Le Lulisme et le Pouvoir

Mise en ligne le mercredi 6 août 2003

Les obligations politiques de la transition et de la gouvernabilité et la conséquente transformation idéologique du PT (Luliste)

Les représentants du "marché" ont divulgué dans la presse que le gouvernement Lula, en adoptant des mesures de politique financière orthodoxes impopulaires, a administré avec succès le premier semestre et atteint pleinement les objectifs fixés par le FMI (...) le Brésil devait rétablir la crédibilité envers les banques étrangères, en respectant les contrats, les obligations de la dette et la flexibilité du change (...)

Maintenant, le Ministre Palocci (finances) - chaque fois plus sollicité car considéré par les médias comme l’artifice du succès de Lula et du retour du capital (spéculatif) - a annoncé (sans l’accord préalable des directeurs du FMI) que la croissance était la priorité centrale du second semestre.

Il s’en est fallu de peu que le pdt de la FIESP (fed des entrepreneurs de SP) ne le traîte de crétin dans l’ITW qu’il a donné à Folha de Sao Paulo dans lequel il lui rappella qu’avec des intérêts à 26% l’an il n’y avait pas vraiment les conditions pour parler de croissance dans le secteur industriel.

Le Vice-président José Alencar a été plus énergique (et plus electoraliste) en rappellant que les seules qui avaient "gagné" c’étaient les banques en accordant des prêts avec des intérêts mensuels stratosphériques entre 10,5% et 17,8% par mois. Le Vice pdt de Lula révélait que le supéravit fût plus important tout simplement parce que le gouvernement avait effectué des coupes dans les investissements et que l’onde recessive avait beaucoup réduit les importations. Voilà pourquoi les exportations donnaient l’impression d’avoir doublé.

Dans le monde du travail, ces six mois ont été vécus comme un poids terrible, mais ont été considérés par certains comme un passage obligatoire pour parvenir à la réalisation des nombreuses promesses. Pourtant, nombreux sont ceux qui commencent à suspecter que l’élection de Luiz Marinho à la présidence de la CUT était un "arrangement" que Lula a imaginé afin que la centrale des travailleurs se transforme en une silencieuse courroie de transmission du gouvernement, chaque fois plus engagé à réaliser les réformes impopulaires de FHC (la prévoyance, la fiscale et la réforme du travail)

Dans ce contexte la DIEESE (departement intersyndical des études socio-économiques) a informé le gouvernement de la baisse de 10% du revenu moyen du travailleur en avril 2003 (comparé à celui d’avril de 2002). Cela signifie que la valeur enregistrée en avril 2003 a atteint l’indice le plus bas depuis 1985 quand le revenu moyen était de 1.682 reais contre 889 reais aujourd’hui.

Gouvernabilité et élections municipales en 2004

Il semble que dans le groupe au pouvoir Luliste il y aurait de sérieuses divergences d’opinion quant à la nécessité pour le gouvernement Lula de continuer à agir comme s’il était encore en campagne. De fait, cette question est déterminante pour permettre au gouvernement Lula de parvenir jusqu’à Mai 2004 sans défaite significative et sans déchirures internes et pour que l’agence Duda Mendonça (directeur de campagne) puisse commencer la course électorale dans les principales métropoles brésiliennes avec de nouveaux factoides (fabrications) petistes. D’après le roi du marketing électoral, Duda Mendonça, il est possible de "travailler" l’imaginaire populaire avec de nouveaux personnages politiques qui, dans les municipalités, représentent la vision salvatrice de Lula, sans oublier l’option stratégique de faire avancer l’idée de la réélection de Lula en 2006.

A part ça, Duda Mendonça sait que l’épine dorsale de l’élection de Lula en 2006 ne se trouvera pas dans les secteurs politisés de l’éducation ou du fonctionalisme public - les victimes par excellence de la réforme de la prévoyance luliste- mais bien dans les secteurs super-pauvres et les exclus de la consommation. C’est à dire, les 20 million d’électeurs déconnectés de la politique, qui se faisaient taxer de "descamisados" par Collor, qui ont crû aux promesses de FHC et qui, facilement, pourraient être amenés à penser qu’il n’y aura de bénéfices pour eux qu’avec Lula.

