Sur les intermittents

Mise en ligne le lundi 28 juillet 2003
Texte à paraître, en tout ou en partie, dans un prochain numéro des Inrockuptibles

A quoi est dû le doublement en 10 ans du nombre d’intermittents du spectacle ?

À la rencontre et au téléscopage assez explosif de deux phénomènes : la transformation en profondeur de la division du travail, des modes et des rapports de production et le second la traduction dans l’espace juridique et institutionnelle française et européen de cette tendance globale.

1.0. Sur le premier point : Transformation en profondeur de l’appareil productif

Nous continuons trop à penser que le modèle de la division du travail et de son organisation c’est la grande usine et le bureau fordiens. Or il nous faut plutôt regarder du côté du modèle hollywoodien d’organisation que Jeremy Rifkin décrit dans L’âge de l’accès, la révolution de la nouvelle économie (La Découverte, paris 2000, pp. 36-43). Cette transformation qui a commencé dès la fin des années soixante, s’est mise à servir de modèle à la « production flexible » jusque dans l’industrie matérielle sous l’impact de la financiarisation. C’est un système de production qui repose sur le réseau, plus exactement sur l’utilisation au service du marché (essentiellement financier) des ressources offertes par les modes de socialisation, de partage des risques du réseau dont l’archétype est l’Internet. L’exigence de rentabilité financière (le fameux price earning ratio de 15 % annuel sur le capital investi, accompagné d’une croissante incertitude des débouchés (variété du goût des consommateurs) a fait le reste. Hollywood fonctionne sur projet et par association éphémère de petites entreprises en réseau. De petites unités de moins de dix personnes. Small is beautiful . Et surtout efficace. Sur tous les plans : pourquoi une entreprise entretiendrait-elle en interne ( avec des contrats salariaux toute l’année) des services qu’elle trouvera disponibles sur le marché à un coût unitaire plus élevé, mais qu’elle n’aura a payer que le temps qu’elle les utilise au lieu de les rémunérer toute l’année pour qu’elles restent disponibles quelques semaines ? C’est l’outsourcing (trouver ses ressources en externe) qui s’est imposé progressivement comme la méthode la plus efficace pour optimiser l’utilisation des ressources.

Le deuxième aspect - et il est loin d’être négligeable - traduit un mouvement encore plus profond, généralement oublié dans les analyses descriptives- est la montée en puissance de l’économie de l’immatériel (voir le dernier livre d’André Gorz, Galilée, 2003) ou ce que j’appelle l’installation d’un régime de capitalisme cognitif. Dans un tel régime, la division du travail continue en apparence d’être régie par Adam Smith mais en réalité, elle commence à obéir à un modèle radicalement opposé , celui de la production de connaissance et celui d’une innovation et création permanentes. Le modèle n’est plus la manufacture d’épingles, mais l’académie (ce qui se passe dans un laboratoire de recherche et à l’université) et ce qui se passe dans l’art. Tous apprenant et tous artistes, tel est le mot d’ordre. Soyez autonomes, créatifs, assumez les risques que cela comporte. C’est largement idéologique, mais l’efficacité de l’ingénieur taylorien durant l’ère industrielle l’était tout autant. Le travail dans la société post-fordiste s’organise de plus en plus par projet, petites unités décentralisées, coordonnées via les réseaux et le réseaux des réseaux. Avec une différence formidable par rapport aux réseaux jamais complètement absents de l’ère industrielle : les réseaux indispensables au capitalisme cognitif reposent directement sur la coopération spontanée des agents, sur la qualité de la population, bref sur tout ce qui existe en matière d’investissement collectif mis à la disposition des entreprises sans que ces dernières aient à payer le coût de l’organisation.

2.0. Deuxième phénomène : La traduction dans l’espace juridique et institutionnel français et européen de la production flexible.

