne a une nouvelle fonction : permettre aux Europ&#233;ens de se &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; r&#233;aliser &#187;&lt;/i&gt; dans un monde globalis&#233;. Autrement dit, elle est devenue la condition de possibilit&#233; d'une action politique dans le monde du XXIe si&#232;cle. Renforcer l'Union europ&#233;enne, c'est donc renforcer les &#201;tats europ&#233;ens. L'op&#233;ration inverse est impossible et elle ne peut nullement orienter politiquement la mondialisation &#233;conomico-financi&#232;re vers un d&#233;veloppement universel socialement et &#233;cologiquement soutenable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'ils partagent ou non cette analyse, les chefs d'&#201;tat et de gouvernement europ&#233;ens semblent r&#233;solus &#224; en ignorer les cons&#233;quences. Au lieu de tirer les le&#231;ons du co&#251;t de l'absence d'Europe, ils restent pi&#233;g&#233;s par des dynamiques &#171; isolationnistes &#187;. L'&#201;tat-nation tel qu'il a &#233;t&#233; con&#231;u fut incontestablement une r&#233;ponse efficace &#224; un moment donn&#233; de l'histoire europ&#233;enne mais la mondialisation et l'interd&#233;pendance qu'elle induit ont irr&#233;m&#233;diablement rendu caduc son pouvoir de ma&#238;triser son propre destin. Comment d&#232;s lors ne pas &#234;tre constern&#233; face au refus des &#201;tats d'&#233;largir le champ de comp&#233;tences de l'UE, seule capable d'intervenir de mani&#232;re effective dans le monde d'aujourd'hui. Combien de temps vont-ils rester accroch&#233;s &#224; cette coquille vide que repr&#233;sente d&#233;sormais la souverainet&#233; nationale ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce constat nous autorise le parall&#232;le avec le sto&#239;cisme. Dans la Gr&#232;ce antique, au moment o&#249; le contexte socio-politique n'a plus permis aux individus de se reconna&#238;tre dans la vie de la Cit&#233;, ils se sont r&#233;fugi&#233;s dans une pens&#233;e repli&#233;e sur elle-m&#234;me. Cette posture de renoncement est admirablement r&#233;sum&#233;e par Hegel dans la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie&lt;/i&gt; de l'esprit quand il dit de la conscience sto&#239;cienne qu'elle est &#171; libre aussi bien sur le tr&#244;ne que dans les cha&#238;nes &#187;. Autrement dit, ne pouvant plus s'inscrire ni se reconna&#238;tre dans le monde concret, le sto&#239;cien se vit dans l'abstraction. Sa condition mat&#233;rielle ne l'atteint plus, il a &#171; quitt&#233; &#187; ce &#171; bas monde &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, nous assistons &#224; la d&#233;possession de soi que traduit la perte d'autonomie politique des Nations europ&#233;ennes prises dans le tourbillon de la mondialisation. Sous cet angle, la question europ&#233;enne prend quasiment une tournure existentielle pour ne pas dire vitale.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La convergence des crises financi&#232;re, &#233;conomique, sociale et &#233;cologique semble avoir pr&#233;cipit&#233; l'UE vers l'atomisation et entam&#233; son d&#233;clin. Nous avons donc au moins deux mondes futurs possibles. Un premier o&#249; les &#201;tats europ&#233;ens auraient compris la n&#233;cessit&#233; d'une int&#233;gration majeure pour interagir avec les autres et pr&#233;server ces valeurs au nom desquelles ils justifient actuellement le repli. Il serait en effet na&#239;f de croire que l'inertie garantirait au moins le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;statu quo&lt;/i&gt;. L'inaction en politique a ceci de terrifiant, c'est que non seulement elle ne permet pas de progresser mais qu'en plus elle conduit &#224; la perte des acquis. Quant au second monde globalis&#233;, il serait celui d'une Europe vivotant et qui serait devenue une sorte de curiosit&#233; d'un autre &#226;ge. Bien entendu, il n'existe aucun texte sacr&#233; nous obligeant &#224; sauver l'Union europ&#233;enne. Comme les sto&#239;ciens, nous sommes libres de nous r&#233;fugier dans une pure ataraxie &#171; made in France &#187; ou &#171; made in Germany &#187;&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai parfois l'impression que nous ne mesurons pas toujours la valeur d'un choix effectivement r&#233;alisable. Avec la crise climatique, beaucoup d'entre nous ont compris le sens de l'irr&#233;versibilit&#233; et la restriction des choix de d&#233;veloppements possibles si nous ne voulons pas hypoth&#233;quer le sort des g&#233;n&#233;rations futures. Par ailleurs, parler de choix implique une pleine conscience des enjeux. Trop souvent, quand il est question de l'Europe, on se rend compte qu'une n&#233;buleuse l'entoure. Un voile d'autant plus tenace qu'il est favoris&#233; par les &#233;lucubrations populistes mais aussi la duplicit&#233; de certains discours politiques. &#192; l'&#233;chelon national, les &#171; gestionnaires &#187; du pouvoir &#233;chouent &#224; produire des politiques d'envergure. Le court-termisme demeure malheureusement la temporalit&#233; privil&#233;gi&#233;e par la politique nationale et l'Europe prend r&#233;guli&#232;rement la forme d'une nouvelle figure expiatoire. Et ce n'est &#233;videmment pas en &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;ab&#238;mant&lt;/i&gt; le projet europ&#233;en dans la contingence des tours de piste &#233;lectoraux dans 28 pays que nous trouverons des solutions. J'ose esp&#233;rer que les Europ&#233;ens sauront refuser le fatalisme et qu'ils affronteront le futur ensemble pour apporter des r&#233;ponses globales &#224; ce nouveau si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Propos recueillis le 20 Janvier 2012&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>La grandeur d&#233;mocratique de l'&#233;cole</title>
