Mondialité FSE

Mise en ligne le samedi 15 novembre 2003
Quelques propositions au plan dit politique : 1) Aujourd’hui notre horizon d’action prioritaire n’est plus la société nationale, mais la communauté mondiale : c’est à son niveau que les problèmes majeurs se posent (écologie, la paix et la guerre, l’émancipation des femmes, etc.). Cela ne veut pas qu’il n’y a plus d’action politique à mener au plan national, voire européen, mais elle doit découler de l’engagement en direction de la communauté mondiale, et non l’inverse. C’est un renversement profond de la manière d’envisager l’engagement politique. 2) Si les problèmes mondiaux s’imposent objectivement ; d’eux mêmes (la dégradation du climat est un phénomène objectif), la communauté mondiale par contre n’existe qu’autant que nous la créons. Le FSE est une manière, parmi d’autres possibles, d’avancer dans la création de cette communauté. Communauté, cela veut dire : sens de l’appartenance à un même ensemble humain et mise en commun de nos perspectives de vie et d’action. Probablement, pour la première fois dans l’histoire, cela a un sens concret, un vrai sens, de parler d’"humanité" : nous faisons tous partie de la même humanité concrète, car nous sommes tous exposés aux mêmes problèmes et concernés par les mêmes luttes. Nous pouvons rejeter la référence oppressive à l’humanité abstraite telle qu’elle s’est développé au 18ème siècle et s’exprime, par exemple, dans la référence aux "droits de l’homme", 3) Créer une communauté mondiale n’est pas facile : elle ne peut se décréter. Il faut accepter que des civilisations et cultures différentes s’ouvrent les unes et autres, non pas du tout pour former une "civilisation mondiale" (ce qui est absurde), mais pour converger dans les réponses que nous pouvons donner aux problèmes mondiaux et dans les solidarités que nous pouvons nouer, et ceci, face à la théorie hyper-dangereuse et destructrice du "choc des civilisations", Sur l’écologie par exemple, nous avons sans doute beaucoup à apprendre des civilisations asiatiques ou africaines, car nous avons, en occident, complètement perdu pied. La dégradation de l’éco-système va actuellement beaucoup plus vite que les maigres mesures que nous prenons ici, en Europe (pourtant plus avancée que les Etats Unis). Par contre, sur l’émancipation des femmes, c’est incontestablement la civilisation occidentale actuellement la plus avancée et qui doit faire valoir cette avancée en toutes circonstances. 4) La communauté mondiale n’est pas une société, c’est à dire un assemblage d’individus réunis par des institutions (des droits et des devoirs), ni une communauté traditionnelle, dans laquelle le collectif s’impose à l’individu au travers du respect des traditions, mais une communauté d’un type nouveau, instituée et développée par rencontre et exposition d’individualités singulières. 5) Poser les problèmes mondiaux comme prioritaires et faire de la communauté mondiale notre premier horizon de solidarité conduit à privilégier, non pas les lois, ni le droit, ni les droits, mais d’abord la définition de référents éthiques communs, qui soient à la hauteur du fait que les conditions d’existence sont aujourd’hui mondialisées et des défis que cela représente. L’éthique est d’abord affaire de manière de vivre, personnellement et collectivement, de "choix de vie" comme l’on dit. Elle n’est pas affaire de règles ou de morale. C’est à partir d’elle, et à partir d’elle seulement, que nous pouvons penser édifier un droit et une législation internationale (et ses expressions au sein de chaque pays : toute loi nationale devrait être conçue à partir d’un référent mondialisé, même si ce référent n’a pas encore d’existence juridique). 6) J’ai proposé, dans mon texte sur l’individualité humaine, deux référents, deux valeurs pour cette éthique : l’émancipation et la générosité. L’émancipation, car derrière tout problème mondial, nous trouvons à la fois une oppression et une aspiration à l’émancipation. Par exemple : derrière les problèmes écologiques, nous trouvons toujours des responsabilités humaines, qui provoquent une oppression, en même temps qu’elles conduisent déjà à des phénomènes d’atteinte massive à la santé et de morts (voir ici en France cet été, mais voir encore bien davantage ce qui se passe dans nombre de pays du Sud). Ces responsabilités sont complexes : si nous pouvons cerner les "intérêts économiques" par exemple, qui sont à l’origine des détériorations écologiques, nous voyons bien qu’elles interrogent les manières de vivre qui se sont déployées bien au-delà de ces intérêts. Ici la responsabilité conduit, non pas à "répondre de" ; mais à "avoir le souci de". Lutter contre cette oppression, c’est reprendre en main notre rapport aux conditions "naturelles" de vie sur Terre (à commencer par la qualité de l’air, de l’eau, de l’océan, etc ;, tous éléments qui circulent et se déterminent, en se jouant des frontières nationales). Incontestablement, nous ne pouvons le faire qu’en nous affrontant aux intérêts qui en sont responsables, donc aux forces d’oppression qui, volontairement ou non, rejettent en masse du gaz carbonique et des molécules qui détériorent l’air, l’eau, etc. (pour se limiter à l’exemple de l’écologie). Mais il ne s’agit pas d’"interdire" : il faut d’abord se mettre d’accord sur une manière de vivre qui engage un nouveau rapport avec les constituants "naturel" de la vie corporelle. C’est sur la base d’un tel accord et d’un tel engagement, que nous pourrons efficacement proposer des lois, des interdictions, etc. Générosité, car, sans respect et souci d’autrui, quel qu’il soit (quelle que soit sa couleur, sa religion, sa civilisation, son sexe, etc.), et des apports réciproques de puissances, nous serons totalement incapables de progresser dans la constitution de cette communauté mondiale. Si l’on prend Jésus comme un grand philosophe (et non pas du tout comme le fils de Dieu), on voit qu’il a opéré une rupture majeure d’avec la tradition juive et la théorie totalement régressive du "peuple élu" : il a, le premier, parlé du "prochain", comme de tout être humain, quelle que soit son origine, son "peuple", sa tribu, sa religion, son niveau de revenu, etc... Cette position philosophique et pratique reste d’actualité Cela dit, nous pouvons tous apporter notre propre vision de ce que peut être une éthique de vie, qui soit à la hauteur des problèmes mondiaux que nous devons affronter, avec urgence.


Homenaje a la Duquesa Roja

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