Art et Critique

Mise en ligne le dimanche 21 septembre 2003
Lancer un chantier autour du concept de la multitude - ou avec les multitudes qui veulent sortir des cadres de la représentation - cela ne consiste pas seulement à critiquer une discipline. Il faudrait également s’exposer à la critique, se mouiller comme on dit. Voici donc l’intervention que j’ai faite aux Laboratoires d’Aubervilliers, 16/09/03, lors d’une cérémonie d’inauguration annulée, et remplacée par des débats consacrés à la lutte des intermittents. Pour ceux qui n’aiment pas lire de longs textes fastidieux, une image pourrait peut-être suffire, pour résumer celui-ci. C’est un peu comme si on disait aux institutions artistiques, mais aussi aux artistes, qu’ils avaient encore à apprendre quelque chose - des "Objets en moins" de Pistoletto.

L’équipe des Laboratoires d’Aubervilliers m’a invité à prendre la parole aujourd’hui, à défaut, si j’ai bien compris, d’avoir Jacques Rancière. Or, Rancière est un auteur qui a beaucoup compté pour moi, notamment au milieu des années 90 avec son livre sur La mésentente, qui vous explique comment un consensus se forme, quels résultats cela entraîne en termes de paralysie de la formation consensuelle et de rejet de tous les autres dehors. Ce genre de consensus paralysant et excluant serait la condition normale des sociétés post-démocratiques. Et j’ai voulu croire avec Rancière que le surgissement dans l’espace public d’un group exclu, victime d’un tort, pouvait transformer l’équilibre consensuel d’une démocratie, quand ce groupe ose s’appeler par un nouveau nom. Il semblait même que l’audace de se nommer autrement, de se manifester autrement, pouvait être l’indice d’une invention sociale, où l’on trouverait une meilleure définition et une meilleure pratique de cette chose qui m’intéresse et me déçoit depuis longtemps - à savoir l’art, ce qu’on appelle l’art contemporain.

Seulement, s’il y a eu des moments extraordinaires de surgissement des groupes exclus dans l’espace public, avec le mouvement des sans-papiers entre autres, s’il y a eu des actes de renomination, avec les "chômeurs heureux" entre autres, on doit constater aujourd’hui que ces actes n’ont pas rompu le consensus politique, ils n’ont pas élargi la démocratie. En plus, ils n’ont en rien affecté les pratiques ni les discours de la vaste majorité des artistes-plasticiens, conceptuels, installationistes, vidéastes ou autres. Ce dernier constat amène à questionner jusqu’au réflexe qui fait qu’on veut toujours "avoir" un auteur, au demeurant excellent, comme Rancière. On a la chance en France de pouvoir encore entendre des penseurs dont le bagage marxiste a été profondément transformé par l’expérience de 68. Mais ces penseurs, qui développent souvent leurs idées esthétiques avec une référence aux années 20 et 30 du siècle passé, sont devenus pour nous - et parfois malgré eux - des sortes de personnages sacrés dont la leçon nous apaise, nous tranquillise, nous réconforte. Au contraire, je crois qu’il y a urgence à penser à partir du présent, à partir des expériences de production et de coopération réelles que l’on peut avoir aujourd’hui, à partir et puis en dehors des cadres sociaux de plus en plus répressifs qui nous entourent et qui nous enserrent. Ceci, afin d’analyser les conditions réelles des sociétés dites démocratiques, et afin de retransformer une fois de plus le bagage marxiste, et pour certains, autonomiste voire anarchiste, dont on peut être détenteur. Aujourd’hui, en ce qui concerne la critique d’art, il faudrait presque faire la théorie d’un art qui n’existe pas encore en France, pour des raisons de consensus que je vais analyser plus loin. Mais il ne s’agit pas pour autant d’investir les intermittents de tous les espoirs, en détournant notre attention des milieux artistiques, auxquels une institution comme les Laboratoires d’Aubervilliers est partiellement consacrée. Je vais donc parler d’abord de ce m’a intéressé ces dernières années, en terme d’activité artistique.

