Des intellectuels allemands s’adressent à leurs amis français

Mise en ligne le mercredi 4 mai 2005

Chers amis français, c’est avec inquiétude que nous observons le renforcement du non populiste à la Constitution européenne. La majorité des Français veut-elle réellement se terrer dans le bunker commun aux nationalistes de droite et aux nationalistes de gauche ?

Ce serait la capitulation de la raison, que les Français eux-mêmes ne pourraient pas se pardonner. C’est pour cela que nous vous demandons de vous opposer avec passion à ce que la France, la patrie classique des Lumières, trahisse le progrès.

Un rejet du traité constitutionnel entraînerait des conséquences catastrophiques :

- pour l’œuvre d’unification à laquelle nous devons une époque de paix de plus d’un demi-siècle : un bonheur que notre continent n’a jamais connu auparavant ;

- pour vos voisins allemands, qui ont appris que l’Europe ne peut se construire qu’avec la France, jamais sans elle ou contre elle ;

- pour la Pologne et les autres nouveaux membres de l’Union, que la France ne doit pas laisser seuls entre l’Allemagne réunie et l’empire russe ;

- pour les relations avec les Etats-Unis, qui ne trouveront leur équilibre que grâce à une Europe renforcée ;

- pour la France elle-même, qui par un non s’isolerait fatalement.

La Constitution ne répond pas à tous nos idéaux et elle n’élimine pas par magie les causes de toutes les peurs.

Elle est un compromis honnête. Elle est un équilibre intelligent entre éléments d’une fédération supranationale, d’une confédération d’Etats nationaux, et la conscience croissante qu’ont les régions de leur importance. Elle est un renforcement du Parlement et de ses fonctions de contrôle. Elle est la limitation du droit de veto à des décisions essentielles. Elle est le fondement d’une politique extérieure et de défense commune sans laquelle l’Europe ne serait rien parmi les puissances mondiales. Elle est la garantie de la productivité du marché et en même temps la protection de nos droits sociaux : par là, elle est la seule alternative viable et compétitive au cauchemar d’un capitalisme "ultralibéral" déchaîné. Elle est la protection de notre richesse culturelle et de ses spécificités nationales. Elle est l’ancrage des droits de l’homme et du citoyen, œuvre des Révolutions française et américaine.

Amis français, ce serait une folie de faire subir à la Constitution européenne les conséquences de votre mécontentement envers votre gouvernement.

Au contraire, l’Europe peut contraindre votre gouvernement, vos partis, vos hommes d’entreprises et vos syndicats à penser et à agir de façon plus productive.

La peur n’offre pas de sécurité, mais représente toujours un signe de faiblesse, voire une incitation au suicide. Lorsque l’Espagne, le Portugal, l’Irlande et la Grèce entrèrent dans l’Union, le niveau de leurs salaires se situait à plus de 50 % en dessous de ceux perçus en France.

Aujourd’hui, on a pratiquement atteint un niveau égal, et la productivité des "nouveaux membres" a ouvert à la France (et à nous tous) des marchés qui n’ont pas coûté d’emplois, mais en ont, au contraire, créé. Le dynamisme de nos partenaires de l’Europe de l’Est, à longue échéance, ne nous nuira pas, mais nous aidera à créer des emplois.

L’Europe constitue une réponse à vos et à nos craintes. L’Europe nous demande du courage. Sans courage, il n’y aura pas de survie. Ni pour la France. Ni pour l’Allemagne. Ni pour la Pologne. Ni pour aucun des anciens et des nouveaux membres de l’Union européenne, qui, grâce à sa Constitution, réalisent un rêve séculaire. Nous le devons aux millions et millions de victimes de nos guerres insensées et de nos dictatures criminelles. __

Wolf Biermann, poète et chanteur ;

Hans Christoph Buch, écrivain ;

Günter Grass, écrivain, Prix Nobel de littérature ; Jürgen Habermas, philosophe ;

Klaus Harpprecht, écrivain, ancien conseiller de Willy Brandt ;

Alexande rKluge, cinéaste ;

Michael Naumann, écrivain et ex-ministre délégué à la culture ;

Peter Schneider, écrivain ;

Gesine Schwan, présidente de l’université européenne Viadrina ;

Armin Zweite, historien d’art ;

Werner Spiess, historien d’art et ancien directeur du Musée national d’Art moderne de Paris.



Les intellectuels français entre un oui critique et un non hésitant

Elite du non, peur de l’Union

Appel pour un oui d’espoir et de combat
Derrière le social, la nation
Réponse au texte d’Étienne Chouard sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe
L’Europe des droits aprés la convention
La France a le monopole de la gauche en Europe
Des intellectuels allemands s’adressent à leurs amis français
Interview de Mireille Delmas Marty dans Vacarme
Lettre ouverte a ceux qui vont voter non
La Revue Multitudes et le Traité constitutionnel européen
Le non, ce vote d’impuissance
Qui sont et où sont les bons européens,
A quand une Europe visionnaire ?,
Pour un oui de combat
Dray, Negri, « Dany », et Machiavel pour le Oui
Le non mélancolique
"Oui, malgré la menace libérale"
Le rêve américain contre l’Europe commerciale
Nous allons vers un étatisme sans État
Oui mais... non car
Non au TCE ? Non merci !

rechercher dans le site


Multitudes  web    

se procurer la revue

plan du site

RSS 2.0 Suivre la vie du site