2.1. Les pays qui connaissaient traditionnellement des rapports de sous-traitance très développés (Japon, Allemagne) ont pu aborder le post-fordisme sur le plan de la production industrielle en relativement bonne condition. Les pays qui reposaient sur des systèmes juridiques peu centralisés et sur une tradition de conquêtes sociales fondées sur le contrat (d’entreprise avec des syndicats puissants)plutôt que sur la loi, comme le Royaume-Uni ou les États-Unis ont rencontré bien des facilités dans la mise en place initiale de la dérégulation néo-libérale. Les pays comme la France où les conquêtes du droit du travail sont presque toujours liées à des mouvements politiques globaux qui investissent l’Etat central et redescendent vers l’entreprise, manifestent des résistances très coriaces au modèle hollywoodien et paradoxalement dans la production culturelle. Pourquoi ?
Parce que les mêmes forces qui avaient fait obstacle à la montée en puissance de monopoles privés et préservé une diversité culturelle plus forte, étaient parvenues à établir avec l’État un compromis qui a nom de statut de la fonction publique avec sa fameuse grille, création du statut du personnel CNRS et...statut des intermittents du spectacle. Partout où il s’agit de la production de biens connaissance dont les biens culturels sont une partie (et non l’inverse) la norme marchande ne peut pas fonctionner correctement dans le capitalisme industriel classique. Ce que le fordisme arrivait tout juste à maintenir dans le marché, avec des maisons de production et des circuits de distribution faisant des profits, c’était l’industrie du divertissement. Ce que le mot culture en français accepte très difficilement alors qu’en anglais la culture se dilate jusqu’aux comportements de consommation. En revanche pour le capitalisme cognitif, la culture, la connaissance y compris sous leur forme la plus élevée se mettent à devenir intéressants : ils produisent des réseaux de coopération gratuite, des modèles de comportement capable de discipliner de façon nouvelle le travail dépendant salarié ou pas et de l’innovation que l’entreprise n’est plus capable de secréter en son propre sein. Autrement dit le capitalisme cognitif lorgne vers les biens connaissance et culturels parce qu’ils sont seuls capables de lui redonner l’élixir de jouvence. Il voudrait à la fois marchandiser la production de connaissance, la culture, comme la vie, et en même temps bénéficier des transferts publics et de la quantité impressionnante de travail gratuit, bénévole, ou rémunéré de façon symbolique.

Les grosses industries du divertissement (boîte de production externalisées des chaînes de télévision du type Endemol) mais aussi des entreprises de biens information (journaux faits avec une proportion de plus grande de free-lances), entreprises très puissantes de publicité comme Publicis, se sont mises à recourir systématiquement au modèle hollywoodien. Elles ont découvert qu’il existait une utilisation patronale du statut des intermittents. Sans ce statut qui prévoit précisément en échange du paiement d’une allocation de chômage un peu plus généreuse que pour le salariat classique (on ne peut prendre en compte les heures de spectacle comme n’importe quelle heures effectuées dans un bureau), toute une partie des professionnels du spectacle ne pourraient même pas survivre, ni surtout se trouver disponibles toute l’année sans qu’on ait à les embaucher en salariés ordinaires (à contrat à durée indéterminée).
Les fameux « abus » du système sur lesquels se sont complaisamment étendus le MEDEF qui voulait abroger ce statut et le ramener au statut des autres formes particulières d’emploi (CDD, interim, travailleurs indépendants) et surtout à des régles d’indemnisation des périodes de repos moins généreuses et moins attrayantes pour d’autres précaires, ne sont pas tant les « tire au flanc » que les grosses entreprises qui pourraient parfaitement employer des salariés à temps plein et qui font prendre en charge par la caisse d’indemnisation environ la moitié de la rémunération du temps effectivement travaillé ( en incluant le travail de préparation, répétition). Le patronat est spécialiste de la chose si l’on compte les emplois jeunes aidés sous une forme ou une autre, en particulier l’exonération des charges sociales pour les emplois faiblement qualifiés, l’us et abus de stages pour les travaux qualifiés.