A peu près tout ce que je fais depuis quatre ans est orienté par l’expérience d’un véritable événement, qui était la fête de rue ou "Carnaval contre le capital" déclenché à Londres et autour du monde le 18 juin 1999. Un groupe de militants écologistes, avec de nombreux artistes parmi eux, ont préparé pendant des mois l’occupation d’une petite zone dans la cité de Londres. Ils ont monté ce "Carnaval contre le capital" au moyen de réunions ouvertes à tous, et en liaison avec des groups contestataires réunis dans un réseau, l’Action mondiale des peuples. Ce sont les artistes qui ont choisi une cible doublement symbolique, puisqu’il s’agissait de la plus grande bourse européenne de produits dérivés, le London International Financial Futures an Options Exchange - qui se situe juste devant une rue où coulait autrefois une rivière, qui est maintenant prisonnière, pour ainsi dire, d’un tuyau. Là allait s’arrêter une camionnette avec un grand sound system pour faire la fête, au moment même où les gens devaient commencer à surgir dans la rue, pour l’occuper en protestation contre la domination financière du monde, mais aussi de leur environnement proche. Ils ont préparé entre mille autres choses des masques de couleur qui pouvaient être portées par la foule, dans une tentative de libérer les forces souterraines de résistance qui sont immobilisées ou canalisées chez tant de personnes. Le surgissement d’un geyser dans la rue (résultat de l’habile sabotage d’un tuyau d’eau à haute pression) était une manière, à mes yeux artistique, de symboliser cet espoir, en déclenchant des aspects encore plus carnavalesques de la fête de rue. Mais les révolutionnaires de Londres voulaient en même temps réaliser des actions directes, qui transgressaient le caractère sacro-sainte de la propriété transnationale privée, en questionnant fortement l’impuissance de nos démocraties actuelles face aux déprédations qui sont la règle dans le monde, et que le Medef veut poursuivre avec tant de violence en France aujourd’hui.

A partir de là, je me suis mêlé aux mouvements contestataires partout en Europe, où je retrouvais toujours ces pratiques esthétiques, auxquelles j’ai toujours participé de façon active. Or, il est clair que par rapport au travail esthétique concentré, cadré, mis en valeur dans un musée, ces pratiques artistiques ne peuvent paraître que très approximatives, très diffuses, grossières même. Mais ce qui m’intéressait, après l’expérience des milieux d’art français, c’était l’audace, l’esprit de partage, le degré de participation, et surtout, la transformation psychique et sociale, le bouleversement des habitus, que ces confrontations avec les formes réelles de la politique contemporaine pouvaient produire. Ces chocs sollicitent la pensée, l’invention, dans des conditions où la solidarité est un facteur essentiel, la clé de tout. Sur le plan artistique, il semblerait que ceux qui se sont impliqués dans ces luttes ont tiré une sorte de leçon de l’art conceptuel, actualisé par les réseaux de communication électronique. Ils ont compris qu’un énoncé diffusé de proche en proche peut devenir un comportement à l’échelle planétaire, sans être un mot d’ordre, sans impliquer l’adhésion à une idéologique. Ils ont compris qu’une attitude peut devenir une forme sociale, à condition que celui que la propose s’y investisse par une expérience sans cadres, sans garantis institutionnels ou autres. C’est là, dans cette coopération sociale qui se passe de toute hiérarchie et de toute représentation, que l’on retrouve quelque chose du concept de la multitude. Et cette trouvaille a permis l’ouverture de conversations et d’échanges très stimulants à l’échelle européenne, de discours sur le développement technologique, économique et politique du monde, qui ne sont pas des discours de pure lamentation, mais plutôt d’implication, d’intervention, d’invention. Pendant qu’on développait tranquillement l’art relationnel à l’intérieur des musées français, on voyait surgir presque partout ailleurs en Europe ce genre de pratiques, que les français ignoraient jusqu’à très récemment, en gros jusqu’aux sommet de Gênes, puis celui d’Evian il y a quelques mois.

