Yann :
L’intégralité de l’émission est disponible je crois sur le Net.
L’accord que j’avais avec Alexandre Adler portait sur l’importance de la question de la pauvreté et des castes en Inde qu’il avait sans sa chronique indiqué que la victoire du Parti du Congrès mené par Sonia Gandhi était comparable à la victoire de Lula au Brésil. Il avait indiqué également que c’était une victoire d’Amartya Sen . Bref sa tribune était pour une fois nettement à gauche. (alors que celle de Alain-Gérards Slama ) était nélibérale réactionnaire typique avec l’invocation de la courbe de Lafer et la sempiternelle rengaine sur la baisse de l’impôt).
En fait dans mon raisonnement je disais qu’il n’y aurait pas de stabilisation du capitalisme cognitif s’il n’y avait pas un nouveau New Deal ( donc une négociation ) comparable dans son ampleur à l’invention de l’Etat Providence après le 2° guerre mondiale. Donc pas d’homme flexible ou fluide ou mobile s’il n’y avait pas la création d’un revenu universel. De la même façon que le fordisme ne s’est stabilisé que lorsque les patrons ont accepté de payer beaucoup plus correctement leurs ouvriers ( le five dollars a day ).
Sur la question du Centre des Jeunes dirigeants ( le CJD) j’ai été approché par des membres de cette organisation patronale qui me demandait de réagir à leur thème de rapport qui porte sur l’homme fluide.
J’ai fait chez eux jeudi dernier gratuitement une longue présentation des idées que je défends, ( le revenu universel, le capitalisme cognitif, la position profondément réactionnaire du Medef ). J’ai critiqué le paritarisme de l’UNEDIC, défendu les Intermittents. Je ne puis dire ce qu’ils en feront évidemment. Mais le CJD est assez catastrophé par le Baron Sellière et la position actuelle du Medef.
Je crois que la classe politique, les syndicats, la gauche en particulier sont dans un assez grand capharnaüm mental pour que défendre les idées de revenu universel au niveau de l’actuel smic , insister auprès de toute une partie du patronat ( mais aussi de qui veut entendre) soit utile.
Il faudra aussi intervenir sur la fiscalité sous peine de voir le discours de la gauche devenir de plus en plus indiscernable de celui de la droite libérale raisonnable.
Un inscrit sur la liste Zpagol (et à l’égard d’autres membres de Multitudes qui font un formidable travail dans la coordination des Intermittents et des Précaires d’Ile de France) avait aimablement dit que le fait que Christine Boutin ait repris l’idée de revenu universel disqualifiait cette proposition. Il nous conseillait de lire Bernard Friot.
Deux réflexions à ce sujet :
1. Le fait que quelqu’un d’assez réactionnaire sur le plan des moeurs comme Christine Boutin, mais beaucoup moins sur le plan social, reprenne à son compte cette propositIon d’inconditionnalité mais avec un bémol considérable
PUISQUE LE REVENU GARANTI ENVISAGÉ EST DE 400 EUROS PAR MOI AU LIEU DE 1000 EUROS ( COMME LE LIBÉRAL YOLAND BRESSON)
ne veut pas dire que nous faisonsle lit du patronat ou que nous sommes Madelinistes Cela veut dire que les termes du débat sont enfin déplacés sur le bon terrain (celui de la lutte pour le revenu garanti et non pas pour une garantie d’emploi dont on a vue ce qu’elle donne depuis 35 ans) et que la bagarre porte sur le montant du revenu arraché ( et cela dépend des rapports de force).
Défendre la cotisation sociale comme source exclusive de financement de la protection sociale ( chomage, assurance maladie, retraite) est complètement idiot à l’heure du salariat intermittent. Cela ne peut que conduire à un grignotage inexorables de prestations, une hausse des contributions et surtout à une exclusion avalisée et effroyable d’une proportion croissante de cognitaires, d’intermittaires non reconnus, de sans droits comme ils en fleurit depuis vint ans ( cela a commencé avec les sans papiers, les sans domicile fixe etc..).
2. Bernard Friot dans un intéressant papier que je cite dans le prochain numéro de Multitudes ( le 17) a beaucoup évolué. Il reconnaît aujourd’hui que le revenu de citoyenneté autre nom du revenu universelle est une des voies de la libération du salariat
Les réformes profondes de ce style sont révolutionnaires( comme l’ont été l’abolition de l’esclavage, la limitation de la journée de travail, la législation de fabrique, la loi de Speenhamland ( dernière loi sur les pauvres appellée aussi droit à la vie).
