Si l’on commençait par une conclusion définitive - avec Olivier Nottellet, le dessin devient monde pour redevenir dessin - on pourrait s’arrêter de suite. Ou au moins souffler.
Souffler sur les attendus, tant il est sûr que les dessins de Nottellet n’ont rien de préparatoire, qu’ils n’annoncent pas l’avènement d’une oeuvre dont ils seraient les forceps graphiques. Intrinsèquement, ce sont des inattendus, d‚ailleurs un peu encombrants, satisfaits d’être là, prêts à proliférer. Ils s’installent, font comme chez eux, diables au paradis, déplient les carnets comme des transats, narguent lecteurs et visiteurs qui se demandent si ces exquises esquisses sont des esquifs ou des esquives
Souffler dans la foulée la politesse, ces dessins sont plutôt mal polis, fiers de ne pas être finis, revendiquant à la fois l’‚infini et la fragilité, car ils paraissent peu solides, plutôt liquides, un peu débordés d’eux-mêmes, en somme encombrés, ils comprennent bien qu‚ils dérangent, mais ne peuvent pas s‚en empêcher. Nos objurgations restent de pure forme
Il faudra donc aussi souffler sur la forme comme sur une bougie qui refuse de s‚éteindre. Ce pourrait être amusant et instructif, ces ombres qui dansent en ronde. Sages et bien élevés, les dessins auraient adoré la lanterne magique. Préfèrent la télé. S’enchaînent un peu, beaucoup, à la folie. Ne savent pas s’arrêter, naturellement. Saccagent l’image, pompent les couleurs, transforment l’écran millionnaire en couleurs en vieux poste noir et blanc piraté par des interludes rebelles.
Auraient pu se rendre utiles, ces dessins, avoir la reconnaissance de l’encre, révéler l’espace, permettre à chacun de voir ce qu’il voit, transformer la tautologie en ontologie, où à la rigueur l’inverse, on n’est pas regardant quand on voit ce qu’on voit
Assez soufflé. Chacun gagne sa place, sa vie, son oeuvre. En piste pour la répétition de l’introduction : avec Olivier Nottellet, le dessin sans fin inaugure un monde où tout pourrait débuter.
Olivier Nottellet est né en 1963. Après des études à l’école supérieure des beaux-arts de Metz, il débute sa carrière artistique à l’orée des années 90. Il utilise le dessin comme moyen d’expression à part entière, mais le croise volontiers avec la vidéo ou les objets de sa fantaisie. Il est actuellement directeur des études de l’École supérieure des beaux-arts de Toulouse.
Du 16 janvier au 6 février 2004, il a exposé à Sagace, Salle d’Art GrAphique et de Création Electronique de l’Ecole Supérieure des Arts et de la Communication de Pau, cinq dessins de très grand format, réalisé avec les étudiants une installation de carton et de papiers journaux évidés, « la ville fantôme » (qui donnait son titre à l’exposition) et tapissé la véranda de papier jaune phosphorescent, orné d’un dessin éphémère.
Olivier Nottellet a conçu ce huitième Carnet sagace comme une oeuvre autonome, avec l’assistance d’Emmanuelle Rey et selon la maquette de Ingrid Robinet. L’avant-propos d’après-expo est signé de Jacques Norigeon.
« Je mets un tableau sur un mur. Ensuite j’oublie qu’il y a un mur. Je ne sais plus ce qu’il y a derrière ce mur, je ne sais plus qu’il y a un mur, je ne sais plus que ce mur est un mur, je ne sais plus ce que c’est qu’un mur. » Georges Perec