Pourquoi cet immobilisme français ? La réponse est évidente : pendant ces années-là nous avions le socialisme au pouvoir, un socialisme qui était incapable de réaliser ses promesses, mais qui faisait tout pour nous aveugler à cet état de fait. Cela était particulièrement vrai dans le cas des artistes, à qui on promettait tout : l’implication sociale, la gloire personnelle, la recherche artistique sous les meilleures conditions, le copinage privilégié avec des gens qui savent très bien flatter votre narcissisme. Je dis qu’on promettait ça, et qu’on était incapable de remplir cette promesse. Il est clair que l’énorme majorité de ceux qui se définissent comme artistes n’ont jamais profité du système institutionnel, ou très peu, d’où les grands discours de frustration et de ressentiment que l’on a pu entendre dans les bars, dans les cafés, après les vernissages ou les débats d’auto-congratulation auxquels j’ai pu assister pendant un temps, jusqu’à ce que je laisse tomber entièrement ces cercles sociaux, par pur ennui. Or, aujourd’hui il me semble qu’on va assister à beaucoup moins de ces événements consensuels, car non seulement avec l’arrivée de la droite, mais aussi avec l’arrivée du Palais de Tokyo sous la gauche, ce type de mondanités perd toute sa fascination, et sa fonction de leurre commence à sauter aux yeux. Aujourd’hui, devant la violence de la droite, nous sommes obligés à penser collectivement, par nous-mêmes et pour nous-mêmes, afin de dégager les fondements d’une nouvelle politique culturelle - et plus encore, d’une nouvelle politique sociale, qui ne fasse pas de la culture une exception réservée pour quelques-uns, une exception illégitime. La question la plus urgente, dès lors, c’est comment poursuivre le type d’interrogation et de prise de position que l’on a amorcé, de façon exceptionnelle, ici avec les intermittents ? Comment ne pas laisser désamorcer cette amorce de lutte, par la droite qui commence à apprendre et à appliquer les techniques socialistes pour la gestion et la pacification des gens qui veulent penser et agir ?

Pour éviter les pièges que l’on va nous tendre, il ne suffira pas d’imiter les militants italiens, espagnols ou anglais, car les conditions en France sont autres. Et si la violence dont le gouvernement Seillières/Raffarin fait preuve aujourd’hui ressemble bien à celle des grandes attaques néolibérales qui ont eu lieu dans d’autres pays au milieu des années quatre-vingts, cette violence n’a plus les mêmes cibles. Pour penser la situation actuelle, il faut comprendre la différence française.

Depuis l’apparition du néolibéralisme dans le monde anglo-saxon des années 80, il n’y a pas eu en France une confrontation majeure où le gouvernement ait pu écraser une formation professionnelle importante. Le thatcherisme s’est imposé avec la grève des mineurs, qui a été cassée par le gouvernement, réduisant à néant une des formations de gauche les plus importantes. Reagan s’est imposé aux USA contre les contrôleurs du trafic aérien, qui disposaient d’un pouvoir de blocage comparable à celui des cheminots en France - mais dans cette épreuve de force, Reagan a gagné. Cela a permis, dans les deux pays, l’instauration d’une société où, en dehors du secteur militaire, quasiment tout est géré selon des règles de l’entreprise. C’est le néolibéralisme pur et dur. En France, les années 80 étaient les années du mitterandisme. Des méthodes d’une telle violence étaient politiquement impensables. Et le retour de la droite dans les années 90 n’a pas changé la donne, parce que le bras de fer engagé avec les cheminots et les fonctionnaires du service public en 95 s’est soldé par la défaite de la droite.

