Figure de la gauche révolutionnaire italienne des années 1970, accusé d’être l’instigateur de la "révolte" des années de plomb, réfugié en France de 1983 à 1997 pour échapper à la prison, avant de franchir à nouveau les Alpes pour y purger sa peine, le philosophe Toni Negri a retrouvé depuis peu le chemin des amphithéâtres parisiens, ce qui ne va pas sans provoquer quelques soubresauts.
Depuis octobre, il intervient une fois par mois au Collège international de philosophie dans le cadre d’un séminaire consacré au concept politique d’"Empire postmoderne". Par ailleurs, il copilote, avec le laboratoire d’économie du CNRS Matisse, un autre séminaire intitulé "Transformations du travail et crise de l’économie politique" à l’université de Paris-I.
Parallèlement, l’ex-dirigeant d’Autonomie ouvrière, devenu la référence intellectuelle d’une partie du mouvement altermondialiste italien, devait intervenir samedi 15 janvier dans le cadre d’un débat sur la démocratie organisé par le conseil scientifique d’Attac.
"Paris est la ville dans laquelle j’ai le plus vécue avec Padoue. J’y ai beaucoup d’amis. J’y ai passé plus de temps qu’à Milan, Rome, Venise", explique l’intellectuel.
Pourtant, le personnage et sa pensée théorique continuent de susciter d’âpres controverses, voire de mini-incidents. A deux reprises, ses séances au Collège international de philosophie ont été interrompues par de petits groupes autonomes. Sans lien avec les précédents, le site Internet altermondialiste Bellaciao a mis en ligne une petite brochure qualifiant le négrisme de "contre-révolution de gauche". Bref, la polémique fait rage. Ce qui ne déplaît pas tant que cela à l’ex-professeur de Padoue.
Toni Negri estime en effet que les nouveaux mouvements révolutionnaires doivent accompagner les métamorphoses du monde et formule une critique du néolibéralisme qui, d’une certaine manière, plaide pour son épanouissement. "Il faut combattre sur le terrain qui nous est imposé. Ce n’est pas de ma faute si la gauche a perdu ses batailles. C’est le monde qui est comme cela", répond-il quand on l’interroge sur ce paradoxe.
Il ajoute à titre d’exemple : "Le marché du travail s’est modifié avec la flexibilité et la mobilité" avant d’affirmer que "les gens désirent cela". Il y voit une évolution qui, poussée à son terme, sera le moyen de mettre un terme au lien de subordination du salariat. Et moque au passage "un certain conservatisme" de l’extrême gauche française, avec laquelle le débat est désormais féroce. Car une nouvelle fracture vient de s’ajouter aux précédentes : l’intellectuel italien s’est prononcé pour le traité constitutionnel européen au nom d’un nouveau fédéralisme et du dépassement de l’Etat-nation.