Au fil des nouveautés critiques

Mise en ligne septembre 1995

ACTUEL MARX, n° 18, L’impérialisme aujourd’hui, PUF, Paris, 1995, 222p. Dossier rassemblé par François Hincker et Michael Löwy avec la participation de Michel Husson, Michel Chossudovsky, Pierre Salama, Gilbert Achcar et Jacques Thobie (entretien). Dans la rubrique Histoire du marxisme, à l’occasion du centième anniversaire de la mort de Friedrich Engels, on trouvera un article qu’il écrivit en 1891 pour l’Almanach du Parti ouvrier français (« Le socialisme en Allemagne »).

ALTERNATIVES SUD, Vol. I (1994)2, Les effets sociaux des Programmes d’Ajustement Structurel dans les sociétés du Sud, L’Harmattan, Paris, 155p. Les cahiers Alternatives Sud, publication du Centre Tricontinental de Louvain-la-Neuve dirigé(e) par François Houtart, ont pour objectif de faire connaître la réflexion de penseurs originaires du Sud qui expriment les préoccupations et les points de vue des « périphéries » du système mondial. II s’agit non seulement de promouvoir un regard critique sur les rapports sociaux transnationaux et les réalités nationales singulières des pays du Sud (terme qui remplace ici le « vocabulaire inadéquat de Tiers-monde »), mais également de proposer d’autres perspectives que celles qui dominent au sein de l’accumulation globale du capital. Le sujet abordé dans la présente livraison est la fonction des Programmes d’Ajustement Structurel. Définis par les organismes financiers internationaux (FMI, Banque mondiale...) comme des opérations de modernisation « chirurgicales » qui visent à rétablir les équilibres internes et externes des pays du Sud, et par là, à fournir une base solide pour le développement économique de ces pays, ils sont en fait des dispositifs qui diffusent une vision néo-libérale de la régulation économique tout en produisant des effets considérables non seulement de nature économique, mais également sociale, politique et culturelle. Ces effets traduisent une réduction des politiques sociales, éducatives, sanitaires, le démantèlement des structures économiques locales, l’aggravation des inégalités sociales, l’augmentation de la population pauvre. Autant dire que les objectifs de stabilisation macro-économique et de remise en route du mécanisme de la croissance économique entrent en conflit avec les réformes économiques entreprises dans le cadre des politiques d’ajustement structurel. L’insertion de pays « socialistes du Sud » dans un univers économique mondialisé entraîne des effets similaires. Les articles de ce numéro abordent les cas de la Zambie, de l’Inde, du Vietnam, et de Cuba.
ALBOUY Serge, Marketing et communication politique, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », Paris, 1994, 343p. L’auteur aborde les problèmes d’identification du marketing politique (assimilé souvent à la « communication politique » ou apparenté aux pratiques du marketing commercial), les origines et les conditions sociales de son émergence ainsi que ses variétés (électoral, gestionnaire, institutionnel). Privilégiant le point de vue de la science politique, il insiste sur la question des effets de la pratique du marketing politique tant sur le plan de la modification des opinions et des comportements politiques que sur le plan du conditionnement idéologique des citoyens.

BOBBIO Norberto, Destra e sinistra. Ragioni e significati di una distinzione politica, Donzelli Editore, coli. « Saggine », Roma, 1995, 141 p., 16.000 L. La distinction traditionnelle entre droite et gauche at-elle fait son chemin ? Quelle est la signification actuelle de ces deux termes antithétiques qui ont structuré l’univers conflictuel de la politique représentative moderne ? Dans la nouvelle édition de cet essai controversé qui est devenu un best-seller en Italie (240 000 pour la seule année 1994), N. Bobbio répond à ses critiques en précisant les raisons susceptibles de fonder « l’essence plus intime » de cette distinction : elle est à comprendre à partir de la différente attitude que les deux parties respectives manifestent dans la confrontation autour de l’idée de l’égalité. En effet, ceux qui se réclament de la gauche accordent une très grande importance, dans leur initiative politique ainsi que dans leur conduite morale, à des orientations sociales qui rendent les hommes égaux ou, au moins, qui atténuent et réduisent les facteurs de l’inégalité. En revanche, les partisans de la droite sont convaincus que l’inégalité est essentiellement une donnée « incontournable » de la réalité sociale, impossible à éliminer. Selon Bobbio l’égalité comme principe fondateur de la dichotomie majeure de l’espace politique moderne est le seul critère qui résiste à l’usure du
temps, jusqu’au moment où la distinction même entre droite et gauche est mise à son tour en question.