Si les hommes du PT Luliste étaient plus compétents du point de vue technique dans le cadre du programme FOME ZERO (ce qui est très difficile connaissant ceux qui entourent Graziano) et s’ils étaient moins liés au marketing de la dernière heure de Frei Betto (ami de Lula), ils pourraient déjà aujourd’hui dépolariser l’électorat et sacrifier la fonction publique sans craindre pour les conséquences. Ainsi, après avoir ’brûlé" FOME ZERO, les quelques programmes sociaux que le gouvernement peut encore financer seront redirectionnés pour gagner la confiance des "nouveaux descamisados". Finalement, qui mieux que le gouvernement a la possibilité d’acheter des votes ? Prenons p.ex le programme "financement" pour les micro-entreprises ou le programme "premier emploi" qui durant un an (jusqu’aux élection municipales) offre la stabilité exclusivement pour un emploi au salaire minimum. Mais le reste ? Et la recherche industrielle ? Et la Réforme Agraire ?

La transition politique du gouvernement et la transformation idéologique du PT.

Après ce qui s’est passé au sein du PT ces derniers six mois, il est difficile de croire que le PT est encore un parti qui est en" dispute" du point de vue idéologique. Peut-être que la dite dispute ressurgira pour empêcher l’approbation des lois dictées par le FMI (comme la réforme de la prévoyance que le pdt Lula défend tellement) ou pour mettre en question les orientations du "companheiro" Bush et de son chancelier Blair.

La vérité, c’est qu’au sein du PT le débat idéologique a été réduit au silence de la même manière qu’a été violé le concept de démocratie interne, pour garantir l’affirmation d’un pouvoir interne, nécessairement autoritaire pour devenir majoritaire. De cette manière, afin de défendre la réincarnation du programme libéral du FMI en icône populiste du libéralisme-social tropical, il a suffi de "coller" aux fauteuils du Planalto (exécutif) les représentants sans couleurs de cette majorité-autoritaire qui considère déjà "l’antique PT" comme un désagréable contrepoint au gouvernement et au concept de pouvoir centralisé du PT Luliste.

L’éternelle transition du gouvernement a pratiquement empêché la dispute politique et idéologique avec la gauche petiste. Avec art, Dirceu a organisé une majorité qui a centralisé le gouvernement et en conséquence le Parti. L’option de "gouvernabilité" impliquait le maintien des règles du programme neolibéral, qui furent présentées par Dirceu et Lula comme étant la solution obligatoire face à la double menace représentée, d’une part par la possible intervention de groupes financiers de la spéculation internationale juste après la victoire de Lula et, d’autre part, par "l’inévitable" intervention militaire après le chaos financier provoqué par les spéculateurs dans le premier mois du gouvernement PT.

Il est possible qu’au sein du PT quelques-uns aient crû à ces histoires. Et il est aussi logique que la majorité Luliste ait fait semblant de croire aux contes de fée de Dirceu afin de ne pas renoncer aux privilèges des charges et des nominations.

Ce qui est certain c’est que "en off" on a tenté de sataniser l’armée, à la vieille manière du PCB (parti communiste brésilien)- l’impliquant dans un coup d’état que, techniquement et physiquement, elle n’aurait pas eu les conditions d’exécuter - et qu’après six mois de "fidelité" elle a été promue à l’aventure amazonienne, comme l’a indiqué la ministre de la défense de la Colombie, Marta Lucia Ramirez lors de la réunion qu’elle eût le 27 juin le long de la frontière avec le ministre de la défense du Brésil José Viegas Filho.

La vérité c’est que l’option "gouvernabilité" a obligé le lulisme à se soumettre à un processus de transition au sein duquel se développent des mécanismes qui ont rendu effectif le définitif changement de politique du groupe au pouvoir dans le gouvernement. En conséquence, la transformation idéologique de la base de soutien politique du gouvernement est elle aussi devenue nécessaire : le Parti des Travailleurs et la Centrale CUT.