		<link>http://multitudes.samizdat.net/La-grandeur-democratique-de-l</link>
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		<dc:date>2012-03-20T14:22:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Kyrou, Ariel, Querrien, Anne, Sauvagnargues, Anne</dc:creator>

<category domain="http://multitudes.samizdat.net/-A-chaud,1080-">&#192; chaud</category>


		<description>Les attaques syst&#233;matiques du gouvernement contre la vieille &#233;cole r&#233;publicaine n'affirment pas seulement une d&#233;fiance, elles confirment une r&#233;orientation : les enseignants ne sont pas invit&#233;s &#224; &#233;largir le champ de leurs centres d'int&#233;r&#234;ts, ou &#224; red&#233;ployer les activit&#233;s qu'ils m&#232;nent avec leurs &#233;l&#232;ves comme les plus mobilis&#233;s d'entre eux le faisaient les d&#233;cennies pass&#233;es. M&#234;me la dite ouverture &#224; la soci&#233;t&#233; civile, se r&#233;sumant trop souvent &#224; un stage de trois jours (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les attaques syst&#233;matiques du gouvernement contre la vieille &#233;cole r&#233;publicaine n'affirment pas seulement une d&#233;fiance, elles confirment une r&#233;orientation : les enseignants ne sont pas invit&#233;s &#224; &#233;largir le champ de leurs centres d'int&#233;r&#234;ts, ou &#224; red&#233;ployer les activit&#233;s qu'ils m&#232;nent avec leurs &#233;l&#232;ves comme les plus mobilis&#233;s d'entre eux le faisaient les d&#233;cennies pass&#233;es. M&#234;me la dite ouverture &#224; la soci&#233;t&#233; civile, se r&#233;sumant trop souvent &#224; un stage de trois jours en entreprise, semble remise au placard. Non, au pied de l'autel de la rentabilit&#233; du temps de pr&#233;sence, les enseignants doivent se mettre au garde &#224; vous, laisser partir les coll&#232;gues &#224; la retraite, travailler sans rechigner, respecter les changements de programmes qui se succ&#232;dent, ob&#233;ir aux sautes d'humeur du gouvernement, ranger les lectures &#171; difficiles &#187;, remplacer un coll&#232;gue d&#233;faillant quelle que soit la mati&#232;re, faire de l'&#233;cole une garderie. Ob&#233;ir + ob&#233;ir + ob&#233;ir + ob&#233;ir + ob&#233;ir&#8230; Bref, reprendre le pli d'une caricature de l'&#233;cole d'autrefois.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#201;cole n'aurait-elle plus partie li&#233;e avec la d&#233;mocratie ? Se retournerait-elle contre les profs et la plupart de ses acteurs, sous pr&#233;texte qu'elle co&#251;terait toujours plus cher dans un &#201;tat &#224; bout de ressources budg&#233;taires ? Si les d&#233;cisions ne sont pas toujours d&#233;mocratiques &#224; l'&#233;cole, et si son d&#233;faut d'ouverture au monde pr&#234;te &#233;videmment &#224; d&#233;bat, l'&#233;cole initie pourtant de multiples fa&#231;ons &#224; la d&#233;mocratie. Elle est l'un des seuls lieux communs &#224; tous. Dans l'&#233;cole, chacun s'initie &#224; une op&#233;rativit&#233;, acquiert une &#171; capabilit&#233; &#187; (Amartya Sen). Dans l'&#233;cole, l'entreprenariat au sens premier du terme se pratique collectivement. La passion fr&#233;n&#233;tique pour l'&#233;valuation y prend sans doute trop facilement le pas sur l'apprentissage de l'esprit critique&#8230; Mais cette tendance bien connue, ajout&#233;e &#224; la course aux &#233;conomies financi&#232;res, peuvent-elles excuser le manque d'ambition des programmes politiques sur ce th&#232;me ? Ne serait-il pas temps, au contraire, de retrouver, mieux de renforcer cette dynamique &#233;galitaire qui prend tout son sens &#224; l'&#226;ge d'Internet et des r&#233;seaux sociaux ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#233;cole, le premier espace de relations&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La premi&#232;re vertu de l'&#233;cole est de rassembler dans un m&#234;me espace des enfants de toutes origines, et de leur faire entrevoir que cet &#234;tre en commun est possible. En m&#234;me temps, cela n'a rien de facile et doit &#234;tre m&#233;nag&#233; par tout un ensemble de ruses qui fassent admettre cet &#234;tre en commun moins aux enfants qu'aux parents qui craignent de mauvaises fr&#233;quentations pour leurs ch&#233;ris. Pour l'enseignant face &#224; la classe dans sa diversit&#233;, ou face &#224; une classe d&#233;s&#233;quilibr&#233;e par un trop-plein d'enfants d'origine &#233;trang&#232;re, d'enfants de familles pauvres ou &#224; l'inverse de &#171; gosses de riche &#187;, il faut assumer et trouver les dispositifs propres &#224; assurer l'&#233;galit&#233;. M&#234;mes exercices pour tous et exercices choisis pour les tenir tous en mouvement avec leurs capacit&#233;s diff&#233;renci&#233;es. Reconnaissance des savoirs diff&#233;rents dont sont porteurs les uns et les autres. Mutualisation des transmissions si possible. Peu &#224; peu le &#171; groupe classe &#187; se d&#233;tache de la place sociale qui lui &#233;tait assign&#233;e et se rend capable de nouvelles productions : textes libres, expos&#233;s, expositions, voyages d'&#233;tudes, petits &#233;carts au train-train font le sel de l'ann&#233;e&#8230; Et ce sont ces multiples &#224;-c&#244;t&#233;s, ignor&#233;s par les caciques du pouvoir en place alors qu'ils construisent litt&#233;ralement l'imaginaire d'une classe, qui t&#233;moignent de la productivit&#233; de la d&#233;mocratie au sein de l'espace scolaire.