« La floraison impressionnante de livres sur Mai 68 en France, plus de cinquante, d’émissions de télévision à l’occasion du quarantième anniversaire de ces événements, ne va pas de soi. Après tout, pourquoi 40 ? D’ordinaire on attend le demi-siècle. Certains ont dénoncé très vite la récupération de Mai 68 ; hier les purs, les nostalgiques, aujourd’hui les ricanants de la sociologie fonctionnaliste et les amers. Mais, vieux slogan de Mai, n’a-t-on pas objecté avec un grain de bon sens : n’est récupéré que ce qui mérite de l’être ? Ce qui se lit à double sens : les sottises du joli mois de Mai sont devenues les cerises sur le gâteau socialiste du « changer la vie » et de la rose au poing tendu. Quelques bonnes choses (il y a en a toujours dans les révolutions, celles qui font des morts dans la rue, mais aussi celles en carton pâte dans les esprits ou dans le music hall des idéologies) sont entrées sans bruit dans les mœurs et ont été annexées sans autre forme de procès par la société toute entière ; cela s’appelle un plus grand degré de liberté. Et donc c’est tant mieux. Si le grain ne meurt… Alors, après tout, être récupéré, n’est-ce pas le destin des avant-gardes ? »
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