CHAVANCE Bernard, La fin des systèmes socialistes, L’Harmattan, coll. « Pays de l’Est », Paris, 1994, 224p. Les huit essais rassemblés dans ce volume, parus entre 1984 et 1993, sont consacrés à l’étude des « systèmes socialistes » et « post-socialistes ». La première partie du livre concerne les stratégies et les modèles de développement du « système socialiste traditionnel » (expériences soviétique et chinoise) ainsi qu’une discussion détaillée de l’important ouvrage Dictature sur les besoins, corédigé par trois auteurs hongrois (F. Fehér, A. Heller et G. Markus). La seconde partie porte sur les questions de la crise et de la dynamique contrastée des réformes économiques du « socialisme tardif ». La troisième partie aborde la « grande transformation » des économies de type soviétique consécutive à l’effondrement des régimes politiques de l’Europe de l’Est en 1989 et 1990. Dans la phase actuelle, soutient l’auteur, le problème des relations entre continuité et rupture dans la déstructuration systémique des « économies socialistes » est loin d’être résolu. D’où les ambivalences de la conception finaliste de la transition : « La rhétorique initiale de la transition, marquée par le discrédit des réformes radicales antérieures et la crainte des inerties bureaucratiques, proclamait le refus de toute « troisième voie » entre socialisme et capitalisme, la méfiance à l’égard de l’« économie mixte » et affichait comme objectif l’économie de marché sans restriction ni qualificatif. L’une des ironies dont l’Histoire est coutumière veut toutefois que la caractéristique majeure, et certainement durable, des pays d’Europe de l’Est soit aujourd’hui celle d’une économie mixte d’un genre historique original, que l’on pourrait qualifier d’« économie mixte de transition post-socialiste » ».

COMBAT FACE AU SIDA, n° 1, Septembre-Octobre, 1995, 35p., 15FF. Naissance de la revue de l’Association des Communistes Combattants du Sida (ACCS) qui s’engage à enrichir le débat public en confrontant les points de vues et les expériences autour les enjeux philosophiques, politiques, sociaux et économiques du sida. En quoi la lutte contre le sida est-elle une lutte politique ? Comme l’explique dans un entretien Rémi Darne, président de l’ACCS et auteur de Les fous de l’ordre. Armée et éducation face à la démocratie (Ed. Henri Berger, Paris, 1995), elle est politique « dans la mesure où on ne peut pas s’appuyer uniquement sur les progrès de la recherche et ceux de la médecine pour mettre fin à une maladie jusque là incurable. Le sida soulève des questions qui touchent aux soubassements du fonctionnement de nos sociétés, que l’on considère trop souvent comme définitivement acquis. Par exemple : de quels recours dispose, en fait, un État qui se veut démocratique, pour parvenir à contrôler, à endiguer la progression d’une infection qui procède essentiellement de modes de transmission inhérents à des comportements relevant de l’intimité, de la sphère du privé ? En fait, le sida révèle et amplifie des rejets, des exclusions, des fractures, des dysfonctionnements que les politiques refusent encore aujourd’hui de considérer en profondeur. Cela correspond sans doute à un désarroi dû à la difficulté de comprendre les nouveaux rapports sociaux ». On trouvera dans ce premier numéro un dossier consacré à l’argent du Sidaction.

FIORE Annie, Rêves d’indépendance. Chronique du peuple de l’Intifada, L’Harmattan, coll. « Comprendre le Moyen-Orient », Paris, 1994, 299p. Récits de la souffrance au quotidien dans les territoires occupés. De 1987 à 1993, la journaliste à qui l’on doit ce témoignage émouvant et courageux, s’est trouvée à sept reprises au milieu de la population palestinienne, dans les camps de réfugiés ou dans les villages les plus reculés. A défaut de porter les lecteurs au coeur de l’Intifada, elle s’est employée à travers ses reportages « de porter l’Intifada au coeur des lecteurs ».

