Revue critique du temps (1998-2000)

Fondée à l’automne 1998 par un groupe de militants de l’autonomie, la revue Alice ("Revue critique du temps") a publié jusquà l’hiver 2000 trois numéros qui se singularisent par une certaine instabilité créative, mais l’automne 1998 et le début de l’année 2000 constituent précisément l’espace de temps qui a séparé l’arrêt de Futur Antérieur du lancement de Multitudes, en Mars 2000.

L’équipe est formée de collaborateurs de Futur Antérieur (Patrick Dieuaide, Carlo Vercellone, Josep Raffanell y Ora, Nicolas Auray, Pascal Nicolas le Srat), d’opéraistes trontiens comme Aris Papathéodorou ou Didier Muguet, de militants du collectif Samizdat.net (Jean-Pierre Masse, Ludovic Prieur) et d’éléments nouveaux comme Bernard Aspe et Muriel Combes qui marqueront Alice de leur empreinte conceptuelle. On ne trouvera pas à Alice les figures marquantes de Futur Antérieur tel Toni Negri, ou Maurizio Lazzarato, mais sa périphérie mouvementiste.

Collectif hétérogène et polyphonique, Alice se veut porteur d’une "sensibilité nouvelle" qui privilégie le désir de penser la signification d’une communauté de pratique et la fabrique de liens où les vies s’engagent, à une activité éditoriale où il s’agit de passer commande à des individus dispersés dans les institutions.

Alice s’exprimera essentiellement par la production de textes-images, d’où la place prépondérante donnée au graphisme.

Mais les défections furent rapides et la dissolution du collectif eut lieu au moment où se préparait un n°4 sur les "nouvelles enclosures" et se frottaient diverses interrogations sur le commun.

Au bout de cette aventure certains de ses rédacteurs se retrouveront au comité de rédaction de Multitudes (Maria Bianchini, Aris Papathéodorou, Carlo Vercellone) d’autres au comité de rédaction d’"Ecorev" (Patrick Dieuaide, Didier Muguet) ou consacreront un plein temps militant à Samizdat.net quand ils ne se vouent pas, comme Patrick Fontana à un travail de traduction graphique de fragments des "Grundrisse" et au militantisme à la CIP-Idf.

Si Alice s’apparente par ses thématiques au courant opéraiste, elle s’en démarque en même temps en cherchant à rompre avec un certain "académisme universitaire", à se distançer de la théorie pure, et par son refus d’une "clôture militante et intellectuelle" qui passe à coté des formes de vie.

"Le passage à cette économie globale que l’on appelle production postfordiste - peut-on lire dans l’éditorial du n°1- a bouleversé notre rapport au travail qui tend aujour d’hui à s’identifier à tous les instants vécus. Le vieux projet capitaliste de soumission globale du temps de la vie au temps de la production est allé au de là de toute espérance (...) un monde où nos vies se trouvent toutes exposées, exilées" "Le capitalisme lui-même - écrivent Bernard Aspe et Muriel Combes dans le n°3-n’est peut être rien d’autre aujourd’hui qu’une mise en production des savoirs et des vies." La critique de l’assujettissement du temps qui exile les subjectivités doit également conduire, pour peu qu’on s’y investisse, à l’exaltation du "temps qui s’ouvre lorque nos vies s’y engagent".

Les trois numéros d’Alice ont eu tant sur le plan de la forme que par des thématiques articulées sur une multiplicité d’expériences et de terrains, à défaut d’avoir produit des conceptualisations originales, une incontestable portée créative, préfigurant certains des changements qui marqueront le passage de Futur Antérieur à Multitudes.


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