Ce qui a été d’abord une conquête des professions du spectacle, s’est trouvé repris par la re-ingeneering de la production. Le statut des intermittents s’est trouvé victime de son succès. On a connu simultanément un développement foudroyant ces trois dernières années du nombre des intermittents ( 100 000 en 2000, 135 000 deux ans et demi après), une extension de la notion qui couvre non seulement les emplois artistiques mais aussi les emplois des techniciens. Le tout dans une conjoncture où nombre de titulaires d’emplois récemment créés dans les services de l’économie de la connaissance, de la culture et de la vie s’aperçoivent qu’ils sont bel et bien des intermittents précaires sans bénéficier des avantages de ce statut.
On a là réunis les ingrédients de la crise : un patronat des médias, de la communication et de la culture qui trouve que la solution du statut des intermittents est commode et qu’il faut s’en servir, un patronat ( l’inénarrable Antoine Ernest qui n’en perd pas une) qui considère avec inquiétude les effets de contagion possible du statut des intermittents sur les autres franges du travail précaire et un État qui souhaite jouer plusieurs tableaux à la fois : 1) Le statut des intermittents est devenu un pilier de sa politique culturelle ; il permet de réduire les frais et de faire de l’outsourcing sur l’organisation des festivals ; 2) Ce statut s’avère un outil commode pour accélérer la modernisation des industries culturelles selon le modèle hollywoodien mais en le déclinant à la française et en réaffirmant le droit à la diversité culturelle ( maintien de l’exception culturelle au niveau européen mais adaptation en contrepartie de critères quasi marchands de gestion ; 3) Il permet de mettre au pas cette forme d’obtention de revenu garanti entre les missions, cachets, projets, non pas tant pour la supprimer mais pour s’assurer qu’elle ne deviendra pas le lieu de recomposition des revendications de tous les précaires du cognitariat (nouveaux prolétaires de la connaissance).

Les abus et failles du système sont depuis longtemps tolérés. N’est-ce pas parce que les deux parties, employeurs et intermittents du spectacle, y trouvent finalement leur compte ?

Il n’y a pas simplement un jeu avec deux partenaires oeuvrant dans le sens d’un consensus implicite mais un jeu beaucoup plus multiple avec plusieurs partenaires que j’ai désigné plus haut. De surcroît il faut parler de périodes différentes. Avant l’accélération du passage de l’économie post-fordienne à une économie de régime cognitif, le compromis professionnel (donc bien sérié) permet aux artistes les plus insérés sur le marché du travail d’être maintenus à la disposition des employeurs tandis que la plupart des professions techniques d’appui au spectacle, à la culture sont prises en charge par le régime du salariat classique à durée indéterminée, à employeur unique. L’externalisation de ces fonctions, la massification du travail « culturel » dépendant en amont et en aval de la performance culturelle (théâtre, musique, mais aussi métiers de la communication) fait exploser le compromis de la période précédente : les abus tolérés, parce qu’une partie du personnel sur-rémunéré par le sur-facturage de la prestation contribue bénévolement durant les périodes de « relâche » ou de « chômage indemnisé » à la fabrication de la petite production d’avant-garde, sont désormais le fait de grands opérateurs privés. Le cachet de Depardieu devient l’arbre qui cache fort opportunément la forêt de la publicité ( dont on ne parle pas tiens, tiens !!).

Le nouveau protocole d’accord sur l’assurance chômage des intermittents ne risque-t-elle pas de creuser l’écart entre professionnels les plus intégrés et travailleurs précaires ?

Oui bien sûr. Cette tendance néo-corporatiste était déjà présente dans les négociations sur les retraites où l’on ne parle que des diminutions des retraites de ceux qui en auront une en faisant l’impasse sur ceux qui n’auront droit à rien parce qu’ils n’atteindront jamais le nombre d’années travaillées selon le critère de la période fordiste (même s’ils travaillent en fait mais de façon non reconnue légalement). C’est une caractéristique qui se retrouve dans tous les systèmes qui distribuent des salaires différés ou des droits à partir d’un seuil minimal de contribution. Ce seuil (les fameuses 507 heures pour avoir droit au statut des intermittents que ce soit sur un an ou sur une période plus courte dans la réforme) fabrique un mécanisme redistributeur à l’envers comme celui que l’on rencontre dans la société des auteurs : ceux qui n’atteignent pas le seuil cotisent à perte e et cela peut s’analyser comme un transfert des plus précaires vers les plus assurés de travailler toute l’année. Les plus faibles payent pour financer les périodes de relâche de ceux qui en ont le moins. Cette question de l’éligibilité en fonction d’un minimum d’heures travaillées affaiblit fortement les garanties contre la précarité. Au lieu de protéger tous les précaires de façon équivalente, on protège mieux les moins précaires des intermittents.