HEGEL G.W.F., Leçons sur les preuves de l’existence de Dieu, Aubier, coll. « Bibliothèque philosophique », Paris, 1994, 182p., 120FF. Traduction, présentation et notes par Jean-Marie Lardic. Alors que la période de jeunesse et d’Iéna a fait l’objet de nombreux travaux, la pensée du dernier Hegel est relativement mal connue, supposée être figée une fois pour toutes après les résultats spéculatifs obtenus dans la Science de la logique et l’Encyclopédie des sciences philosophiques. Professées en 1829, les seize Leçons sur les preuves de l’existence de Dieu constituent une oeuvre qui revêt une importance particulière concernant les orientations de l’ultime étape de la pensée hégélienne.

IVEKOVIC Rada (textes recueillis par), La Croatie depuis l’effondrement de la Yougoslavie, L’Harmattan, Paris, 1994, 127p. Recueil de quatorze textes d’opinion personnelle venant de l’opposition non-nationaliste dans la Croatie contemporaine. Les auteurs - écrivains, politologues, philosophes ou chercheurs - refusent l’absurdité de la guerre et la violence fondatrice de l’homogénéisation nationale consécutive à la suppression brutale des bases de l’État croate, établies au temps de la lutte antifasciste. Comme l’évoque Ivekovic Rada, « les nationalistes en Croatie commencèrent par ce qui leur était le plus cher et se révéla le plus important par l’emprise symbolique que cela pouvait avoir sur les gens. Drapeaux, armoiries, symboles, titres des institutions, noms de rues furent transformés en grande pompe : ainsi, à Zagreb (Croatie), l’Académie yougoslave des sciences et des arts fut rebaptisée croate, la télévision l’était déjà, et la Place des victimes du fascisme à Zagreb fut rebaptisée Place des grands hommes croates. Tous les noms de rues qui pouvaient évoquer une partie de l’histoire commune des peuples yougoslaves ou qui simplement ne paraissaient pas suffisamment croates, ou bien qui portaient le nom d’une personnalité serbe, furent changés. Tout nouveau régime instaure un temps zéro, commence à l’An Un par lui proclamé » (p. 10). Ainsi, purification ethnique et purification culturelle, historique et identitaire sont deux composantes d’une même démarche. L’imposition d’un régime national homogène en Croatie a pour conséquence de reléguer l’activité démocratique aux marges, de remplacer la libre expression citoyenne par la Raison d’Etat qui taxe toute critique dérangeante comme « complot anti-patriotique » (c’est le cas notamment du présent recueil), de substituer à la véritable création culturelle une variante catholico-folklorique du kitsch croate (et respectivement, pour le cas Serbe, une version monstrueuse composée d’éléments d’une orthodoxie hystérique qui recycle dans son élan nationaliste des bribes d’un passé mythifié). La critique présentée ici de la machine infernale nationaliste se donne avant tout comme objet « le pouvoir et son aura de prééminence ». Ainsi, le discours de l’opposition démocratique et non-nationaliste « ne peut nécessairement être que le discours de l’exil, ou bien celui de l’émigrant interne qui, tout en restant dans le pays, revendique d’être l’impossible, « le patriote », bien qu’ayant été par avance privé de ce droit » (Borislav Mikulic, p. 46). Certes, cette opposition est encore très faible (et souvent simplement individuelle) non seulement en Croatie mais dans tous les pays de l’ancienne Yougoslavie. Or, elle mérite d’être partout soutenue et encouragée contre les régimes usurpateurs respectifs qui l’étouffe par des méthodes brutales et la criminalise symboliquement en l’accusant de jouer le jeu de l’« ennemi de la patrie ». A lire également la récente livraison des Temps Modernes qui contient des contributions d’intellectuels non-nationalistes serbes ( Une autre Serbie, 1994).