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans cet espace public de l'&#233;cole, tendu par l'&#233;galit&#233; virtuelle de tous, la rencontre n'est pas seulement celle des enfants entre eux, mais celle d'une pluralit&#233; d'acteurs. Au sein de l'espace scolaire, les enfants sont virtuellement &#233;gaux, et des adultes, enseignants, psychologues et autres intervenants s'efforcent qu'ils le deviennent. Un acteur au milieu de tout cela est r&#233;tif et ambigu : l'association des parents d'&#233;l&#232;ves. Chacun, en son sein, y veut le meilleur pour la future r&#233;ussite sociale et &#233;conomique de son enfant, et a du mal &#224; percevoir ce meilleur pour le futur citoyen qu'il est tout autant. La notion de rentabilit&#233; imm&#233;diate des &#233;tudes, dont les associations se font souvent le relais, est une peste, et ce d'autant que cette &#233;pid&#233;mie-l&#224; trouve une oreille attentive du c&#244;t&#233; des instances publiques, somm&#233;es elles aussi d'&#234;tre &#171; enfin &#187; rentables. L'alliance entre parents et enseignants est pourtant fondamentale. Or elle se tisse bien plus autour de sorties, piqueniques, et autres actes d'un embryon de vie quotidienne commune que dans les trois r&#233;unions de conseil de classe d'une ann&#233;e scolaire avec les deux repr&#233;sentants des parents et les deux d&#233;l&#233;gu&#233;s des &#233;l&#232;ves. Les enseignants ne demandent la plupart du temps qu'&#224; mettre leur savoir et leur imagination au service du d&#233;veloppement social de l'&#233;cole et plus largement du quartier. Sauf que ce n'est plus gu&#232;re ce qu'on attend &#171; officiellement &#187; d'eux&#8230;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Faire groupe pour apprendre&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans l'espace scolaire s'acqui&#232;rent des techniques de repr&#233;sentation et de transformation sans limites autres que celles qu'on se donne ou qu'on vous impose. Une fois que vous avez appris &#224; lire, vous pouvez lire tout ce qui vous tombe sous la main. Pour le calcul, c'est un peu plus compliqu&#233;, il faut apprendre &#224; chaque fois une figure diff&#233;rente ; mais la logique ainsi acquise et mise en pratique enrichit l'&#233;l&#232;ve en termes de m&#233;thode, voire de d&#233;marche intellectuelle&#8230; Sur un autre registre, les math&#233;matiques invitent &#224; naviguer dans un flux d'abstraction sans limite, &#233;ventuellement dangereux car in fine de l'ordre de l'ind&#233;cidable. C'est ce qui explique l'acharnement des autorit&#233;s &#224; contenir dans d'&#233;troites limites le flux de savoir appr&#233;hendable par la plupart des gens, &#224; limiter les ponts entre les maths et la philosophie, &#224; cantonner l'histoire, d&#233;sormais priv&#233;e de classe de terminale, &#224; multiplier les vieilles r&#233;f&#233;rences plut&#244;t que les nouvelles questions, bref &#224; rhabiller l'&#233;cole r&#233;publicaine des oripeaux m&#233;thodologiques des &#233;coles catholiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La situation actuelle a beaucoup chang&#233; par rapport &#224; celle qui pr&#233;valait &#224; la fondation de l'&#233;cole. Une myriade de contenus sont accessibles sans difficult&#233;, hors du cadre scolaire, notamment via cet oc&#233;an de donn&#233;es qu'est Internet. Des jeux rendent les op&#233;rations de base accessibles de fa&#231;on ludique gr&#226;ce &#224; des technologies tr&#232;s sophistiqu&#233;es. Chacun baigne dans un environnement immense dont il ne touche pas les limites, mais sans conscience de ses r&#232;gles. Toutes ces (r)&#233;volutions rel&#232;guent l'univers scolaire traditionnel &#224; la pr&#233;histoire du boulier et de l'ardoise. L'espace public scolaire se voit plus que jamais appel&#233; &#224; reconna&#238;tre des comp&#233;tences acquises &#224; la maison ou dans les temps de loisir. Devant la multiplication prolif&#233;rante des savoirs et de leurs formes, il semble ne plus pouvoir construire l'espace relatif de mutualisation qui le caract&#233;risait. Et parvient plus difficilement qu'hier &#224; r&#233;duire les &#233;carts entre classes sociales, ou, dans le langage d'aujourd'hui, entre &#171; info-riches &#187; et &#171; info-pauvres &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est bien pourquoi, plus que jamais &#224; l'heure de l'immensit&#233; des savoirs accessibles, il reste &#224; faire groupe envers et contre tout. &#192; faire commun. &#192; faire fonds du peu qu'on a chacun, en d&#233;veloppant les apprentissages au maximum de ce qu'il reste possible d'accomplir dans le temps imparti. Les enjeux concrets ? S'appuyer sur la plus grande rapidit&#233; des uns pour tirer la lenteur des autres. Profiter des connaissances capt&#233;es chez eux par les uns pour nourrir la r&#233;flexion de tous en classe. S'enrichir des explications invent&#233;es par les uns pour r&#233;pondre aux questions improbables des autres&#8230; Et puis, encore et toujours, s'arcbouter pour que le groupe classe tienne gr&#226;ce &#224; l'entraide entre les uns et les autres. Histoire que tous comprennent, par l'exemple, la puissance de ce commun qui nous enrichit tous sans appauvrir personne. Faire groupe envers et contre tout, faire commun.