Le résultat, c’est qu’en France on ne peut pas parler de néolibéralisme pur et dur, mais plutôt de "néocorporatisme" - un mode particulier d’adaptation aux règles libérales de l’économie mondiale. Le néocorporatisme, cela veut dire une manière de gérer les forces sociales établies, et d’éviter les résistances trop grandes, en vue d’une adaptation progressive aux règles néolibérales, et donc, au cadre européen. Les caractéristiques d’une société néocorporatiste sont : protection des secteurs-clé de l’économie ; taxation élevée pour le maintien de certains programmes sociaux ; régionalisation comme une manière d’assouplir la gestion étatique ; tentative d’équilibrer coopération sociale et compétition capitaliste ; négociation continue entre acteurs privés, publics et tiers-secteurs, mais toujours à l’intérieur de champs professionnels spécifiques (pour l’analyse générale voir Bob Jessop, www.comp.lancs.ac.uk/sociology/soc110rj.htm, pp. 461-62). Ce qui pouvait être intéressant dans cette situation ambiguë, c’est justement la place qui est faite au tiers-secteur, qui se définit comme un mélange du secteur public et de la société civile, impliquant des formes d’activité entrepreneuriale ou salariale, d’activité subventionnée et du volontariat. C’est là qu’on rencontre les intermittents, qui s’intègrent très imparfaitement aux corporations constituées. Cette solution néocorporatiste a permis le maintien de la paix sociale pendant 20 ans, au prix, pour la droite, de charges sociales relativement importantes, mais aussi, pour la gauche, de la disparition lente d’un idéal d’égalité universelle, disparition qui peut être précisément mesurée, à la fois par le déclin du parti communiste (qui a été construit autour de revendications universalisantes) et surtout par la montée douloureuse de catégories "exclues" des bénéfices de la négociation sectorielle.

C’est ce compromis imparfait et boiteux du néocorporatisme que la droite veut infléchir à son avantage aujourd’hui - avant de le faire voler en éclats demain, si elle sort gagnante de cette première épreuve. Ainsi elle utilise autant que possible l’arme de la décentralisation/régionalisation contre les coûteuses normes universelles ; ainsi elle se déchaîne précisément sur une profession publique (enseignants) et une autre du tiers-secteur (théâtreux et cinéastes-documentaristes). En même temps, elle n’hésite pas à poursuivre la protection des secteurs-clé (Alstom, mais aussi le secteur audiovisuel "rentable") ; et elle continue de ménager les professions publiques et le tiers-secteur (rhétorique de l’exception culturelle...), pour s’exposer le moins possible à des mouvements de grande ampleur qui, comme en 95, pourraient couper court à ses projets.

A cette lumière-là, le rôle joué aujourd’hui par une figure comme l’acteur, metteur en scène et cinéaste Patrice Chéreau devient parfaitement compréhensible. Chéreau veut protéger l’outil de travail, celui de sa corporation : "Si on me demande si je suis pour la grève, je réponds non, évidemment, je pense que c’est extrêmement contre-productif et suicidaire." Pour lui, "A chaque fois qu’on fait grève, on fait grève contre nous-mêmes." Ce qui lui semble irrationnel, voire "fou", c’est de regarder en dehors des strictes limites de la profession, en dehors des féodalités de la culture institutionnelle : "Le mouvement s’est mis à réclamer une définition beaucoup plus globale du statut de l’intermittent, du statut de l’artiste dans la société, alors qu’il ne s’agissait que d’une discussion entre partenaires sociaux, avec un partenaire, le Medef, qui voulait supprimer le statut des intermittents. Est-ce que tout a été fait pour que les gens qui ne devraient pas être des intermittents arrêtent de l’être, je ne suis pas sûr." (Entretien dans Le Monde, 3/07/03). Nous allons voir, dans le théâtre mais aussi dans les institutions d’art contemporain, que beaucoup de gestionnaires pensent comme Chéreau, même s’ils se taisent au lieu d’en parler ouvertement comme lui. Ils vont essayer de sauver leur peau, leurs institutions, leurs employées fonctionnaires ou précaires, leurs budgets et leurs artistes. Et malheureusement, beaucoup de gens seront prêts à les suivre, à les trouver raisonnables etc.