Sur quelles bases, selon quelle nomenclature définir la population susceptible de bénéficier de la forme d’emploi des intermittents ?

Deux solutions . La meilleure à mon sens, est celle où l’intermittence se réfère à la nature du contrat de travail. Tout travailleur dont l’activité est constituée d’une succession plus ou moins régulière de contrats de travail dépendant de plusieurs employeurs différents est un intermittent , qu’il soit intérimaire, free lance, chercheur sur contrat, Dans la foulée des travaux du juriste Alain Supiot qui rendit un rapport remarqué à l’Union Européenne, il conviendrait de penser un statut garantissant à la personne plutôt qu’à l’emploi ou au travail ( toujours changeants) une garantie de revenu et d’en organiser le financement par un mécanisme de type CSG particulièrement assis sur les transactions financières qui sont les véritables organisateurs de la production flexible. Dans le cadre limité (et piégé car le problème est beaucoup plus large comme nous l’avons vu plus haut), il serait indispensable d’opérer un travail préalable d’enquête systématique sur la nature exacte de l’ensemble des contrats ; les catégories actuelles sont purement administratives et recouvrent des pratiques très différentes. Soit l’on souhaite revenir sur l’éclatement du collectif de travail et l’on examine de plus près les pratiques des grosses entreprises de production télévisuelle, publicitaires quitte à les obliger à abonder un fond de garantie de revenu au travailleurs qu’elles renvoient sur le système de la solidarité collective, soit l’on veut accélérer la transformation vers plus de flexibilité à l’échelle de l’ensemble de l’économie et il faut généraliser le système des intermittents et revoir le système Assedic dans ce sens.

Exclure des intermittents les professions qui en bénéficient aujourd’hui sans rien avoir avec le spectacle, ne risque-t-il pas de menacer ces emplois et, à terme, de créer du chômage ?

J’ai décrit plus haut la dérive du système. Elle traduit un mouvement de fond de l’économie. Je crois que le régime des intermittents ne se rééquilibrera pas en se refermant sur le seul spectacle. On fait reposer sur lui seul la question de la contrepartie du risque des nouvelles formes de salariat dans le capitalisme cognitif. Pas étonnant qu’il craque. Et vraiment les intermittents n’ont pas besoin de cela. C’est l’ensemble du système de protection sociale qu’il faut revoir.

Comparé à la situation des travailleurs précaires dans leur ensemble (travail intérimaire, travailleurs à heures flexibles... ) les intermittents du spectacle vous paraissent-ils jouir d’une forme d’emploi privilégiée ?

Oui, sans aucun doute, malgré le couperet du seuil d’accès qui est très haut et qui créé des intermittents de l’intermittence, ceux qui parviennent à accéder à la permanence du statut d’intermittents du spectacle sont mieux protégés et socialement plus reconnus que les autres catégories de précaires.

Les artistes en général, plasticiens, auteurs, traducteurs...ne devraient-ils pas pouvoir à leur tour bénéficier du régime dérogatoire d’assurance chômage des intermittents ?

Tout mon raisonnement plaide évidemment pour cette solution qui serait une occasion rêvée de faire le ménage dans quelques solides corporations où l’intermittents de l’écriture ( je ne parle pas de celui qui a un autre métier pour vivre) travaille pour la rente des académiciens ou Paul-Loup Sulitzer.

Cette réforme pose, plus globalement, la question de la politique culturelle : compte tenu des gigantesques écarts de situations économiques qui caractérisent le champ de la culture, comment rendre la politique culturelle plus transparente et plus égalitaire du point de vue du financement de la culture (Etat, collectivités territoriales, secteur privé, mécénat...) ?