Il serait temps que la gauche sache où elle veut aller. Son retour au pouvoir n’a de sens que si elle est porteuse de réforme, d’un nouveau New Deal.
Sur les questions de société ( mariage gay, homoparentalité) une clarification très utile est en cours. Sur le plan du programme social, économique ( quelles industries défendre par exemple) , fiscal ( quel impôt, sur quelle richesse) , une clarification de même ampleur s’impose. J’essaye d’y travailler.
Si c’est pour pour rapiécer le paritarisme moribond ( qui exclut les chômeurs de l’UNEDIC cela n’en vaudra pas la peine.
Francis :
Ce développement de Yann Moulier Boutang m’a "accroché" (au sens de : provoquer une réflexion) dans la mesure où il pose une certaine et vaste conception historique du développement économique et social de nos sociétés. Ce qui est proposé ci-après m’apparaît comme une pensée réformatrice, partagée ou plutôt à faire partager à l’ensemble des protagonistes du monde capitalite actuel. Cette proposition me paraît soutendue par la conviction que le système socio-économique dominant vit une nouvelle phase de déséquilibre général ( après le crise de 1929 qui déboucha sur le compromis fordiste) dont l’issue est à rechercher dans un nouveau compromis dont une sinon l’idée clé serait le salaire-revenu universel. Derrière cette proposition s’esquisse un pari basé sur la certitude de la pérénité du capitalisme à l’horizon historique, sur celle de sa capacité et volonté d’adaptation. Adaptation au sens où le capitalisme (pour faire court) accepterait qu’il ne s’offre à lui, pour pouvoir se redéployer vigoureusement (biopolitiquement !), que la voie de concessions de classe fondamentales, proprement humanistes. Notamment en abandonnant la gestion brutale du marché du travail, renonçant en particulier à l’arme (préhistorique ?) du chômage, à constituter et à jouer de cette fameuse "armée de réserve". La conviction de Yann Moulier me paraît très risquée car procédant plus de l’idéologie, de la croyance, que d’une approche théorico-pratique et/ou pragmatique au sens de John Dewey (si j’ai bien compris le principe de la pensée de cet auteur) de la réalité. Cette dernière approche me paraissant relativement plus assurée.
Brian.
Dans le triple contexte de la crise longue du capitalisme mondialisé (depuis la mi-2000), du débâcle annoncé de l’Amérique et de sa "coalition" en Irak, et du repli prévisible et momentané de la droite en Europe, je trouve que la question soulevée par Yann sur France-Culture a tout son intérêt :
En fait dans mon raisonnement je disais qu’il n’y aurait pas de stabilisation du capitalisme cognitif s’il n’y avait pas un nouveau New Deal ( donc une négociation ) comparable dans son ampleur à l’invention de l’Etat Providence après le 2° guerre mondiale. Donc pas d’homme flexible ou fluide ou mobile s’il n’y avait pas la création d’un revenu universel.
Le raisonnement est impeccable, et on pourrait le refaire d’une autre façon en disant avec Chiapello et Boltanski que l’esprit du capitalisme flexible (néolibéral si vous voulez) doit maintenant intégrer la critique qu’il a généré par ses excès, comme il a déjà intégré la critique du fordisme porté par les mouvements des années 60-70.
La question, c’est si la guerre en Irak vaut la deuxième guerre mondiale, si le krach de 2000-2001 vaut celui de ’29, si François Hollande ou John Kerry valent Beveridge ou Roosevelt, si Lula ou Chavez valent Staline ou Mao.
Ou l’autre question (façon Boltanski & Chiapello) c’est de savoir si Seattle et Gênes valent Mai ’68.
Vous voyez bien ou je veux en venir.
Je crains que l’on ne soit pas encore sortis de la forêt avec cette histoire des excès du capitalisme flexible (et ce, malgré les promesses faites par le petit escroc Donnedieu de Vabre aux intermittents !). Ce n’est pas demain la veille, ce New New Deal que nous souhaitons à peu près tous.
