Multitude : le nom d’un pluriel

Mise en ligne le jeudi 18 décembre 2003

Charles :

A vrai dire pendant longtemps je ne me souciais pas de cette question qui me semblait byzantine ou bonne pour les Pères de l’Eglise.

Mais petit à petit on y vient.

Je crois comprendre que

1) Multitude n’a pas besoin de pluriel, ni chez Bento Spinoza ni chez Toni Negri, pour designer une masse, une foule, une multiplicité.

2) Multitudes (le terme, pas la revue qui est faite d’individus extrêmement épars qui n’ont pas une consigne de vote uniforme, ni des opinions philosophiques uniformes, ni, ni ...) semblerait designer une "réalité empirique" ou, pour le dire plus ironiquement, un "désir de réalité empirique" au sens ou la Pensée ne veut pas s’auto-fonder ni se contempler dans un miroir ; elle veut, comme dit le tout dernier Althusser, prendre le train en marche et dans ce sens être "branchée" (cf. Deleuze-Guattari, début des années 70) sur un flux fait des "mouvements" (au sens donne a ce terme depuis 1995 approximativement).

Or,

3) comme le signalait si bien Le Monde dans son glossaire de l’ "altermondialisation" (je trouve ce mot vraiment nul, en passant, digne du "baladeur"), la notion de "multitudes" crée des remous dans une certaine tranche de la population parce qu’elle exprime le fait que les notions de "peuple" ou de "travailleur" ont été remplacées par celle-ci (multitudes), qui intègre une nouvelle théorie de la valeur (non, je ne peux pas développer ce point, ce n’est pas mon domaine) ou "l’intellect" a le droit de jouer un rôle ; de la le "General Intellect".

Mais les tenants du (1) reprochent au (2), je crois, d’avoir mal assimile la leçon résumée en (3) : de cacher derrière ce pluriel qui revendique son rapport aux "Mouvements", un Peuple/Travailleur déguisé ou masqué. Le singulier serait en ce sens plus "radical", plus "pousse" dans la transformation, que le pluriel.

Pour l’instant, je ne vois pas de faille ou de réfutation à cette position des tenants du (1). Ca ne signifie pas que, comme Amos Oz qui refuse d’employer le terme de Shoah et n’accepte que celui d’Holocauste, je ne veux plus utiliser que le singulier. Mais, au moins dans les termes ci-dessus (qui expriment les limites actuelles de ma prise de conscience de la chose), je crois que les "singuliers" ont raison, dans le cadre prédéterminé de cette discussion.

18 décembre 2003


Multitude : le nom d’un pluriel

Discussion autour de multitude(s)

Multitude, Multitudes encore
Multitude, peuple et luttes.

rechercher dans le site


Multitudes  web    

se procurer la revue

plan du site

RSS 2.0 Suivre la vie du site


De Charles T. Wolfe :
L’anomalie du vivant. Réflexions sur le pouvoir messianique du monstre

Présentation

Le rire matérialiste

De-ontologizing the Brain.

La catégorie d’ « organisme » dans la philosophie de la biologie. Retour sur les dangers du réductionnisme

Pour une philosophie hybridée de la biologie

Multitude : le nom d’un pluriel

Une gauche américaine ?

The Deleuze Connections

The Deleuze connections