MINARY Daniel, Le problème de l’athéisme en Allemagne à la fin du « siècle des Lumières », Annales Littéraires de l’Université de Besançon, Diffusion Les Belles Lettres, Paris, 1993, 627 p. Version remaniée d’une thèse de doctorat d’Etat, cet ouvrage s’attache à l’actualité allemande des trois dernières décennies du dix-huitième siècle et tente de dégager les spécificités des courants de pensée réputés « athées ». L’auteur construit une typologie de la libre pensée rationaliste et identifie, dans un ordre croissant de radicalisme, les différentes positions du processus rationaliste de réduction religieuse (propensions irréligieuses de l’esprit rationaliste conquérant, expansion irréligieuse du déisme, radicalisation antireligieuse du rationalisme, les voies de l’athéisme).

MOURIAUX René, Le syndicalisme en France depuis 1945, Éditions La Découverte, coll. « Repères », Paris, 1994, 124 p. Un livre fort utile pour éclairer et mettre en perpective la traversée du désert du syndicalisme français de nos jours. A la Libération, le mouvement syndical participe à des réformes considérables, en particulier les nationalisations et la création de la Sécurité sociale. Mais après l’éclatement de la CGT (les scissionnistes fonderont la CGT-FO en avril 1948) et l’instauration de la guerre froide, le mouvement syndical s’engage dans « des combats sans perspective » (1948-1962). L’« offensive syndicale » (1962-1968), et la phase de « l’autogestion et du Programme commun » (1968-1974) sont des moments fastes pour le syndicalisme français : dans le contexte de croissance économique soutenue des « Trente Glorieuses », la gauche politique et syndicale bénéficie d’une dynamique favorable. L’éclosion de la crise économique en 1974 brisera cet élan. La rupture du compromis fordiste (1974-1981) et « l’étreinte mortelle du premier septennat mitterandien » laisseront le syndicalisme dans un état critique : hémorragie des effectifs (le taux de syndicalisation en 1993 tourne autour de 8 %, soit une chute des deux tiers depuis 1974) ; affaissement de la capacité de mobilisation (l’activité gréviste ne cesse de se réduire, les grandes manifestations se font rares) ; révision à la baisse des objectifs syndicaux (sous la pression du chômage qui pèse de son poids sur la combativité des salariés, la défense de l’emploi s’impose de plus en plus comme l’objectif prioritaire des revendications et des luttes) ; rivalité intersyndicale qui tourne au combat fratricide. « Déclin temporaire ou définitif, qui oserait scientifiquement trancher ? ». René Mouriaux a également publié récemment Le syndicalisme dans le monde (PUF, coll. « Que saisje ? », 1993).

REGARDS, n° 6, 1995, 48p., 30FF. Dans le numéro d’Octobre du nouveau mensuel communiste, on trouvera, entre autres, une contribution de Georges Labica au dossier « Communisme » que Regards a publié au mois de septembre, un entretien avec Robert Castel sur « L’exclusion, une notion discutable », une analyse politologique de Janine Mossuz-Lavau sur le vote Front national et une discussion entre Jean-Luc Dugied et Jean-Yves Rochex sur la question des rythmes scolaires.

PHILOSOPHIE, n° 47, Gilles Deleuze, Les Éditions de Minuit, Paris, Septembre 1995, 96p., 64FF. Numéro spécial consacré à ce penseur majeur de notre temps dont l’oeuvre est caractérisée par une extraordinaire inventivité conceptuelle, la diversité des champs et objets abordés et la densité de l’écriture philosophique. Cette livraison comprend un texte inédit de Deleuze (« L’immanence : une vie... ») et des contributions d’André Bernold (« Suidas »), Bruno Paradis (« Schémas du temps et philosophie transcendantale »), Alain Ménil (« Deleuze et le "bergsonisme du cinéma" »), Frédéric Gros (« Le Foucault de Deleuze : une fiction métaphysique »), Pierre Zaoui (« La "grande identité" Nietzsche-Spinoza : quelle identité ? ») et Xavier Papaïs (« Puissances de l’artifice »).