Ce qui ne veut en rien dire qu’il faut empêcher le travail d’un futur Keynes, même si on pourrait le souhaiter nettement, nettement moins bourgeois de culture et de politique que celui-ci ne l’était.
Je pense dans cette optique qu’il faudrait trouver la manière (ceci est un peu difficile) d’oublier les querrelles entre les tendances "réformistes" et "mouvementistes", non seulement à l’intérieur de la revue mais plus largement.
De même que dans une manifestation il est bien que certains affrontent les flics et créent une tension alors que d’autres assurent une négotiation évitant le pire, de même il est intéressant dans la conflictualité sociale que certains radicalisent les vrais arguments pour lesquels on se bat, alors que d’autres les formulent dans un langage qui sera compréhensible aux futurs petits escrocs gentils de la bourgeoisie ou de la technocratie bien-pensante.
Je suis sérieux même si il est clair que sur le plan de l’affect j’aurais du mal à parler avec les entrepreneurs comme le fait Yann.
Le problème de fond, c’est que tout ne sera pas résolu avec le retour prévisible (et pour lequel il va néanmoins falloir se mobiliser, quelle horreur) des socialos et des democrats américains. Considérons ce que dit Yann aux jeunes managers qui eux, n’ont ni fait la guerre en Irak, ni encore vu les banlieues de Paris et de Lyon et de Marseille brûler, ni encore dû faire face à ce que décrivent nos aimables collègues Boltanski et Chiapello à l’époque de 68 et ses suites, à savoir, à la désaffection de toute une génération :
" Sur la question du Centre des Jeunes dirigeants ( le CJD) j’ai été approché par des membres de cette organisation patronale qui me demandait de réagir à leur thème de rapport qui porte sur l’homme fluide.J’ai fait chez eux jeudi dernier gratuitement une longue présentation des idées que je défends, ( le revenu universel, le capitalisme cognitif, la position profondément réactionnaire du Medef ). J’ai critiqué le paritarisme de l’UNEDIC, défendu les Intermittents."
Que pensent les jeunes dirigeants dégoûtés par Seillères, qui écoutent YMB dans leur séance de réflexion propspective ? Evidemment, que l’homme fluide doit quand-même être soluble dans l’entreprise, avec en non-dit et non-pensé l’homme déchet qui peut continuer de circuler tranquillement dans les égoûts avec la merde ordinaire de nos économies si belles (même si mondialement en contraction continue). Qu’est-ce qu’ils s’imaginent comme avenir ? Vraisemblablement, une société où la fleur de la jeunesse créative et cognitive soit à leur disposition, payée par l’état, et contente de bosser quand ils veulent, où ils veulent, pour les salaires qu’ils veulent, et en consommant à peu près ce qu’ils veulent bien fournir comme images mobilisantes, sans que personne ne puisse se plaindre car il y a des garantis. Les dits garantis étant néanmoins très restrictifs car vous comprenez, les gens utiles oui, toute la misère du monde, non, on ne peut quand-même pas payer tout ça, etc...
Autrement dit, pour moi c’est clair comme le jour qu’aucun entrepreneur aujourd’hui ne comprend le degré d’inégalité et donc de conflictualité féroce que le dit "capitalisme cognitif" a créé dans un monde où on est tous voisins et pratiquement dans le même lit, les palestiniens avec les israëliens, les algériens avec les français, les irakiens avec les américains, les homeless avec les stars, les précaires avec les banquiers, etc. Croire qu’ils le comprendront avant des troubles et des violences plus profondes encores que ce qu’on a devant les yeux, c’est s’illusioner, c’est la "gauche imaginaire" dans toute sa gloire. En revanche, le boulot de Yann qui cherche à conceptualiser avec une certaine précision un possible équilibre travail/capital n’est pas du tout inintéressant. D’ici 10 ou 20 ans, avec des approfondissements que l’on ne peut pas imaginer aujourd’hui, il est possible qu’un tel travail porte ses fruits, forcément ambigüs comme l’étaient ceux du fordisme keynésien d’antan. En attendant il y aussi d’autres choses à faire.
J’aimerais bien que dans une revue comme Multitudes il soit possible pour le cadre du CJD de lire un article de propositions somme toute raisonnables et envisageables même si pas recevables (pour lui) dans l’état, avec à côté - sur une page qu’il commence à lire par hasard mais qu’il ne peut pas s’empêcher de finir, voire de relire - des réflexions qui vont carrément lui donner des cauchemars, lui faire douter de la rondeur de la terre et du miracle des télécommunications, etc etc.