Quels seront les résultats de ce sauve-qui-peut généralisé - si, comme on peut le craindre, il se produit en effet ? Aujourd’hui, Chéreau peut considérer le Medef comme "un des partenaires sociaux". Si demain le tiers-secteur culturel n’est plus, si les théâtres comme les plateaux de cinéma sont amputés de leurs composantes para-professionnelles (c’est à dire "intermittentes"), qui sera le plus fort : le Baron ou ses vassaux ? La réponse est contenue dans la question. Et l’enjeu à moyen terme est la possible disparition de l’équilibre compétition-coopération instauré par les socialistes. Il est difficile, après deux décennies de néocorporatisme, de croire que demain, toute la complexité de la négociation sectorielle peut être balayée. Mais ce sont précisément les faiblesses introduites par la sectorialisation qui permettent à la droite - unie mais cachant encore son jeu - de réduire une à une les places fortes de la culture, qui tiennent lieu d’une véritable gauche. Pour ce faire, elle use déjà d’une violence très ciblée. Ne comptez pas sur Seillières-Raffarin pour une nouvelle attaque contre un secteur stratégique comme les cheminots, du moins, pas tout de suite.

Il nous arrive parfois de nous étonner de la résistance populaire à la décentralisation, ou du raidissement des français dans leur défense des garantis universaux du salariat, datant de l’époque fordiste. Mais je crois que les gens ont raison. Peut-être mieux que les intellectuels, ils ont su déceler les armes qu’emploient les libéraux, quand ils veulent dépecer les restants de l’exigence égalitaire dans une société néocorporatiste. Et sans doute, nous n’avons pas su proposer avec assez de clarté des transformations des anciens universaux en nouvelles possibilités d’épanouissement dans la différence. Faire cela maintenant suppose d’abord de penser pour nous-mêmes, d’inventer quelque chose au plus près de nos pratiques, et donc, de couper radicalement avec la gestion de l’existant représentées par quelqu’un comme Patrice Chéreau. Mais il faut se poser des questions générales aussi. Comment réconcilier l’exigence d’égalité et l’aspiration à la différence ? Quelle société pour les multitudes ? Comment est-ce que des artistes peuvent commencer déjà à rêver, à catalyser, à donner forme à cette société nouvelle ?

Pour revenir en fin de parcours aux idées de Rancière, on peut dire au moins que depuis le 26 juin, le consensus est rompu, avec des effets qui touchent le milieu des arts plastiques et bien d’autres secteurs de la société. Mais il l’a été à l’initiative de la droite, et nous ne pouvons pas nous en féliciter. De plus, je ne crois surtout pas que nous puissions surgir dans l’espace public au nom des artistes, au nom d’une exception culturelle réservée à quelques-uns. C’est justement ce que la coordination des intermittents et des précaires refuse. Je vous rappelle que pour Rancière, le groupe mal nommé, victime d’un tort, soustrait à la démocratie, c’était les prolétaires. Mais ce nom n’a plus cours, parce que les exigences du mouvement ouvrier ont été intégrées dans la cogestion corporatiste - en laissant beaucoup d’ouvriers sur le bord de la route, exclus de la "gauche plurielle" et de ses institutions. Il nous reste aujourd’hui à inventer un nouveau nom (ou des nouveaux noms ?) pour désigner tous ceux qui sont marginalisés, précarisés contre leur gré, et subtilement ou violemment exclus de la décision démocratique ; et il nous reste surtout à inventer une nouvelle solidarité pour l’exigence de l’égalité et le droit à la différence. Mais nous aurons sans doute à trouver de nouvelles formes de surgissement en même temps, à une époque où les médias se rangent encore plus fermement du côté du pouvoir, et l’espace public des états-nations tend à disparaître.

Le mouvement des intermittents, c’est aussi la tentative de créer une nouvelle scène pour la démocratie - et c’est peut-être inévitable, et nécessaire en France, que cette tentative prend une première forme chez des gens qui gravitent autour de l’une des corporations établies, sans s’y intégrer tout à fait. Mais les intermittents ne pourront pas résoudre à eux-même les problèmes de la gauche entière - et c’est à tous ceux pour qui l’idéal de la culture ne s’arrête pas aux murs des institutions, aux portes des théâtres, aux cadres des tableaux, d’inventer, de partager et de prendre des risques. En essayant de trouver une sortie par le haut à ce qui s’annonce comme une véritable crise de la société.

21 Septembre 2003


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