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Devenir entrepreneur collectif de bien-&#234;tre&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#233;cole se heurte aujourd'hui &#224; une conception de l'individu compl&#232;tement diff&#233;rente de celle qui l'a vue na&#238;tre. Elle &#233;tait profil&#233;e pour former des travailleurs et des citoyens membres de grandes organisations leur proposant des choix simples, et elle se trouve jet&#233;e dans un monde o&#249; les grandes organisations se sont fragment&#233;es, o&#249; les choix collectifs sont implicites et incertains, voire mena&#231;ants, o&#249; l'individu est au centre de tout. Les sir&#232;nes du n&#233;olib&#233;ralisme chantent : il faut devenir entrepreneur de soi-m&#234;me, devenir comp&#233;titif, enr&#244;ler les autres dans son propre projet. Le projet &#233;galitaire de l'&#233;cole publique est aux antipodes de ces injonctions. Mais comment ne pas voir tout ce que ces appels &#224; l'&#233;go&#239;sme ont d'ores et d&#233;j&#224; de d&#233;pass&#233; ? Car l'enjeu, plus encore que d'&#234;tre l'entrepreneur de soi-m&#234;me, est de d&#233;nicher l'information juste dans une mer de donn&#233;es, puis de transformer cette information en connaissance pour ses groupes et communaut&#233;s autant que pour soi&#8230; &#192; l'instar de la fa&#231;on dont fonctionne le monde du logiciel libre, ce travail-l&#224; ne peut que profiter de l'apport de tous. Et c'est l&#224;, justement, o&#249; il rejoint la dynamique &#233;galitaire de l'&#233;cole : tous diff&#233;rents, certes, mais tous plus riches de l'apport de chacun au &#171; commun &#187;&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les injonctions du pr&#233;sent transforment l'enseignant en documentaliste, en serviteur de l'&#233;l&#232;ve qui veut qu'on lui fournisse les meilleures informations pour l'&#233;laboration de son projet. Il faudrait que l'enseignant, en un retour d&#233;suet et tr&#232;s peu op&#233;rationnel &#224; l'id&#233;al aristocratique, se transforme en pr&#233;cepteur, consacre tout son temps &#224; chacun, au moment m&#234;me o&#249; on supprime des postes et o&#249; on le surcharge.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De nouveaux outils de documentation sont apparus, &#224; commencer par les centres de documentation int&#233;gr&#233;s aux coll&#232;ges. Et puis il y a Internet&#8230; Organiser un enseignement personnalis&#233; avec de telles ressources demande en r&#233;alit&#233; bien plus de temps. On ne peut plus savoir &#224; l'avance par quel bout le jeune va entrer dans une mati&#232;re, d&#233;sormais accessible d'infiniment de voies. De nouveaux sc&#233;narios d'acc&#232;s au savoir sont &#224; construire, mais pour transmettre vers qui ? Peut-on penser que les jeunes peuvent devenir avec les enseignants des pr&#233;cepteurs de la soci&#233;t&#233; comme ils l'ont &#233;t&#233; au XIXe si&#232;cle ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Partout, sans consid&#233;ration pour les oukases de l'institution, des exp&#233;riences se mettent en place. &#192; l'instar de ce qu'on appelle les &#171; Twittclasses &#187;, elles s'inspirent des outils, du langage des jeunes g&#233;n&#233;rations pour renouveler les formes de l'enseignement et cr&#233;er des passerelles entre la classe et son environnement. Dans une &#233;cole primaire de Dunkerque, par exemple, ce sont des &#233;l&#232;ves de CP qui &#171; tweetent chaque jour autour d'une activit&#233; r&#233;alis&#233;e en classe &#187; comme la r&#233;solution collective d'une &#233;nigme ou un probl&#232;me de maths [&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nb7-1&quot; name=&quot;nh7-1&quot; id=&quot;nh7-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] [http://www.vousnousils.fr/2011/04/13/twitter-en-classe-une-pratique-qui-sed' &gt;1&lt;/a&gt;]]. Ailleurs, ce sont des jeux vid&#233;o qui sont utilis&#233;s non &#224; fin d'amusement mais d'apprentissage de la physique ou de la chimie [&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nb7-2&quot; name=&quot;nh7-2&quot; id=&quot;nh7-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] [http://www.superkimy.com/-&amp;gt;http://www.superkimy.com/' &gt;2&lt;/a&gt;]]&#8230; Les nouvelles technologies, bien s&#251;r, ne r&#233;solvent rien par elles-m&#234;mes, mais elles pourraient &#234;tre le s&#233;same d'un nouveau pacte entre &#233;l&#232;ves qui en ma&#238;trisent les codes et enseignants qui en connaissent la puissance autant que les limites. Il y a, dans ces initiatives, comme une invitation &#224; un nouvel enrichissement commun, &#224; une nouvelle conception du bien-&#234;tre, non plus &#233;go&#239;ste mais partag&#233;, rentable non plus &#224; court terme et uniquement pour les &#233;l&#232;ves d&#233;j&#224; avantag&#233;s mais &#224; moyen et long terme et pour tous les &#233;l&#232;ves, connect&#233;s ou non, gr&#226;ce au collectif de la classe.