Je serais en revanche deçu du peu de perspective historique si on croyait que demain avec la victoire d’Alain Lipietz aux européennes, tout allait s’arranger. Non, il y a une grosse bagarre à venir, sur des créneaux (notamment technologiques et légaux) que l’on ne comprend même pas encore, mais aussi dans les rues et dans la vie quotidienne, et si on est un peu responsable on sait qu’il faut en même temps l’encourager, l’approfondir, l’intensifier, cette bagarre (il faudra notamment passer par la désaffection radicale de toute une génération, sans quoi on n’aura RIEN à la clé) et en même temps, il faut éviter le pire, à savoir dans le cas concret des sociétés occidentales y compris la française, la rupture sociale profonde avec victoire sur le moyen terme d’une nouvelle droite policière dont on voit très bien la couleur actuellement.
Sans quelque chose comme ce scénario contestataire (qui est effectivement un scénario de type 68, avec une contestation interne forte et intelligente qui se déroule rappellons-nous sur fond de guerres limitées dans le Tiers-Monde), on est simplement condamnés à l’insignifiance, et les "processus historiques" suivront leur cours avec un beau capitalisme cognitif de droits d’auteurs et de couches sémi-aisées plus ou moins garanties s’échangent quand-même des mp3, et à côté, partout, des gens qui meurent à la pelle à cause de désastres sociaux, politiques et écologiques, prévisibles et en cours de se déployer actuellement. Et puis, à partir des ruines de la guerre généralisée on verra peut-être surgir le fameux New New Deal dont on a une telle nostalgie actuellement.
Yann :
>Dans le triple contexte de la crise longue du capitalisme mondialisé > (depuis la mi-2000), du débâcle annoncé de l’Amérique et de sa "coalition" > en Irak, et du repli prévisible et momentané de la droite en Europe, je > trouve que la question soulevée par Yann sur France-Culture a tout son intérêt :
Attention pour moi la crise dont il est question n’est pas celle ouverte en 2000 qui est une simple péripétie financière comme il y en eut en 1976 (quasi faillite du Brésil), ni en 1982 ( quasi faillite du Mexique), ni en 1997 ( faillite de la Thailande, de la Corée) ; ces crises au bord de la crise financière ( que d’aucuns comme Brenner et Duménil et Levy prennent à tort à mon avis pour des catastrophes, jouent exactement le même rôle que la crise de 1857 analysée par Marx quand il écrivait les Grundrisse et comme les mini krak financier : elles sont des crises de croissance sauf que la surproduction de marchandises et l’éclatement de la bulle spéculative financière dans le capitalisme industriel est remplacé ici par la surproduction de moyens de financement et de crédit assorti a remplacé la surproduction de réalisation. La crise commence à la fin des années soixante ( 1968-70 précisément, prolongée par la crise du pétrole et la guerre de Kippour dont elle est directement sortie) et dure bientôt depuis 30 ans.
>>En fait dans mon raisonnement je disais qu’il n’y aurait pas de >> stabilisation du capitalisme cognitif s’il n’y avait pas un nouveau New >> Deal ( donc une négociation ) comparable dans son ampleur à l’invention de >> l’Etat Providence après le 2° guerre mondiale. Donc pas d’homme flexible ou >> fluide ou mobile s’il n’y avait pas la création d’un revenu universel.
> > Le raisonnement est impeccable, et on pourrait le refaire d’une autre façon > en disant avec Chiapello et Boltanski que l’esprit du capitalisme flexible > (néolibéral si vous voulez) doit maintenant intégrer la critique qu’il a > généré par ses excès, comme il a déjà intégré la critique du fordisme porté > par les mouvements des années 60-70.