REVUE (LA) SEMESTRIELLE DU M.A.U.S.S., n° 3, Pour une autre économie, Éditions La Découverte, Paris, 1994, 286 p., 165FF. L’objectif affiché de cet ouvrage collectif du mouvement antiutilitariste dans les sciences sociales est de dépasser la simple critique de la « théorie économique incorrigible ». Dépasser le paradigme dominant qui se développe à partir de l’hypothèse implicite selon laquelle « l’économique serait en effet totalement indépendant des rapports sociaux extra-économiques » (p. 5), signifie deux choses : d’une part, ouvrir de nouvelles pistes de recherches sur les manières de définir l’économie et d’envisager le rapport social, d’autre part, contribuer à la modification des réalités et des politiques économiques marquées par l’étiolement du « modèle de la société salariale intégrée nationalement ». Il s’agit donc de repenser conjointement la théorie économique et les politiques économiques tout en mettant en pratique une autre économie. Cet ambitieux programme de recherche repose sur le constat d’échec des théories dominantes et montre la possibilité de construire une nouvelle discipline, la « socio-économie » (SocioEconomics). Déjouant les cloisonnements mutilants de la division du travail intellectuel, celle-ci serait également ouverte - au-delà de ces deux disciplines mères d’où elle tiendrait, économie et sociologie - , à l’anthropologie, à l’histoire et à la géographie économiques ainsi qu’à la philosophie politique. Pour soutenir un tel programme, la revue publie un texte d’appel à la création d’un enseignement universitaire de « socio-économie », texte déjà signé par une bonne centaine de personnalités de l’enseignement supérieur et des établissements publics de recherche. Les nouvelles signatures (qui n’impliquent aucune prise de position par rapport au MAUSS luimême, simple support), sont à adresser à Alain Caillé, 3, avenue du Maine, 75015 Paris.

SOCIOLOGIE DU TRAVAIL, XXXVII n°3/95, Systèmes productifs : les modèles en question, Dunod, Septembre 1995, pp. 345-492, 120FF. Dossier-débat qui prolonge les discussions déjà amorcées dans de précédents numéros de la revue (Sociologie du travail, 1/93 et 3/94) sur le même thème. Les trois articles du dossier reposent sur des enquêtes empiriques menées sur les systèmes de production dans l’industrie automobile. Stefano Micelli (« Nummi versus Uddevalla : apprentissage et mémoire dans la production industrielle ») défend la thèse selon laquelle la théorie d’apprentissage organisationnel constitue un cadre de référence efficace pour évaluer le potentiel des nouveaux modèles industriels, à condition qu’elle soit articulée avec les catégories de la théorie évolutive de l’entreprise. Se référant à deux cas désormais classiques (Nummi : transplant japonais aux États-Unis, joint venture entre General Motors et Toyota ; Uddevalla : usine de Volvo en Suède), il suggère une théorie de l’apprentissage « conçue comme processus évolutif et de diffusion de l’innovation, dépassant l’image trop statique que véhicule la notion de "modèle" ». Michel Freyssenet introduit son article en rappelant les limites économiques et sociales de la « production de masse » pour analyser ensuite de manière comparative les solutions qu’offrent le système de production Toyota (« production au plus juste ») et le système d’organisation uddevallienne (« production réflexive »). Alors que le premier n’est finalement qu’un ensemble de remèdes visant à pallier certains dysfonctionnements du fordisme sans aller jusqu’à la remise en cause des principes organisationnels qui sont à l’origine de ces dysfonctionnements, « le système uddevallien, en se fondant sur des principes cognitifs et sur la production en station fixe, supprime les problèmes structurels que le toyotisme n’a pas cherché à analyser et à dépasser. On peut penser alors qu’il contient les potentialités d’une plus grande efficience productive, sous certaines conditions sociales. La démonstration ne sera faite que le jour où il sera appliqué à une production de grande série » (p. 387). JeanPhilippe Neuville propose une approche « dialectique » des concepts d’ordre, de désordre et d’organisation en étudiant le cas du Toyotisme (juste-à-temps, zéro défaut) dans l’industrie automobile européenne.


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