Multitudes n°12 « Féminismes, queer, multitudes », Printemps 2003 Ed. Exils
Le douzième numéro de la revue transculturelle Multitudes traite des pensées post-féministes et queer, en opposition à la conception dualiste et hiérarchique des genres, ainsi qu’aux féminismes hétérocentrés et renaturalisants (« le genre n’est pas l’expression du sexe » et ne peut se prévaloir d’un fondement naturel). Philosophes, économistes, sociologues, membres d’Act Up, etc. s’attachent à dés-ontologiser le « sujet Femme » et dénoncent les processus de fixation identitaire. Ils s’appuient sur la problématique des singularités plurielles, non-représentables, pensent la politique à partir de la prolifération de différences, créatrices de combinaisons transversales et mobiles. Dans un contexte où le devenir-femme du travail signifie « l ’application à tous les individus des dispositifs d’assujettissement appliqués historiquement et avant tout aux femmes », Judith Revel parle du « devenir-femme de la politique » qu’elle définit comme « l’appel à devenir-minoritaire, à exoder, (.) à créer ». Il n’est pas question d’un éloge des minorités mais d’un processus de re-singularisation lié au concept de « multitude », développé, par Hardt et Negri dans leur livre Empire, et qui contrecarre « les avatars de la transcendance du pouvoir souverain », générateurs d’oppression. La profonde originalité de ce trimestriel de haute tenue intellectuelle réside dans la place qu’il accorde à la production des images. La rubrique « Icônes » fait ainsi interagir les multiples statuts de celles-ci, développe une thématique autonome et se refuse à l’illustration des textes. Le travail de jeunes artistes inconnus jouxte selon les numéros, celui de Pierre Joseph, Jean-Luc Moulène, Gillian Wearing ; s’y mêlent documents de travail et images d’archives fort diverses. Tout ici progresse avec l’idée d’une critique de la production des savoirs.