Non pas vraiment non plus. Ton autre façon de la formuler ne me va pas du tout. la flexibilité du capital est un produit déterminé par la crise des années soixante ; le capital s’est fluidifié lui-même avant de fluidifier le travail pour fuir un rapport de production qui lui devenait défavorable et ingouvernable cela du côté ouvrier ( qui était encore le gros morceau à l’époque) tandis qu’il perdait également le commandement du nouveau travail émergent dans la crise idéologique de 1968 parce que le capitalisme cognitif est le produit d’une pression de masse sur l’appareil scolaire, sur la transformation des modes de socialisation du salariat. Ce pointg est crucial ( comme le souligne Carlo Vercellone) car sans cet élément et sans la permanence inouie des luttes ouvrières notamment en Italie pendant la décennie 1969-1979 , l’introoduction de l’informatique et la généralisation des NTIC à partir de 1985 aurait tourné à la décomposition complète de ce que les opéraistes appelaient la classe. La mise en route et l’accélération de la révolution technologique des NTIC est bien arrivée comme d’habitude comme une initiative de restauration du contrôle capitaliste. Mais la ténacité ouvrière et l’accumulation des déséquilibres internationaux ( en Iran notamment on oublie un peu vite que le choc pétrolier a été dû au sha d’Iran qui sera balayé malgré cela six ans plus tard mais qui, bien que fidèle entre fidèle allié de Washington auquel il devait son trône ( le renversement de Mossadegh durant la ptremière révolution pétrolière raté&e des pays Arabes (1953) et le point de départ du nationalisme arabe qui va donner Suez en 1956) se prononce dans l’OPEP contre l’Arabie Séoudite pour une relèvement astronomique du prix du pétrole (quadruplement) car déjà les finances publiques de l’Iran en pleine révolution verte et faisant face à un exode rural fantastique à Téhéran sont exsangues, fait que l’émiettement de l’usine ( la délocalisation, la décentralisation productive, et la suspension des change fixe, le décrochement du dollar par rapport à l’or) installent déjà les NTIC sans lequel la production flexible est impossible. Il s’est produit un overlapping un chevauchement subtil qui a installé le capitalisme cognitif avant que soir liquidée et éliminée la résistance ouvrière si bien que les opérations de la contre-révolution libérale de Thatcher et de Reagan n’ont que très partiellement fonctionné. Après 1982 le risque d’effondrement du Mexique et avec lui le suystème financier américain ( toutes les caisses d’épargne conduit Reagan à pratiquer une politique... keynésienne ; un déficit gigantesque qui servira à lancer le programme d’équipement des autoroutes de l’information, le programme guerre des étoiles. De surcroît la décennie de 1980, années d’hivers pour les pays occidentaux qui connaissent tous ce qu’avait connu la Grande Bretagne d’Harold Wilson dans les années soixante , un stop and go est l’occasion d’une mutation révolutionnaire à l’échelle planétaire : la réunification des deux mondes coupés par la guerre Froide l’Allemagne, la chute inexorable des pays de socialisme réel entamée à Gdanzk en 1970 ; le tout culmine dans l’effondrement de la Russie qui bloque les tentatives de contrôler l’atterrissage du socialisme réel pour une transition en douceur vers .. lke capitalisme et en 1989 le mouvement crucial du Printemps de Pékin.
La première financiarisation formelle ( essentiellement monétaire, taux de change, taux d’intérêt) ne suffit plus pour contrôler la planète. on passe à la financiarisation réelle.
mais cette dernière loin d’être un mouvement unilatéral du capital traduit un besoin de financement du capitalisme cognitif qui est sorti de son incubateur ( les universités américaines et la contestation qui vient de la Guerre du Vietnam ) pour modeler productivement la Sillicon Valley.
Les high tech, les bio tech exigent toujours plus de capital ( dont une partie demeure bloquée dans la vieille économie). Alors naît la Nasdaq, le fioancement par la bourse et le gouvernement financier par la vente de promesses ( Jean-Noel Giraud) et l’inflation patrimoniale succède à l’inflation bannie des salaires ( Christian Marazzi) .