Malheureusement ce scénario a détruit le concept de démocratie interne, a mené à la professionalisation bureaucratique du parti et de la Centrale CUT et a creusé le fossé entre les directions et les bases, transformées en masses de manoeuvre électorales.

Dans ce contexte, il est important d’analyser plus en profondeur ces changements et chercher à comprendre au service de qui et en fonction de quoi ces changements ont été opérés, et avant tout quelles sont les répercussions possibles sur la vie de ces "nouveaux sujets" du Parti des travailleurs. L’Etat brésilien est encore toujours un Etat contre-révolutionnaire....Mais pour ceux qui ont renié le socialisme cela ne fait aucune différence que l’Etat soit contre-révolutionnaire ou conservateur, l’important c’est le Pouvoir. De fait, le pdt du Congrès, le député Joao Paulo (PT/SP) a reconnu tranquillement que :" le PT n’avait pas de projet stratégique, à peine un projet de pouvoir...."

Les expulsions dans le PT et la construction d’une nouvelle majorité

Nombreux sont ceux qui eurent un choc quand le super-ministre, José Dirceu, dans son désir de compliquer le quotidien des partis qui soutiennent le gouvernement (le PSB de Arraes et celui de Garotinho), a malicieusement déclaré qu’il était possible de construire une nouvelle majorité.

Il est clair que cette déclaration était une façon un peu risquée de vérifier le degré d’unité entre les dirigeants des tendances nationales (du PT, Articulaçao et Democracia radical) ainsi que des groupes régionaux. Pour la majorité des Lulistes, l’idée d’un nouveau parti qui représenterait la majorité du gouvernement est mauvaise car elle devrait affronter l’opposition de la gauche du parti, syndicale ainsi que celle des mouvements populaires. Ainsi que l’a rappellé Joao Pedro Stedile : "si la "gouvernabilité" amène Lula à rompre avec l’histoire du PT et à renoncer aux engagements politiques auxquels il a souscrit, il sera définitivement considéré par le mouvement (MST) comme pareil à tant d’autres qui sont "partis vivre" avec les élites brésiliennes et les représentants du capital international

Voilà pourquoi la "gauche petiste" est en ce moment l’ennemi principal du gouvernement. La terrible nouveauté, c’est que en expulsant un député du PT "élu par le peuple", la dite Commission d’Ethique du Parti va expulser également, en termes moraux, politiques et idéologiques, ceux qui ont voté pour lui, ceux qui ont fait campagne et ceux qui l’ont soutenu.

Expulser Joao Fontes c’est très facile. Expurger le parti de Luciana Genro et Baba comporte certaines pertes politiques qui seraient compensées par une certaine "paix " dans le Parti. Mais expulser Heloisa Helena (sénatrice), jeter Ivan Valente et Maninha de ’Force Socialiste" ou Luciano Zica et Lucia Choinaki de "Articulation de Gauche" ou encore Lindenberg de "Refaisons" de Rio de Janeiro parce qu’ils ont voté contre la Réforme de la Prévoyance et contre l’autonomie de la Banque Centrale, c’est autre chose....

Expulser des députés de la gauche petiste signifie provoquer la sortie du Parti de dizaines de milliers de militants liés à ces dirigeants et invalider le vote de leurs sympatisants lors des prochaines élections municipales. Ce n’est pas rien !

Pour le Lulisme cela signifie courrir le risque du "Non Vote". Le même qui élimina le social-libéral du PS français, Lionel Jospin

Cela signifie aussi affronter en 2006, Heloisa Helena à la tête d’une possible et nouvelle "gauche sociale" qui aura certainement beaucoup à dire sur les changements opérés par Lula, Dirceu et Genuino durant les dernières années dans le PT et la CUT.

Traduction Greta Alegre

Mise en ligne : 6 Août 2003



Suite du débat sur les grèves. Lula et le pouvoir.

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