Je ne crois pas aux réformes administratives de la politique culturelle par le haut. Je crois que la seule façon d’y voir clair et de partir des besoins de ceux qui produisent la cultures, les cultures, la culture comme diversité, comme respiration par rapport à l’ordre marchand ou à l’ordre hiérarchique de la société. Les formes de coopération qui crée des réseaux culturels, qui s’appuient sur la socialisation, qui inventent et créent des formes nouvelles associent autour de projets de multiples partenaires publics, privés, et je ne vois qu’il y ait des difficultés majeures à trouver des financement. En revanche le télescopage de la culture et de la pratique de projet par réseau, et des exigences financières des partenaires les plus puissants crée un redoutable problème ; la crise de la protection sociale qui avait rendu le salariat tolérable. L’instauration d’un revenu garanti pour les intermittents du capitalisme cognitif m’apparaît comme une urgence qui va s’imposer de plus en plus nettement dans les années qui viennent.

Prêts en bibliothèque, manque de transparence des sociétés d’auteur, reproduction de textes et d’images sur internet...une remise à plat du système des droits d’auteur n’est-elle pas également nécessaire ?

Vous avez raison. Dans le capitalisme cognitif, la nature de bien public des connaissances, de la culture couplée aux NTIC (reproductibilité croissante) rend difficile l’exécution des droits de propriété. Il en découle un problème de rentabilité pour nombre d’industries de la culture et de la connaissance qui avaient pris la douillette habitude de se reposer sur les formes de rétribution de la propriété intellectuelle conçue sous le capitalisme industriel, comme le brevet, le dépôt de marque et les droits d’auteurs. La rémunération des intermédiaires ne me préoccupe pas excessivement car le réseau les rend inutiles ou parasitaires et qu’ils défendent leur survie est naturel mais ne saurait constituer la loi et les prophètes. Plus préoccupant est le problème du revenu des auteurs, des artistes. C’est là que l’on retrouve la question de la garantie de revenu. Elle doit primer à mon, avis sur la rétribution des droits patrimoniaux. Ces derniers pouvant être organisé sur un système équivalent au système du copyleft (ou général public licence) mis au point par la Fondation du logiciel Libre de Stallman. L’usage privé (la fameuse question de la copie privée, de la citation) doit être enrichi par la notion de création et d’innovation. Tout usage d’un bien culturel qui aboutit à la création d’un nouveau bien culturel ou d’une bien connaissance doit demeurer ouvert au public et le rester. Quitte à ce que la puissance publique dédommage les auteurs.

Compte tenu de la part croissante de richesses informelles produites par les économies contemporaines (savoir, recherches, créations artistiques...), ne faudrait-il pas refonder le rapport entre temps travaillé et temps rémunéré, en élargissant le statut d’intermittent au travail informel dans toute sa globalité : chercheurs, professionnels en formations... ?

Je suis évidemment d’accord.

Retraites, intermittents, RMA : à l’opposé de la politique de réduction des coûts que pratique sur tous ces sujets le gouvernement, quelles seraient les pistes d’application d’un revenu universel d’existence ?

La question des intermittents joue un rôle crucial dans l’acclimatation de l’idée de revenu universel d’existence inconditionnel, car on mesure bien dans nos sociétés l’extraordinaire interdépendance qui n’a plus grand chose à voir avec la division du travail d’Adam Smith. Antoine-Ernest Sellière a attaqué violemment et de façon typiquement poujadiste les intermittents en disant que les travailleurs du privé payaient pour leur caisse en déficit. Mais ce que l’on a vu clairement avec l’annulation des festivals, c’est à quel point le boulanger, le limonadier, le restaurateur l’hôtelier, l’agence de voyage, les transporteurs sont dépendants des modernes saltimbanques, de ces fonctionnaires d’Etat ou des collectivités territoriales contre lesquels il est de bon ton de crier haro sur le baudet qui organisent la vie culturelle et sans lequel l’économie du tourisme ( la première industrie du monde et la première spécialité de la vieille Europe) est dans de beaux draps économiques.
Se rendre compte que sans mécanismes de garantie de revenu aux intermittents du spectacle mais aussi aux intermittents du capitalisme cognitif, il n’y aura pas grand chose comme emploi, nous comme justice social, ni comme lien social tout court, c’est peut être le premier pas vers cette mutation décisive du salariat qu’il nous faut mettre en œuvre comme nouvelle politique sociale européenne.



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