la valeur change de visage, le poids des investissements dans l’ immatériel le dépasse dans l’accumulation celui de l’économie classique. Le visage de la souveraineté lui aussi, est aspiré de l’intérieur , comme si le cerveau tel alien avait envahi la peau ridée et momifiée de la Nation et de l’Etat, la rongeant, l’utilisant froidement. Cette transformation vertigineuse, la classe capitaliste la perçoit à peine, car à la différence des marchands esclavagistes de Liverpool rabattant l’or extrait du sang noir des plantations et du "sucre amer" ( S. Minz) vers les usines de Liverpool (non sans avoir détruite préalablement les industries indiennes de textile) tandis que l’armée britannique chasse les tenanciers irlandais de leur terre, la continuité n’est pas assurée. Ambroise Roux, Rockefeller ( le complexe guerrier et pétrolier de Pittsburgh et de la Lotharingie industrielle européenne ne comprend rien au départ à la génération sorti des centres de’informatique qui va s’inventer une culture différente et qui va faire irruption dans les start up comme les chercheurs d’or en 1856. En France à la différence des USA et de l’Angleterre, cela va durer ; il suffit d’écouter le Baron Sellières digne continuateur d’Ambroise Roux de la toute puissante compagnie d’électricité et héritier de la famille Wendel ( la sidérurgie lorraine) pour voir qu’il n’a rien compris en dehors des classiques leçon de diversification industrielle ( vers les transports d’abord puis vers l’édition).
Mais laissons cela.... La vérité c’est que la situation du capitalisme mondial y compris dans sa petit province française ne se présente pas du tout comme une question d’intégration de la critique de ses excès de libéralisme, mais comme le résistible et très périlleux passage du capitalisme fondamentalement peu différent de celui des Maîtres de Forges ( celui admirablement compris par Marx et Saint-Simon avant tout le monde même de Ricardo qui n’est qu’ un trader intelligent spéculateur sur Waterloo mais qui s’est empressé de placer sa fortune dans la.. rente foncière qu’il poursuivait de ses sarcasmes) au capitalisme cognitif qui articule la société, la connaissance, l’appropriation des nouvelles forces de coopération et qui représente une révolution culturelle alors que ces cons ( y a-t-il d’autre noms ) adorent le veau d’or chinois qui fabrique le cocktail explosif parfaitement décrit par Marx toujours ( le pire du capitalisme dans l’économie avec le pire du communisme dans les institutions). tels nos rentiers de l’emprunt russe, ils se préparent à une spoliation de première classe.
> La question, c’est si la guerre en Irak vaut la deuxième guerre mondiale, > si le krach de 2000-2001 vaut celui de ’29, si François Hollande ou John > Kerry valent Beveridge ou Roosevelt, si Lula ou Chavez valent Staline ou Mao.
Rien à voir cher Brian. l’histoire n’est pas la répétition. ce n’est pas la guerre en Irak qui est inquiétante, c’est l’état de guerre, l’incroyable aveuglement dont la puissance-monde ( bien plus que l’économie monde) n’arrive pas à devenir Empire mondial, fait preuve tous les jours. Il n’a pas de krak financier à la 1929. J’ai déjà dit que ces crises financières sont des quasi crise mais pas des crises ( je les nommerais de virtuelles pour le Centre quels qu’ aient été leurs effets dévastateurs mais fonctionnels est indubitables ; au terme de la crise Coréenne le salaire ouvrier réel avait chuté de 30 % ; on observe la même chose pour le Mexique en 1996 )
François Hollande et John Kerry ne sont ni Beveridge ni Roosevelt. Mais la question n’est pas celle des hommes politiques providentiels, heureusement.
En revanche je crois (dussent certains grincer des dents sur cette liste ou ailleurs que Joschka Fisher ( voir son texte récemment mis sur la liste par Emmanuel Videcoq) à une pensée politique stratégique. Or dans les circonstances la question de guerre retrouve une importance qu’elle n’avait pas eue en 1929. Le mécanisme d’expansion de l’Europe vers l’Est, vers le Sud est le seul stabilisateur à l’oeuvre. Le mécanisme économique sur lequel le capitalisme tire des traites qui arrivent bientôt à épuisement est la CHINE. IL EST CLAIR que les Etats-Unis misent sur cette roue de secours pourtant terriblement vulnérable ( 600 milliards de dollars de créances douteuses plus que douteuses du système bancaire chinois ; que sont à côté les petits 150 milliatrds de dettes du brésil , les 50 de l’Argentine ? mais surtout quelque chose qui se déchirera d’un seul coup du haut en bas contrairement à l’Inde , l’Inde instable browniennement, avec des petits meutres entre amis et groupe ethniques mais si souple au niveau institutionnel global ). le capitalisme cognitif ne peut pas fonctionner sur le monde guerre de Bush pas plus que sur la loi LEN à l’échelle nombrilique de la France. L’Europe ne peut pas fonctionner avec les petits nationalismeS subalternes des Serbes, avec la gangrène israélo palestinienne ( Si j’étai dans la chancellerie européenne je dirais méchamment qu’il serait temps de mettre tout ce beau monde sous mandat européen administré et désarmé et voué au commerce, à l’activité économique comme un des 37 membres de l’Union ) > > Ou l’autre question (façon Boltanski & Chiapello) c’est de savoir si > Seattle et Gênes valent Mai ’68. > Vous voyez bien ou je veux en venir.
