L’utilisation de sujets politiques par le monde de l’art

Mise en ligne le mercredi 16 avril 2003

Je trouve la mise en garde de Didier Debaise parfaitement légitime, puisque j’ai moi-même eu maintes fois l’occasion defaire la critique des procédures d’animation opportuniste dont le "monde del’art" a la triste habitude. Je ne m’attends pas à ce genre de situationcette fois, car la table ronde en question estmise en scène et conduitepar Didier Lesage qui donne tous les signes d’être une personne sérieuse,comme on voit en outre par sa réponse. Pourtant on ne sait jamais avantd’arriver sur les lieux - et en plus, j’ai tendance à partager les craintesde D. Debaise concernant la production des deux "curators" qui sont derrière cette opération.

Ce que je perçois, c’est que depuis environ deux ans, le monde de l’art commence à mettre en avant des sujets politiques et géopolitiques, où l’analyse de la mondialisation et l’activisme servent de fil conducteur. Il est certain que ceux qui ont vu de près le déferlement de bêtises intimistes et "interactives" dans les musées des années 90 peuvent se sentir méfiants devant ces nouvelles préoccupations. Je pense en revanche que le plus important aujourd’hui, c’est de construire un sens de l’éthique dans ces lieux publics que sont les musées et les centres d’art. Cela veut dire qu’effectivement, on interroge le dispositif de présentation et de diffusion dont on fait partie, en la critiquant si besoin est. C’est la seule manière d’élever le niveau du débat public. C’est alors à chaque personne, mais aussi à chaque groupe d’artistes, de critiques ou de professionnels, d’approfondir ce qui pourrait être une simple mode passagère du monde de l’art, comme on en voit tous les 5-6 ans.

Le problème de fond - et ceci a été particulièrement vrai en France - c’est qu’un système de copinage a été instauré dans ce monde "public" (subventionné par les pouvoirs publics...), permettant à chacun des initiés de jouir d’un créneau de diffusion pour ses formes, ses idées ou son personnage, à condition de ne rien dire concernant le fonctionnement général du système ou la teneur particulière de ce qui est développé par d’autres initiés. Dans ce type d’ambiance, toute critique devient une insulte à tes amis... Ce système de copinage est maintenant totalement contradictoire aux thèmes de l’activisme et de l’analyse de la mondialisation. Il faut rendre visible la contradiction. Mais il faut en même temps apporter des débats plus riches, des ouvertures artistiques plus convaincantes, plus précises, plus passionnantes aussi, afin d’occuper cet espace et le rendre véritablement public, si l’on peut.



A quelles conditions mettre en scéne la réflexion aujourd’hui ?

Un risque de neutralisation.

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