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#233;valuation, &#233;l&#233;vation &#224; une puissance sup&#233;rieure&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#233;cole est le royaume de l'&#233;valuation, &#233;valuation des &#233;l&#232;ves, &#233;valuation des enseignants, notes charg&#233;es de maintenir l'inertie du syst&#232;me, de le ramener vers ses ant&#233;c&#233;dents : explications par l'origine des &#233;l&#232;ves, lamentations sur le niveau qui baisse, m&#233;pris pour des enseignants non conformes aux images des temps h&#233;ro&#239;ques. Ces assertions n&#233;gatives ne donnent aucune force pour construire un devenir d&#233;mocratique, un devenir fait notamment de plus d'&#233;galit&#233;. Au lieu de perdre son temps &#224; reconna&#238;tre les qualit&#233;s des bons &#233;l&#232;ves et &#224; les expliquer par leurs meilleures origines sociales, mieux vaudrait les mettre au travail aupr&#232;s des moins bons, pour entra&#238;ner ces derniers vers de meilleurs r&#233;sultats. Cela donnerait au minimum une consistance aux diff&#233;rences dans la classe et &#224; ce qu'elles ont d'injuste. Cela ne permettrait-il pas d'obtenir de meilleurs r&#233;sultats aux examens que d'habitude ? On ne le saura que si l'on essaie. Et l'&#233;cole mutuelle au XIXe si&#232;cle a d&#233;j&#224; essay&#233;. Et elle a &#233;t&#233; d&#233;truite par le gouvernement, les notables et l'&#201;glise parce qu'elle formait des rebelles, des performants &#224; leur propre compte, voire des communards. Les temps pr&#233;sents n'ont-ils pas besoin de communards ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La d&#233;mocratie, un principe actif &#224; l'&#233;cole&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout ce qui, gr&#226;ce aux enseignants et leur ouverture &#224; ce nouveau monde connect&#233; de leurs &#233;l&#232;ves, aura pour effet de sortir les jeunes de la &#171; d&#233;ceptivit&#233; &#187; par rapport &#224; la d&#233;mocratie, dont seraient porteurs les adultes d'apr&#232;s les observateurs, est bon &#224; prendre. Cette d&#233;ceptivit&#233; exprim&#233;e en termes id&#233;ologiques peut &#234;tre combattue par des mesures prises ici et maintenant, dans la classe &#233;l&#233;mentaire, au coll&#232;ge, au lyc&#233;e. Apprendre ensemble quelque chose qu'on a d&#233;cid&#233;, sur le mode qu'on a choisi, peut-&#234;tre &#224; l'int&#233;rieur du programme pour ne pas faire de vague, mais le faire en sachant qu'on travaillera jusqu'&#224; ce qu'on soit tous contents de ce qu'on a fait, et qu'on trouve &#224; qui le transmettre, cela se fait tous les jours ici et l&#224;. Mais cela n'est pas mis en valeur, alors m&#234;me que ce type de d&#233;marche est au c&#339;ur de ce que d'aucuns appellent l'&#233;conomie de la connaissance&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si cela se fait tous les jours, comment donc mutualiser ces exp&#233;riences, les faire circuler, les discuter ensemble, les exposer ensemble ? Cela aussi, on l'a fait d&#233;j&#224;. Alors comment transformer l'image des enseignants et des coll&#232;ges qu'ont les m&#233;dias, les syndicats, les associations de personnes &#226;g&#233;es, etc. ? D&#233;sob&#233;issants et activistes essaient d&#233;j&#224; de reconstruire l'&#233;cole. Mais ils ne sont pas les seuls. Ceux qui s'impr&#232;gnent des objets du num&#233;rique pour mieux en d&#233;tourner collectivement les usages en classe&#8230; Ceux qui font vivre leur id&#233;al d&#233;mocratique entre eux, leurs &#233;l&#232;ves, les parents, les autres enseignants et les acteurs des quartiers&#8230; Ceux qui exp&#233;rimentent au m&#233;pris de la rentabilit&#233; imm&#233;diate&#8230; Ceux qui jouent et se d&#233;jouent des clich&#233;s sur le niveau des &#233;l&#232;ves de banlieue&#8230; Ceux qui pr&#233;f&#232;rent s'enrichir de leurs &#233;l&#232;ves plut&#244;t que d'enrichir la soci&#233;t&#233; de consommateurs&#8230; Ceux-l&#224; et bien d'autres changent d&#233;j&#224; l'&#233;cole sans nuire &#224; l'apprentissage des bases n&#233;cessaires &#224; tous&#8230; Ceux-l&#224; et bien d'autres, pour peu qu'un pouvoir sache profiter de leurs initiatives apr&#232;s les pr&#233;sidentielles, pourraient non seulement faire grandir leurs &#233;l&#232;ves mais faire grandir l'&#201;ducation nationale, l'&#233;cole, et plus largement ce collectif que nous formons tous&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nh7-1&quot; name=&quot;nb7-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 7-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] [http://www.vousnousils.fr/2011/04/13/twitter-en-classe-une-pratique-qui-seduit-professeurs-et-eleves-504315-&gt;http://www.vousnousils.fr/2011/04/13/twitter-en-classe-une-pratique-qui-seduit-professeurs-et-eleves-504315&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nh7-2&quot; name=&quot;nb7-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 7-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] [http://www.superkimy.com/-&gt;http://www.superkimy.com/&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



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		<title>Prenons soin des putes</title>
		<link>http://multitudes.samizdat.net/Prenons-soin-des-putes</link>
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		<dc:date>2012-03-20T14:21:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bisson, Fr&#233;d&#233;ric, Laugier, Sandra, Molinier, Pascale, Querrien, Anne</dc:creator>

<category domain="http://multitudes.samizdat.net/-A-chaud,1080-">&#192; chaud</category>


		<description>On ne peut qu'&#234;tre constern&#233; par l'actuelle pol&#233;mique sur la prostitution, qui oppose celles/ceux qui la voient comme &#171; un travail comme les autres &#187; (position lib&#233;rale) &#224; celles/ceux qui la voient comme &#171; une violence &#224; abolir &#187; (position abolitionniste). Cette alternative r&#233;ductrice ressortit &#224; un moralisme que le f&#233;minisme a pourtant toujours voulu contester. Ce faux d&#233;bat est en effet trois fois sourd. &lt;br /&gt;G&#233;n&#233;alogie de la morale abolitionniste &lt;br /&gt;D'abord, on refuse d'y (...)