Non pas du tout , je ne vois pas. Mai 6 ! est une secousse ouvrière , culturelle et tiersmondesque ( pour éviter Tiersmondiste) , Seattle et Gênes renoue avec cette tradition européenne où l’histoire se remet en marche.
> Je crains que l’on ne soit pas encore sortis de la forêt avec cette > histoire des excès du capitalisme flexible (et ce, malgré les promesses > faites par le petit escroc Donnedieu de Vabre aux intermittents !). Ce n’est > pas demain la veille, ce New New Deal que nous souhaitons à peu près tous.
Au contraire Cher Brian, je crois cet événement nécessaire, inéluctable , un point de passage obligé dans la mue du capitalisme. Et donc il faut s’y préparer. Keynes à Bruxelles c’était hier., tellement c’est urgent. Une politique d’endettement de la banque centrale européenne un programme social indispensable pour réaliser l’objectif de Lisbonne, pour entamer une initiative de paix au Moyen Orient ( il ne pourra pas à mon avis se faire sans intégration de tous ces royaumes roitelets ( même aussi déterritroialisés fussent-ils comme Israel) dans l’Union Européenne avec la Turquie ? Nous sommes extrêmemnt proches de la zone traditionnelle de l’Empire romain ( pour parler comme Sloterdijk) je parle à une échelle d’un siècle. Tout cela c’est la politique. Celle qui vaut la peine. la grande politique, superbe. Le parti socialiste annone maintenant l’Europe sociale, mais sans contenu. Ils ont besoin d’un contenu , d’un New Deal ; on ne refait pas deux fois le coup de changer la vie ( qui est un petit codicille tiré sur Mai 68).
La puissance d’affirmation du revenu garanti s’imposera , s’impose déjà tant les replatrages sont condamnés. ce sera ça où la désolation la guerre para-civile, une mimétique du terrorisme ( ce qu’est déjà Ben Laden, qui est au terrorisme du mouvement ouvrier et anarchiste, à celui des Arabes des années vingt, à celui de l’Irgoun, c’est que la brebis Dolly, le clone, à l’original.
Un clone vit, il tue mais il est un monde virtuel comme l’idéologie du panarabisme. il n’empêche qu’il est subalterne comme ce fils de bonne famille, marchand converti à la morale, domestiquede la CIA qui s’estrévolté contre son maitre. La vérité est que le néolibéralisme se survit à lui-même, que les Etats-Unis telle Athènes ont entamé leur déclin. leur alliance ressemble à la ligue de Délos. ils ont vaincu Sparte ( l’URSS) mais ils ne sont pas capables de leadership. Comme disait Caus Offe l’automne dernier ; il y a une crise de l’hégémonie américaine ; la domination américaine est toujours là, mlais elle n’est plus légitime sauf les quelques dirigeants résidus de la droite traditionaliste catholique espagnole et polonaise qui n’est pas plus représentative des multitudes polonaises et espagnoles que l’administration Bush n’est représentative du réformisme capitaliste
> Ce qui ne veut en rien dire qu’il faut empêcher le travail d’un futur > Keynes, même si on pourrait le souhaiter nettement, nettement moins > bourgeois de culture et de politique que celui-ci ne l’était.
Il ne manquerait plus que cela ; Personne heureusement n’est en mesure d’ailleurs d’empêcher l’éclosion des savoirs dont l’humanité a besoin.
Je vais te faire une confidence. je me fous éperdument du caractère bourgeois ou pas d’un futur Keynes (dans la lignée des économistes qui sont généralement extrêmement déplaisants sauf John Stuart Mill fils de James Mill, grand féministe devant l’éternel, Keynes est l’un des plus sympathiques. Tu es victime d’une erreur rétrospective : la culture de Keynes n’était pas si bourgeoise que cela : Virginia Woolf, Piero Sraffa, il y a pire....