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&lt;a href="http://multitudes.samizdat.net/-A-chaud,1080-" rel="directory"&gt;&#192; chaud&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On ne peut qu'&#234;tre constern&#233; par l'actuelle pol&#233;mique sur la prostitution, qui oppose celles/ceux qui la voient comme &#171; un travail comme les autres &#187; (position lib&#233;rale) &#224; celles/ceux qui la voient comme &#171; une violence &#224; abolir &#187; (position abolitionniste). Cette alternative r&#233;ductrice ressortit &#224; un moralisme que le f&#233;minisme a pourtant toujours voulu contester. Ce faux d&#233;bat est en effet trois fois sourd.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;G&#233;n&#233;alogie de la morale abolitionniste&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'abord, on refuse d'y entendre les voix des prostitu&#233;-e-s. Ils/elles ne sont jamais sujets, mais objets des discours-ma&#238;tres (ceux de l'&#201;glise, de l'&#201;tat, du F&#233;minisme abolitionniste) qui ont l'indignit&#233; de parler en leur nom, reproduisant ainsi l'objectivation qu'ils d&#233;noncent. En assimilant la prostitution &#224; l'esclavage, en consid&#233;rant les prostitu&#233;-e-s comme des victimes et souvent comme des personnes souffrant de troubles psychiques graves, non seulement on se fait l'alli&#233; de la r&#233;pression, mais on confirme et renforce une division du travail moral qui d&#233;valorise syst&#233;matiquement un type de travail. Dans le monde entier, des militants de mouvements de prostitu&#233;-e-s, femmes, hommes, trans, se sont rendus visibles, parfois au p&#233;ril de leur vie, et se sont publiquement &#233;lev&#233;s contre la conception victimisante et pathologisante des prostitu&#233;-e-s, contre la stigmatisation et les pers&#233;cutions que cette conception non seulement n'emp&#234;che pas, mais encourage. Nous ne voyons pas comment on pourrait ne pas pr&#234;ter l'oreille &#224; ces voix diff&#233;rentes et ne pas tenir compte de leur point de vue sur leur propre exp&#233;rience.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ensuite, on refuse d'entendre la voix du client, que l'on voue &#224; la honte publique. Le PS s'est &#224; cet &#233;gard confortablement align&#233; sur la position r&#233;pressive de la droite. Mais l'argument humaniste risque ici de fonctionner comme point d'honneur moral dans un dispositif de pouvoir qui en profite. La r&#233;pression l&#233;gale de la prostitution ne la rejette pas dans une ill&#233;galit&#233; homog&#232;ne, elle est plus profond&#233;ment un d&#233;coupage et une gestion diff&#233;rentielle des &#171; ill&#233;galismes &#187;. La prostitution est diffract&#233;e suivant des formes in&#233;gales, plus ou moins visibles, plus ou moins tol&#233;r&#233;es ou stigmatis&#233;es. Christine Salmon montre par exemple comment les jeunes hommes s&#233;n&#233;galais qui proposent &#224; des Fran&#231;aises de plus de 50 ans des prestations sexuelles en &#233;change de cadeaux (voiture, maison, mandats) &#233;chappent &#224; la d&#233;nomination de prostitu&#233;s. Dans son ill&#233;galit&#233; m&#234;me, la &#171; prostitution &#187; de la rue, stigmatis&#233;e, socialement fabriqu&#233;e, sert de multiples int&#233;r&#234;ts &#233;conomico-politiques. L'ill&#233;galit&#233; permet par exemple &#224; la police de maintenir le degr&#233; n&#233;cessaire de pression sur les prostitu&#233;es, par laquelle elle assure son insertion dans le milieu et son contr&#244;le relatif de cette population. Mais en se diff&#233;renciant des autres ill&#233;galismes sexuels par son hyper-visibilit&#233; m&#233;diatique, la &#171; prostitution &#187; leur fait aussi contrepoids : elle fait de l'ombre &#224; tout un syst&#232;me parall&#232;le qu'on maintient dans une relative libert&#233;. Dans ce dispositif, la p&#233;nalisation du client ne vise pas seulement &#224; le replier sur l'alliance l&#233;gitime du couple, cens&#233; satisfaire les besoins sexuels des individus, mais lui signifie qu'il n'est pas dans la position de pouvoir acc&#233;der &#224; ce privil&#232;ge de la libre disposition des femmes, privil&#232;ge d'un ill&#233;galisme tol&#233;r&#233;, luxe r&#233;serv&#233; aux dominants. Le tabou moral n'est pas seulement r&#233;pressif, il est le leurre d'un pouvoir qui fa&#231;onne le d&#233;sir &#224; l'image d'une impossible r&#233;ussite sociale et virile, sans cesse frustr&#233;e. La soci&#233;t&#233; qui veut p&#233;naliser les clients est celle-l&#224; m&#234;me qui &#233;rige la pute glac&#233;e Zahia en objet de fantasme. L'abolitionnisme na&#239;f cautionne l'hypocrisie d'une soci&#233;t&#233; aphrodisiaque qui produit les sujets-clients compulsifs qu'elle veut ensuite p&#233;naliser. En maintenant l'usage commun dans la clandestinit&#233; et la honte, la r&#233;pression op&#232;re une redistribution de la frustration sexuelle vers d'autres compensations plus rentables, vers d'autres commerces.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Enfin, le m&#233;pris m&#234;l&#233; d'inqui&#233;tude envers le travail sexuel rejoint celui pour toutes les activit&#233;s li&#233;es &#224; l'entretien et aux besoins du corps humain, r&#233;serv&#233;es comme la prostitution non pas seulement aux femmes mais &#224; toutes les cat&#233;gories sociales d&#233;savantag&#233;es, ethnicis&#233;es, racialis&#233;es, minoris&#233;es. Ce qu'on fait taire en r&#233;alit&#233; dans la r&#233;pression de la prostitution, ce sont les voix de toutes les personnes qui r&#233;alisent le travail de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;care&lt;/i&gt; tous les jours et partout, c'est-&#224;-dire qui s'occupent pratiquement des besoins d'autres qu'elles-m&#234;mes [&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nb8-1&quot; name=&quot;nh8-1&quot; id=&quot;nh8-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] Voir Molinier, P., Laugier, S. &amp; Paperman, P. (2009), (...)' &gt;1&lt;/a&gt;]. Cette r&#233;pression d&#233;nie alors deux faits anthropologiques, que la prostitution met en &#233;vidence. Le premier, c'est que nous d&#233;pendons des autres pour nos besoins et que les plus autonomes, apparemment, les plus performants, sont ceux qui d&#233;pendent le plus du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;care&lt;/i&gt;, ceux qui ont le plus de personnel pour s'occuper d'eux et de leurs besoins et qui parviennent trop bien &#224; ne pas voir combien leur succ&#232;s et l'extension de leurs capacit&#233;s d'action d&#233;pendent de qui les sert. Deuxi&#232;mement, l'esth&#233;tisation ou la m&#233;dicalisation sanitaire du sexe tendent aujourd'hui &#224; nous faire oublier que la sexualit&#233; fait partie des besoins et qu'en y r&#233;pondant, la prostitution rel&#232;ve bien du domaine du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;care&lt;/i&gt;. La r&#233;alit&#233; de la sexualit&#233; fait de nous des &#234;tres d&#233;pendants d'autrui.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le travail sexuel, travail de care&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;H&#233;ritier des luttes f&#233;ministes pro-sexe, le mouvement des travailleurs et travailleuses du sexe part du principe &#233;l&#233;mentaire que &#171; mon corps m'appartient &#187;. Le commerce du sexe est librement consenti. En s'organisant en associations et syndicats, en tissant des liens mondialis&#233;s, les travailleurs du sexe ne nient pas les formes de violence et d'oppression qu'ils subissent, mais entendent pr&#233;cis&#233;ment prendre soin d'eux-m&#234;mes, rendre le travail du sexe plus s&#251;r, les personnes qui en vivent mieux respect&#233;es, et obtenir les droits de tous les travailleurs (sant&#233;, retraite, formation). Dans cette lutte, le terme de &#171; travail &#187; est un enjeu, comme cela a pu l'&#234;tre pour le travail domestique. Qu'entend-on en effet comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;valeur&lt;/i&gt; travail ? Faire reconna&#238;tre la prostitution comme travail est le m&#234;me enjeu que la reconnaissance du travail de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;care&lt;/i&gt; comme travail.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut faire un pas de plus et d&#233;fendre que la reconnaissance de la prostitution comme travail co&#239;ncide &#224; sa reconnaissance comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;care&lt;/i&gt;, avec toute la dimension affective m&#233;connue que comporte ce travail. Le contenu propre au travail sexuel fait appara&#238;tre qu'il ne r&#233;pond pas seulement &#224; des besoins sexuels non satisfaits, mais aussi &#224; des besoins affectifs et interpersonnels : &#234;tre &#233;cout&#233;, &#234;tre accept&#233; comme on est (avec ses d&#233;fauts physiques, ses marottes sexuelles, ses difficult&#233;s). La prostitution conna&#238;t l'humanit&#233; du sexe, les &#233;changes et les r&#233;parations narcissiques dont le sexe peut &#234;tre le support. Ce travail d'attention et de souci d&#233;finit le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;care&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le travail sexuel comme d&#233;construction du patriarcat&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La prostitution est alors &#224; repenser dans le contexte d'une mise en cause du patriarcat par l'explosion des nouveaux services [&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nb8-2&quot; name=&quot;nh8-2&quot; id=&quot;nh8-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[2] Sur la notion de service, voir dans ce num&#233;ro de Multitudes, (...)' &gt;2&lt;/a&gt;]. La marchandisation des &#233;motions &#8211; ou capitalisme &#233;motionnel &#8211; rend visible d'autres ressorts du patriarcat, qui reposent moins sur la violence ou la contrainte que sur le soutien apport&#233; activement par les travailleuses du sexe &#224; la construction de la masculinit&#233;. Il s'av&#232;re en effet que la virilit&#233; ne tient pas toute seule, sans &#233;tayage par autrui, comme le montrent Rhacel Parre&#241;as avec l'exemple des h&#244;tesses de bar au Japon, ou Marina Veiga Fran&#231;a avec celui des prostitu&#233;es de Belo Horizonte [&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nb8-3&quot; name=&quot;nh8-3&quot; id=&quot;nh8-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[3] Voir Marina Fran&#231;a, &#171; Int&#233;r&#234;ts, sexualit&#233; et affects dans la (...)' &gt;3&lt;/a&gt;]. Une partie importante du travail de flirt des h&#244;tesses philippines au Japon consiste &#224; r&#233;it&#233;rer habilement les normes de genre en jouant la performance de la femme soumise (et pauvre) pour rehausser la masculinit&#233; de leurs clients. Ce faisant, elles renforcent la coh&#233;sion d'un univers normatif rassurant, tandis qu'elles r&#233;alisent aussi tout un travail de lien qui introduit subtilement de l'attention et de la douceur dans la relation et constitue un r&#233;el soutien psychologique pour ces hommes dans un univers avant tout structur&#233; sur les valeurs comp&#233;titives du business. Il s'agit de faire tenir des hommes dans des situations tr&#232;s hautement comp&#233;titives o&#249; ils doivent donner le meilleur d'eux-m&#234;mes et de r&#233;injecter de l'empathie dans un univers impitoyable. Le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;care&lt;/i&gt; r&#233;-enchante les relations soi-disant impersonnelles dans les grandes m&#233;tropoles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La prostitution d&#233;voile une facette de la domination masculine, et encore un tabou : la vuln&#233;rabilit&#233; masculine ou la difficult&#233; des hommes &#224; porter une masculinit&#233; devenue fragile, d&#233;faillante (&#233;rectile au lit, comp&#233;titive dans l'espace professionnel, incarnant l'autorit&#233; paternelle dans la famille). Il lui faut des soutiens. Dans un contexte patriarcal, ces soutiens sont tenus secrets ou discrets ; mais dans un contexte de capitalisme &#233;motionnel, effet ambigu du f&#233;minisme en r&#233;gime n&#233;o-lib&#233;ral, ils font l'objet d'une revendication en termes de comp&#233;tence, de salaire, de reconnaissance sociale et sont enfin rendus visibles. En ce sens, le travail du sexe, comme composante incontournable du capitalisme &#233;motionnel, en d&#233;voilant ses comp&#233;tences de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;care&lt;/i&gt;, participe &#224; la d&#233;construction du mythe de la virilit&#233;. C'est peut-&#234;tre cela, cette ironie fondamentalement f&#233;ministe du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;care&lt;/i&gt;, qu'on essaie de faire taire en renvoyant tout le monde &#8211; les travailleuses et leurs clients &#8211; dans le silence de la r&#233;pression.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Prenons soin des putes&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous ne pensons pas qu'on puisse faire du travail sexuel des femmes pouss&#233;es par la pauvret&#233; et/ou par le d&#233;sir de tirer parti de leur charme l'alli&#233; objectif d'un capitalisme cynique : le m&#233;tier exista avant, il existera apr&#232;s. Les besoins sexuels ne sont pas solubles dans le couple, dans la famille ou dans l'amour, et il y a des gens qui s'occupent de les satisfaire, de mani&#232;re plus ou moins professionnelle ou criminelle. R&#233;primer ces besoins par l'amende et la prison ne peut que renforcer l'ill&#233;galit&#233; dont profitent tous les pouvoirs conservateurs. Penser le travail du sexe comme travail de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;care&lt;/i&gt; permet au contraire de reconna&#238;tre que les travailleurs du sexe remplissent une fonction sociale tr&#232;s importante, comme le montrent les carnets de Gris&#233;lidis R&#233;al : permettre &#224; des gens seuls et sans partenaire volontaire (nous pensons aussi &#224; la prostitution comme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;care&lt;/i&gt; des handicap&#233;s) de rencontrer un ou une partenaire r&#233;mun&#233;r&#233;e qui sait prendre soin d'eux, et leur permettre de supporter leur vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La volont&#233; de purifier la soci&#233;t&#233; de ses soi-disant manquements &#224; la morale, qui pr&#233;side officiellement &#224; la volont&#233; de p&#233;naliser les clients, est totalement tartuffienne : tout le monde sait que cette forme d'&#233;radication ne vise qu'&#224; p&#233;naliser les personnes les plus faibles et les plus visibles,
&#224; d&#233;barrasser la rue d'un ph&#233;nom&#232;ne qui continuera d'exister par des moyens beaucoup moins visibles et moins d&#233;mocratiques. Cela revient &#224; donner les pleins pouvoirs aux r&#233;seaux mafieux. Mais cette mesure r&#233;v&#232;le malheureusement l'un des travers de la politique aujourd'hui : on pr&#233;tend s'occuper d'un probl&#232;me en le retirant de l'espace public, en le technocratisant, divisant ainsi la soci&#233;t&#233; entre ceux qui peuvent affronter les nouvelles donn&#233;es techniques et ceux qui ne le peuvent pas. Il nous semble au contraire que la prostitution concerne tout le monde, et que c'est &#224; la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re qu'il appartient de prendre soin de ses putes qui savent si bien prendre soin d'elle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nh8-1&quot; name=&quot;nb8-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Voir Molinier, P., Laugier, S. &amp; Paperman, P. (2009), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'est-ce que le care ? Souci des autres, sensibilit&#233;, responsabilit&#233;&lt;/i&gt;, Paris : Petite Biblioth&#232;que Payot. Voir aussi Paperman P., Laugier S. (2006), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le souci des autres, &#233;thique et politique du care&lt;/i&gt;, nouvelle &#233;dition 2011, Paris : &#201;ditions EHESS.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nh8-2&quot; name=&quot;nb8-2&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt;] Sur la notion de service, voir dans ce num&#233;ro de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, l'article de Sandra Laugier, &#171; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dollhouse &#8211; Bildungsroman&lt;/i&gt; et contre-fiction &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://multitudes.samizdat.net/#nh8-3&quot; name=&quot;nb8-3&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 8-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;] Voir Marina Fran&#231;a, &#171; Int&#233;r&#234;ts, sexualit&#233; et affects dans la prostitution populaire : le cas de la zone boh&#232;me de Belo Horizonte &#187;, th&#232;se soutenue &#224; l'EHESS en 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Confusion / New Order ?</title>
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		<dc:date>2012-03-20T14:20:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Soyez-Petithomme, Caroline</dc:creator>

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